Découvrez les 4 forts Vauban de Saint-Malo sauvés par des particuliers

Par @Culturebox
Publié le 13/10/2017 à 16H43
Fort Harbour face à Dinard (Ille-et-Vilaine), l'un des quatre forts érigés par Vauban à la fin du 17e siècle, pour protéger le port de Saint-Malo.

Fort Harbour face à Dinard (Ille-et-Vilaine), l'un des quatre forts érigés par Vauban à la fin du 17e siècle, pour protéger le port de Saint-Malo.

© MIGUEL MEDINA / AFP

300 ans après leur construction, ils semblent toujours veiller sur Saint-Malo. Quatre forts de mer édifiés à la fin du 17e siècle par Vauban sur ordre de Louis XIV, pour protéger la ville des attaques des marines anglaise et hollandaise. Quatre bastions qui, aujourd’hui, doivent leur survie à des particuliers passionnés de patrimoine, qui s’investissent depuis des années dans leur restauration.

À la fin du 17e siècle, alors que vient d’éclater la guerre de la ligue d’Augsbourg opposant la France à une grande partie de l’Europe, Louis XIV craint que Saint-Malo, en passe de devenir le premier port du royaume, soit la cible des navires anglais et hollandais. Il confie alors à Vauban le soin de renforcer les remparts de la cité corsaire, et d’imaginer un système de défense côtier.

Vauban décide de fortifier 4 ilots rocheux d’où l’on pourra surveiller les trois passes d’accès à Saint-Malo et empêcher les navires ennemis de venir mouiller à proximité. Quatre forts qui s’inscrivent dans un dispositif défensif plus large qui s’étend du Cap Fréhel à l’ouest, à la Pointe de la Varde à l’est. Vauban nommera l’ingénieur militaire et architecte Siméon de Garrengeau (1647-1741) pour superviser les travaux. La construction du premier, le Fort National, le plus proche de Saint-Malo, débute en 1689. Suivront le fort du Petit Bé, le fort Harbour et celui de la Conchée. 

Sauvés grâce à des particuliers

Occupés par les Allemands pendant la Seconde Guerre, endommagés par les bombardements américains lors de la libération de la ville en août 1944, les forts Vauban seront laissés à l’abandon durant de longues années, subissant les outrages du temps. Jusqu’à ce que des passionnés, décident de sauver ces monuments historiques. Des amoureux du patrimoine qui ont investi leur temps et leurs économies dans ces chantiers hors-norme.
 
Reportage : F. Mathieux / F. Blévis / L. Crouzillac / M. Fouet

Fort National

Il est le plus proche de Saint-Malo, accessible à pied à marée basse depuis la plage de l’Eventail. Propriété de la même famille depuis 1927, le Fort National a bénéficié de fonds de l’Etat et de la région en 2016 pour consolider une partie des remparts fragilisée par des infiltrations d’eau. Pour le reste, les propriétaires comptent sur les visites pour financer les travaux et l’entretien de leur bastion. Le fort accueille aujourd’hui plus de 20 000 visiteurs par an. 
Le Fort National à marée haute, vu des remparts de Saint-Malo

Le Fort National à marée haute, vu des remparts de Saint-Malo

© OLIVIER LECLERCQ / HEMIS / AFP

 Le Petit Bé

Il est situé à 700 mètres des remparts de Saint-Malo et à quelques encablures du Grand Bé, île accessible à marée basse et qui abrite la tombe de Chateaubriand. Propriété de l’armée, le fort du Petit Bé est déclassé en 1885 et confié à la ville de Saint-Malo. Il sera laissé à l’abandon pendant plus d’un siècle, jusqu’à ce qu’un passionné des forts Vauban décide de lui redonner vie.

Son nom : Alain-Etienne Marcel. Après 18 mois de négociation avec la ville de Saint-Malo, il signe en 2000 un bail emphytéotique de 70 ans, en échange de la restauration du fort. Une restauration qu’il a voulu à l’identique en se basant sur des traités d’architecture de l’époque. Un travail titanesque dans lequel il va engloutir une grande partie de son temps et ses économies.

Un projet fou dans lequel, Alain-Etienne Marcel a embarqué toute une bande de copains, qui avec lui vont passer des milliers d’heures au chevet du bastion. Mais les matériaux et leur acheminement, coûtent cher, alors très vite, des visites payantes sont organisées pour dégager un peu de trésorerie. Et aujourd’hui vous pouvez même vous offrir le fort le temps d’un week-end. Pour 1200 euros la nuit, le Petit Bé peut accueillir jusqu’à 16 personnes. Une façon originale de soutenir le travail de restauration qui se poursuit. 
Fort du Petit Bé, Saint-Malo 

Fort du Petit Bé, Saint-Malo 

© JEAN-DANIEL SUDRES / HEMIS / AFP

La Conchée, le plus difficile à bâtir

Quelques temps après le début des travaux, dans une lettre à Louis XIV, Vauban écrit que le fort de la Conchée sera la meilleure forteresse du royaume, car la plus difficile à batir. Il ajoute même que jamais un ouvrage ne le fut tant. Les travaux débutés en 1692, ne s’achèveront en effet qu’en 1730.

Situé à un peu moins de quatre kilomètres des remparts de Saint-Malo, le fort de la Conchée fût le plus endommagé pendant la libération de la ville par les obus américains. Abandonné à l’état de ruine, il a été racheté en 1988, là aussi par une bande de passionnés d'aventures maritimes et de vieilles pierres, avec à leur tête l’instigateur du projet, Alain Rondeau, ancien journaliste nautique. L’association "La Compagnie du Fort de la Conchée" était née. 40 ans après, ils ont effectué un travail remarquable et 80% du fort ont été aujourd’hui restaurés. Des chantiers titanesques financés par les 19 membres de l’association, des subventions publiques mais aussi les dons de particuliers, amoureux du patrimoine. Alain Rondeau, lui est décédé en mai dernier à l'âge de 79 ans. 
Le fort de la Conchée bâti par Vauban au large de Saint-Malo

Le fort de la Conchée bâti par Vauban au large de Saint-Malo

© MIGUEL MEDINA / AFP

Harbour, le plus secret

Situé à environ trois kilomètres à l’ouest de Saint-Malo, Fort Harbour fait face à Dinard. Un emplacement stratégique puisqu’il permettait de protéger deux des passes d’accès à la cité corsaire. Mais c’est aussi le plus secret , car interdit au public, protégé des regards indiscrets, et propriété depuis 1981, d’un homme qui tient à rester anonyme.

A cette époque, il voulait absolument acquérir Harbour et envoyait régulièrement des courriers à son propriétaire d’alors, Alain Delon. L’acteur s’était découvert une passion pour les forts sur le tournage en 1967 du film de Robert Enrico "Les Aventuriers" qui s’est déroulé en partie à Fort Boyard. Mais Harbour lui aussi est classé, il fallait donc restaurer à l’identique. Le manque de confort dans la forteresse, plus les contraintes d’accès, auront finalement découragé Delon, qui finira par s’en séparer. Depuis, le propriétaire a investi des sommes colossales dit-on pour restaurer entièrement l’un de ces joyaux de la Côte d’Emeraude.  
Le fort Harbour en face de Dinard, l'un des quatre forts érigés par Vauban à la fin du 17e siècle pour protéger Saint-Malo.

Le fort Harbour en face de Dinard, l'un des quatre forts érigés par Vauban à la fin du 17e siècle pour protéger Saint-Malo.

© JEAN-DANIEL SUDRES / HEMIS / AFP