François Hollande au Louvre pour alerter sur les saccages en Irak et en Syrie

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/03/2015 à 09H49
Le président François Hollande va visiter les Antiquités orientales du Louvre pour alerter sur les destructions d'oeuvres en Syrie et en Irak.

Le président François Hollande va visiter les Antiquités orientales du Louvre pour alerter sur les destructions d'oeuvres en Syrie et en Irak.

© Michel Euler / AP / SIPA

François Hollande visite mercredi le département des Antiquités orientales du Louvre, pour lancer un "cri d'alerte et de solidarité" face au saccage de sites archéologiques et d'antiquités perpétré par le groupe Etat islamique ou le régime syrien.

Lors de cette visite hautement symbolique, le chef de l'Etat rappellera la condamnation de ces actes par la France dans un esprit de "dialogue des civilisations et non d'opposition", a-t-on souligné à l'Elysée.
 
Attendu à 15 heures au Louvre, François Hollande se fera présenter des objets emblématiques : les statues de l'intendant Ebih-II et de Gudea, ceux qui sont exposées dans la monumentale cour Khorsabad et qui proviennent du palais édifié par le roi Sargon II dans cette capitale de l'ancien empire assyrien, et le Code d'Hammurabi, un ouvrage historique et littéraire, pièce maîtresse de la civilisation mésopotamienne.
              
Il sera accompagné de la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova, qui a vu dans les destructions commises par le groupe Etat islamique (EI) un "nettoyage culturel" et un "crime de guerre". Tous deux prendront la parole à l'issue de cette visite.
Le site antique de Hatra, en Irak (ici en 2010)

Le site antique de Hatra, en Irak (ici en 2010)

© Hubert Debbasch / AFP
              
Des destructions qui nous concernent tous
 
"C'est un très beau message que le président de la République se déplace dans un musée pour montrer sa solidarité avec les peuples, mais aussi avec ces cultures, pour montrer que le terrain n'est pas seulement celui de la guerre, mais aussi de la culture et de l'ouverture", a réagi mardi l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti.
              
Selon l'archéologue Francis Joannes, directeur de recherche du CNRS, "c'est le passé et les racines des peuples d'Irak et de Syrie qu'on essaie d'anéantir" mais ces destructions d'un "patrimoine de l'humanité nous concernent tous".
              
De la visite du président, il attend que "l'information soit connue et diffusée pour que le grand public sache quelle est la valeur des antiquités mésopotamiennes".
              
Lutter contre les trafics d'œuvres pillées
 
Si l'objectif est d'alerter, il est également de documenter par un inventaire précis des destructions, de former pour éviter que des générations de spécialistes ne disparaissent en Irak et en Syrie, et de lutter contre les trafics d'antiquités pillées.
 
Le président français avait déjà dénoncé fin février la "barbarie" du saccage d'oeuvres préislamiques par l'EI après la diffusion d'une vidéo montrant les jihadistes en action dans le musée de Mossoul, la deuxième ville d'Irak. Mais le groupe s'en est également pris à la cité plurimillénaire de Nimroud et, selon l'ONU, à celle fortifiée de Hatra, fondée il y a plus de  2.000 ans. L'EI s'est est pris également à Khorsabad, en Irak.
              
L'EI justifie ces destructions en arguant que les statues favorisent l'idolâtrie. Mais selon plusieurs experts, les "idoles" si vivement dénoncées sont vendues au marché noir par l'organisation pour se financer.
              
Plus de 300 sites détruits
 
En Syrie et sur la base d'images satellitaires, l'ONU comptabilisait déjà fin décembre 300 sites d'une valeur inestimable détruits, endommagés ou pillés en trois ans de guerre, notamment à Alep ou Palmyre.
              
Ces destructions ont réveillé le souvenir de celles des Bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan, par les talibans en 2001, ou celles des mausolées de Tombouctou par des jihadistes en mars 2012.
 
L'ONU a adopté début février une résolution visant à freiner le trafic d'antiquités provenant de pillages en Irak et en Syrie. La première priorité est de la mettre en oeuvre avant de songer à de nouvelles mesures, pense-t-on à Paris. La France s'estime "particulièrement légitime" pour protester contre ces destructions, considérant avoir "apporté une contribution majeure à la  redécouverte et à la reconstitution du passé de l'ancienne Mésopotamie".
              
Le musée du Louvre a été le premier à présenter des antiquités assyriennes, fruit des fouilles conduites en 1843 par le consul de France Paul-Emile Botta sur le site du palais de Sargon II à Khorsabad, dans le nord de l'Irak. Et c'est à Paris, au Louvre, que fut inauguré le premier "Musée assyrien" du monde, par le roi Louis-Philippe en 1847.