Le fabuleux butin italien de Napoléon exposé à Rome

Par @Culturebox
Publié le 06/02/2017 à 16H09
Plusieurs sculptures antiques sont exposées aux Ecuries du Quirinal dans le cadre de l'exposition "Musée Universel".

Plusieurs sculptures antiques sont exposées aux Ecuries du Quirinal dans le cadre de l'exposition "Musée Universel".

© Colomban Jaosidy / Bureau de France Télévisions à Rome

Entre 1796 et 1814, quelque 500 oeuvres d'art furent confisquées par la France à l'Italie durant les expéditions napoléoniennes. Un florilège de ces oeuvres est actuellement exposé a la Galerie du Quirinal à Rome. Cette exposition, baptisée "Musée Universel", permet aussi de découvrir le périple de ces oeuvres à travers l'Europe, y compris lors de leur rapatriement. A voir à Rome jusqu'au 12 mars.

Bonaparte est un voleur !

"Tous les Français ne sont pas voleurs, mais Bonaparte, si !". Au début du XIXème, cette boutade faisait partie de la culture populaire italienne. Et pour cause, la péninsule fut l’un des pays les plus durement frappés par les expéditions napoléoniennes.
 
Entre 1796 et 1814, plus de 500 œuvres d’art sont volées par la France. Un butin que Napoléon voulait rassembler dans le « plus grand musée du monde » : le Louvre.
 
Du Tintoret à Raphaël en passant par Le Pérugin, une remarquable collection d’œuvres chargées d’Histoire est à découvrir aux Ecuries du Quirinal, un des principaux centres artistiques de la Ville éternelle. Elles ont été prêtées par les plus grands musées d’Italie.

Le portrait du pape Léon X par Raphaël fait partie des pièces maîtresses de l'exposition aux Ecuries du Quirinal de Rome.

Le portrait du pape Léon X par Raphaël fait partie des pièces maîtresses de l'exposition aux Ecuries du Quirinal de Rome.

© Colomban Jaosidy / FTV Rome

 

"Plus qu’une simple exposition, c’est une commémoration", explique Valter Curzi, l’un des commissaires. "Il y a exactement deux siècles, après les campagnes napoléoniennes, la restitution française des chefs-d’œuvre artistiques et archéologiques italiens a constitué pour l’Europe la transition vers une nouvelle période de paix."
 
Car pendant près de 20 ans, le pays n’a pas été épargné. Le succès rapide lors de la campagne italienne (1797) permet à Bonaparte de réclamer au pape un énorme tribut. Il sera demandé en partie en tableaux et sculptures.
 
Des chefs d’œuvres parmi lesquels figurent le "portrait du pape Léon X" de Raphaël ou encore l’imposante "Assomption de la Vierge" du Titien, deux pièces maîtresses de l’exposition. 
Une autre sculpture antique exposée aux Ecuries du Quirinal à Rome.

Une autre sculpture antique exposée aux Ecuries du Quirinal à Rome.

© Colomban Jaosidy / FTV Rome

 

Razzia sur l’Italie

Tout était organisé de mains de maître par le futur Empereur afin d’enrichir le Louvre des plus belles réalisations européennes. Des commissaires étaient envoyés pour sillonner les territoires conquis. Ils répertoriaient les plus belles pièces avant d’organiser minutieusement leur transfert vers la France.
 
 A Pérouse, par exemple, l’armée française a raflé les plus beaux tableaux de l'église Saint-Augustin. On raconte que les habitants, alertés, ont caché les œuvres des autres églises dans les caves et les puits de la ville.
 
Plusieurs centaines de sculptures et de tableaux n’échapperont pas à cette razzia et finiront sur les routes de France. Elles enrichiront quelques mois les collections du Louvre mais pas seulement… d’autres musées français comme celui des Beaux-Arts de Lyon comptent encore aujourd’hui des trésors de cette époque.

L'Ecole vénitienne est très représentée dans l'exposition aux Ecuries du Quirinal.

L'Ecole vénitienne est très représentée dans l'exposition aux Ecuries du Quirinal.

© Colomban Jaosidy / FTV Rome

 

La restitution de Canova

"L’exposition Musée Universelle n’est pas seulement une collection d’art, c’est aussi un parcours à travers l’Histoire des œuvres qui sont exposées", indique Valter Curzi.
 
Un Histoire dans laquelle Antonio Canova a joué un rôle essentiel. Sculpteur italien de renom, ce Vénitien se voit confier la lourde de tâche de ramener à bon port le patrimoine italien détourné en France.
 
A partir de 1816, il organise sous le commandement du pape le rapatriement de centaines œuvres. C’est le cas par exemple des célèbres chevaux de la place Saint Marc de Venise, qui après avoir été placés sur l’Arc de Triomphe du Carrousel (Paris), retrouvent la cité des Doges. 
 
Dans l'urgence du retour, nombre de chefs-d’œuvre vont être perdus ou abimés. Des années plus tard, on en retrouvera encore égarés dans le pays. Ils constitueront d’ailleurs les fonds de quelques-uns des plus grands musées italiens comme la Pinacothèque de Brera (Milan) ou la Gallerie dell'Accademia (Venise).

"Ces œuvres ont été fédératrices pour les italiens. On peut dire que le pays entier s’est senti impliqué par ce patrimoine culturel commun", explique Valter Curzi. Tout un symbole presque 55 ans avant l’unité italienne.
 
"Si nous admirons toutes ces œuvres comme des modèles de beauté, c’est que finalement cette histoire nous unit" conclut-il.Deux siècles après le rêve éphémère du musée universel, l’exposition célèbre aussi l’amitié retrouvée entre les deux pays.

Exposition Musée Universel aux Ecuries du Quirinal à Rome jusqu'au 12 mars 2017.

L'entrée des Ecuries du Quirinale de Rome.

L'entrée des Ecuries du Quirinale de Rome.

© Colomban Jaosidy / FTV Rome