Des archéologues contestent l'authenticité du papyrus mentionnant Jérusalem

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/10/2016 à 18H30
Le papyrus présenté par l'Autorité Israélienne des Antiquités (AIA) comme datant du VIIe siècle avant J.-C. et portant la plus ancienne mention non religieuse de Jérusalem (26 octobre 2016)

Le papyrus présenté par l'Autorité Israélienne des Antiquités (AIA) comme datant du VIIe siècle avant J.-C. et portant la plus ancienne mention non religieuse de Jérusalem (26 octobre 2016)

© Menahem Kahana / AFP

Des archéologues ont émis des doutes sur l'authenticité d'un papyrus présenté mercredi par l'Autorité Israélienne des Antiquités (AIA) comme du VIIe siècle avant J.-C. et portant la plus ancienne mention non religieuse de Jérusalem.

Ce document avait été présenté quelques heures après l'adoption par l'Unesco d'une résolution sur Jérusalem-Est qui, selon des responsables israéliens, ignore le lien millénaire entre les juifs et la ville sainte.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait affirmé que ce papyrus constitue "une carte-postale du passé adressée à l'Unesco" et sa ministre de la Culture, Miri Regev, l'avait qualifié de "preuve que Jérusalem a été et restera toujours la capitale éternelle du peuple juif".

Des scientifiques perplexes

Mais "comment peut-on savoir qu'il ne s'agit pas d'un faux destiné au marché des antiquités ?", se demandait pourtant vendredi dans le quotidien Haaretz le professeur Aren Maier, spécialiste d'archéologie à l'université de Bar Ilan. Il a critiqué l'AIA pour avoir rendu public ce document "alors qu'il était clair à l'avance qu'il susciterait une controverse".

Pour cet universitaire, la datation au carbone 14 est insuffisante : "Il y a de nombreux exemples d'inscriptions rajoutées sur d'anciens supports."

Christopher Rollston, professeur à l'université américaine George Washington, a souligné que l'on pouvait facilement acquérir sur internet d'anciens papyrus et y ajouter une inscription.

La réponse de l'université de Jérusalem

En réponse, le professeur Shmuel Ahituv, de l'université hébraïque de Jérusalem, a expliqué que le papyrus a été retrouvé plié, ce qui semble exclure qu'il s'agisse d'un faux, et que les mots figurant sur ce support sont "très rarement utilisés". Et d'assurer : "Un faussaire aurait choisi un texte plus impressionnant."

En présentant le document mercredi, l'AIA avait affirmé qu'il s'agissait "de la première mention en hébreu de la ville de Jérusalem en dehors de l'Ancien Testament". Le papyrus avait été saisi par les autorités israéliennes en 2012 peu avant sa mise en vente sur le marché noir international des antiquités par des trafiquants de la région de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie occupée, selon l'AIA.

Ce morceau de papier végétal d'une dizaine de centimètres de long, recouvert d'une écriture en proto-hébreu encore bien lisible, est un bordereau de livraison pour des jarres de vins à destination du roi à Jérusalem, rédigé par une fonctionnaire de la région de l'actuel Jéricho (en Cisjordanie occupée).

L'AIA a affirmé que la présentation du papyrus à la date de mercredi n'était qu'une coïncidence, sans rapport avec le vote à l'Unesco sur Jérusalem-Est.