L'EI détruit le site archéologique de Nimroud : un "crime de guerre" pour l'Unesco

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/03/2015 à 11H19
Le site de Nimroud (photographié en 2001) avant les detructions opérées par l'EI le 5 mars.

Le site de Nimroud (photographié en 2001) avant les detructions opérées par l'EI le 5 mars.

© KARIM SAHIB / AFP

Le groupe Etat islamique a commencé jeudi 5 mars à détruire au bulldozer la ville de Nimroud, joyau archéologique du nord de l'Irak, une semaine après la diffusion par les jihadistes d'une vidéo de la destruction de sculptures préislamiques inestimables à Mossoul.

L'EI a "pris d'assaut la cité historique de Nimroud  et a commencé à la détruire avec des bulldozers", a dit le ministère du Tourisme et des Antiquités sur sa page officielle Facebook. Un responsable des Antiquités a confirmé ces informations. "Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas mesurer l'ampleur des dégâts", a dit ce responsable sous couvert d'anonymat.

Nimroud, site archéologique majeur 

Nimroud , une cité fondée au 13e siècle avant JC, est située sur les rives du Tigre à quelque 30 km de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, contrôlée par l'EI depuis juin. Le 26 février, l'EI avait diffusé une vidéo sur laquelle des jihadistes réduisaient en miettes des sculptures préislamiques du musée de Mossoul.
Les destructions de Mossoul le 26 février 2015

Les destructions de Mossoul le 26 février 2015

© EyePress News
Pour l'organisation jihadiste, statues, tombeaux et représentations "favorisent  l'idolâtrie" et méritent donc d'être détruits. Après leur saccage à Mossoul, les jihadistes auraient lancé aux gardiens du  musée, que Nimroud  était leur prochaine cible.
Sur le site archéologique de Nimroud, en 2001

Sur le site archéologique de Nimroud, en 2001

© KARIM SAHIB / AFP
"C'est l'une des plus importantes capitales assyriennes, on y trouve des bas-reliefs et des taureaux ailés (...) Cela serait un véritable désastre", avait alors indiqué à l'AFP Abdelamir Hamdani, un archéologue irakien de l'Université Stony Brook de New York.
Un "crime de guerre" pour l'Unesco

La destruction des trésors de Mossoul avait été condamnée par la communauté internationale. "Nous ne pouvons pas rester silencieux. La destruction délibérée du  patrimoine culturel constitue un crime de guerre, et j'en appelle à tous les  responsables politiques et religieux de la région à se lever contre cette  nouvelle barbarie", a écrit dans un communiqué la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova. Elle a indiqué avoir "saisi le président du Conseil de sécurité des Nations unies, et la procureure de la Cour Pénale Internationale sur ce sujet", et appelé "l'ensemble de la communauté internationale" à "unir ses efforts" pour "stopper cette catastrophe". Selon elle, "le nettoyage culturel qui sévit en Irak n'épargne rien ni  personne : il vise les vies humaines, les minorités et s'accompagne de la destruction systématique du patrimoine millénaire de l'humanité".

28.000 déplacés

L'EI a lancé une offensive fulgurante en juin 2014 en Irak, s'emparant de larges pans du territoires, notamment au nord de Bagdad. Les forces gouvernementales, appuyées par les raids aériens de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, tentent depuis plusieurs mois de reprendre le terrain perdu. Elles ont notamment lancé lundi une offensive mobilisant 30.000 hommes pour  reprendre Tikrit, la deuxième plus importante ville conquise en Irak par l'EI après Mossoul.
   
"Les opérations militaires dans et autour de Tikrit ont précipité le déplacement d'environ 28.000 personnes vers Samarra", ont indiqué les Nations unies dans un communiqué jeudi, ajoutant que des "mouvements de déplacement  supplémentaires" étaient toujours en cours au quatrième jour de l'assaut. Les 28.000 personnes déplacées cette semaine viennent gonfler les rangs des 2,5 millions d'Irakiens chassés de chez eux par les violences, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).