Incendies à Radio-France, à la BNF et à hôtel Lambert : les questions posées

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/11/2014 à 15H54
Incendie Radio France © CITIZENSIDE/JULIE FRANCHET / citizenside.com

L'incendie de la Maison de la Radio intervient après ceux de deux autres bâtiments emblématiques du patrimoine parisien, le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France et l'hôtel Lambert : isolants inflammables, main d'oeuvre sous-traitée et mal formée sont des pistes avancées pour expliquer le phénomène.

"Les collaborateurs ont été perturbés par le fait qu'il n'y ait pas eu de déclenchement d'alarme incendie dans certaines parties", a déclaré le président de Radio France, Mathieu Gallet, qui a diligenté une enquête interne.

Vendredi 31 octobre, le personnel a été évacué et le feu rapidement circonscrit au huitième étage de la célèbre Maison ronde abritant la plupart des radios publiques, construite par l'architecte Henry Bernard entre 1952 et 1963 et en rénovation depuis 2009. Mais les experts s'interrogent pour savoir pourquoi ces incendies frappent en pleins travaux des bâtiments-phare de la capitale française.

"Les principaux problèmes de sécurité viennent de la main d'oeuvre mal formée, en raison souvent du recours massif à la sous-traitance", explique l'architecte Didier Leneveu, du cabinet Arteo. "C'est particulièrement le cas sur les gros chantiers, où il y a des cascades de sous-traitants", ajoute-t-il. Pour lui, "cela tient pour beaucoup aux conditions économiques difficiles. Les entreprises acceptent le maximum de contrats parce qu'elles redoutent un manque d'activité et sont ensuite obligées de sous-traiter parce qu'elles ne peuvent assurer la prestation", dit-il.

L'hôtel Lambert, sur l'Ile-Saint-Louis

La Fédération française du bâtiment (FFB) met en cause l'utilisation de nouveaux matériaux d'isolation. "Autrefois, on utilisait de la laine de verre ou de roche, qui sont incombustibles", souligne un responsable de la FFB. "Maintenant, on met des isolants alvéolaires à base de pétrole, inflammables et très combustibles",  dit-il. Il cite le cas de la laine de chanvre, "très inflammable",  vraisemblablement impliquée dans le sinistre de l'hôtel Lambert situé sur l'île Saint-Louis. 
Une partie de l'hôtel Lambert en feu le 10 juillet 2013

Une partie de l'hôtel Lambert en feu le 10 juillet 2013

© KENZO TRIBOUILLARD / AFP
En juillet 2013, un incendie avait ravagé cet hôtel particulier, lui aussi en rénovation, semant la désolation parmi les défenseurs du patrimoine qui  avaient qualifié le sinistre de "désastre patrimonial". Parmi les pertes figure le Cabinet des Bains, un élément de décor intérieur peint par Eustache Le Sueur au XVIIe siècle.

L'ancien siège de la Bibliothèque natonale

A peine un mois plus tard, cent mètres carrés de la toiture de l'ancien siège de la Bibliothèque nationale de France, qui abrite de très riches collections de manuscrits, cartes et monnaies, avaient été endommagés par un incendie, alors que le bâtiment était en rénovation, relançant le débat sur les mesures à prendre pour prévenir ce type de sinistres.

Le vice-président de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF), Julien Lacaze, fait valoir qu'"en général, les incendies interviennent pendant des travaux". "C'est souvent dû à des points chauds, opérations de soudage ou de découpage de métaux pouvant générer des étincelles, souligne-t-il. Il plaide donc "pour la généralisation des permis de feu, qui ne sont pas obligatoires pour les bâtiments privés, contrairement aux édifices appartenant  à l'Etat". La FFB milite elle aussi pour l'extension des permis de feu. Ces permis obligent les responsables du chantier à éloigner les éléments inflammables et à s'assurer de la présence d'extincteurs à proximité. 

Ironie du sort, la grande rénovation de la Maison de la Radio avait été lancée notamment parce qu'elle n'était plus aux normes anti-incendie. "La mise en conformité aux normes incendie de la Maison de Radio France est l'objectif premier du chantier de réhabilitation", écrit Radio France sur son site internet, alors que les causes du sinistre ne sont pas encore connues.