François Hollande invite "l'esprit de Résistance" au Panthéon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/05/2015 à 19H33
À l'intérieur du Panthéon, une statue à la gloire de la Convention nationale (1920), signée François Léon Sicard

À l'intérieur du Panthéon, une statue à la gloire de la Convention nationale (1920), signée François Léon Sicard

© Manuel Cohen / AFP

Mercredi, le président de la République honorera quatre figures de la Résistance - Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay - à l'occasion de la journée nationale de la Résistance, décrétée en 2013.

François Hollande profitera probablement de cette occasion pour célébrer "l'esprit de Résistance" et lancer un appel à l'unité, plus de quatre mois après les attentats de Paris.

À l'exception de Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, tous les prédécesseurs de François Hollande de la Ve République ont usé de cette prérogative présidentielle : choisir et accompagner de grandes figures républicaines sous la coupole de la rue Soufflot, dans le 5e arrondissement de Paris.

Reportage France 3 : B. Gelot, M. Benito, O. Palomino, F. Menin, J. Vidal, N. Pagnotta


Si le discours vibrant et historique d'André Malraux - "Entre ici, Jean Moulin..." - en 1964 fait toujours figure de référence, c'est François Mitterrand qui a le plus "panthéonisé". Il avait déjà fêté sa victoire du 10 mai 1981 sous la coupole de cette monumentale église du Quartier Latin, à peine achevée quand éclata la Révolution, plusieurs fois rendue au culte mais définitivement investie par la République avec le transfert de Victor Hugo en 1885.

Parité symbolique

Après Nicolas Sarkozy, qui a célébré la mémoire d'Aimé Césaire en 2011, mais n'a pu obtenir d'y honorer Albert Camus (suite à l'opposition de la famille de l'écrivain), François Hollande a innové en respectant une parité symbolique : deux hommes et surtout deux femmes, Geneviève De Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion qui - bien que leurs dépouilles resteront dans leurs cimetières d'origine - rejoindront Marie Curie, l'unique femme jusqu'ici admise dans la crypte très masculine du Panthéon avec l'épouse du scientifique Marcellin Berthelot.

La nièce du général De Gaulle (1920-2002), qui dirigea ensuite le mouvement ATD Quart-Monde, et l'ethnologue spécialiste de l'Algérie ont partagé l'épreuve de la déportation dans le camp de Ravensbrück, en Allemagne. Elles furent auparavant des pionnières du réseau de Résistance du Musée de l'Homme.

Germaine Tillon, "c'est l'égalité entre les hommes et les femmes, entre les cultures, entre les peuples", avait déclaré le chef de l'État en annonçant son choix, le 21 février au Mont-Valérien.

Geneviève De Gaulle-Anthonioz, "c'est la fraternité". Celle "qui consacra toute sa vie pour aller vers les plus pauvres, les oubliés, les exclus, les relégués", selon François Hollande qui rappela la loi contre l'exclusion adoptée "à son appel" par le gouvernement Jospin en 1997.

Brossolette, "c'est la liberté", Jean Zay, "la laïcité"

Journaliste du Front populaire, grand résistant à Londres et en France occupée, Pierre Brossolette (1903-1944), qui se suicida après deux jours de torture, "c'est la liberté". François Hollande fut donc sensible à l'action du comité de soutien présidé par l'historienne Mona Ozouf pour son transfert au Panthéon, contesté par d'autre voix tant l'inimitié entre Brossolette et Jean Moulin était notoire.

Reportage: N.Lemarignier, I.Baechler, D.Bonnet, A.D'Abrigeon
 



Enfin, Jean Zay (1904-1944), pour le président, "c'est la laïcité", "c'est la République". Ce militant laïc, ministre réformateur de l'Éducation nationale du Front populaire, fut un des initiateurs de la démocratisation de l'enseignement et de la culture. Protestant de père juif mais cible de choix de l'antisémitisme, il fut arrêté et condamné pour "désertion" par le régime de Vichy, emprisonné puis assassiné par la milice en 1944.

Cent quarante-quatre personnes composeront le cortège dont des membres des familles des quatre "panthéonisés", des figures de la Résistance, des membres d'ATD Quart-Monde, de la Ligue de l'enseignement et de la Ligue des droits de l'Homme mais aussi de nombreux jeunes dont certains scolarisés dans des lycées Jean-Zay et Pierre Brossolette de région parisienne.

Le cortège empruntera le parcours de la Libération de Paris, à commencer par l'avenue du Général-Leclerc. De nombreuses manifestations accompagneront ce transfert au Panthéon, à commencer par une cérémonie d'hommage suivie d'une veillée républicaine des cercueils mardi à la Sorbonne.

Une expo au Panthéon

Une exposition, "Quatre vies en résistance", est par ailleurs organisée au Panthéon jusqu'en janvier 2016. Cette séquence s'inscrit également dans le cadre du rapport remis en 2013 à François Hollande par Philippe Belaval, président du Centre des monuments nationaux, "pour faire entrer le peuple au Panthéon" et rendre plus attractif ce monument républicain, visité majoritairement par des étrangers.