Découverte en Afrique du Sud d'une ancienne espèce du genre humain inconnue

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/09/2015 à 11H41
Reconstitution du visage de l'homo nadeli par le "paléo-artiste" John Gurche

Reconstitution du visage de l'homo nadeli par le "paléo-artiste" John Gurche

© MARK THIESSEN/NATIONAL GEOGRAPHICAP/SIPA

Une ancienne espèce du genre humain qui était jusqu'à présent inconnue a été mise au jour dans une grotte en Afrique du Sud où ont été exhumés les ossements de 15 hominidés, ont annoncé jeudi des chercheurs internationaux.

Les fossiles ont été trouvés dans une grotte profonde et extrêmement difficile d'accès, près de Johannesburg, sur le très riche site archéologique connu sous le nom de "Berceau de l'humanité" et inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. "Je suis ravi de vous présenter une nouvelle espèce du genre humain", a déclaré Lee Berger, chercheur à l'université du Witwatersrand à Johannesburg, lors d'une conférence de presse à Maropeng, site du "Berceau de l'humanité".


En 2013 et 2014, des scientifiques ont exhumé plus de 1.550 os appartenant à au moins 15 individus, parmi lesquels des bébés, de jeunes adultes et des personnes plus âgées. Tous présentent une morphologie homogène mais n'ont pas encore été datés. La nouvelle espèce a été baptisée "Homo naledi" et elle classée dans le genre Homo, auquel appartient l'homme moderne. Le museum d'histoire naturelle de Londres a qualifié de "remarquable" cette découverte majeure.
Squelette recomposé d'un Homo nadeli à partir des éléments trouvés dans la grotte "Berceau de l'humanité" en Afrique du Sud

Squelette recomposé d'un Homo nadeli à partir des éléments trouvés dans la grotte "Berceau de l'humanité" en Afrique du Sud

© ROBERT CLARK/NATIONAL GEOGRAPHIC, LEE BERGER/UNIVERSITY OF THE WITWATERSRAND / SIPA

A quoi ressemblait l'Homo naledi ?

"Il avait un cerveau minuscule de la taille d'une orange et un corps très élancé", selon John Hawks, chercheur à l'université américaine de Wisconsin-Madison et auteur d'un article publié jeudi dans le magazine scientifique eLife. Il mesurait en moyenne 1,5 mètre et pesait 45 kilos.

Ses mains "laissent supposer qu'il avait la capacité de manier des outils", tandis qu'"il est pratiquement impossible de distinguer ses pieds de ceux d'un homme moderne", précise un communiqué conjoint de l'université du Witwatersrand, la National Geographic Society et du ministère sud-africain des Sciences. 

Rites funéraires

Les chercheurs, soucieux de comprendre les raisons pour lesquelles les ossements se trouvaient dans cette grotte quasi inaccessible, n'étaient cependant pas au bout de leur surprise. Cette chambre isolée "n'a jamais été contact avec la surface", notent-ils. Le tunnel pour y accéder est extrêmement raide et tellement étroit que seuls des chercheurs à la morphologie menue ont réussi à se rendre sur les lieux de cette découverte majeure. "Nous avons imaginé plusieurs scénarios, y compris la possibilité de l'attaque d'un super prédateur, une catastrophe, une mort accidentelle ou encore un traquenard", avant finalement d'éliminer toutes ses hypothèses, a raconté Lee Berger.

En fait, "nous avons découvert une nouvelle espèce du genre humain qui pratiquait des rites funéraires", a-t-il conclu. "Jusqu'à présent, nous pensions que le recours aux rites funéraires était unique à l'Homo sapiens. Nous nous considérions différents. Nous avons désormais découvert - en tout cas nous le croyons - une espèce qui avait cette même capacité, et cela est une découverte extraordinaire", a-t-il estimé dans une salle de presse bondée.

"Homo naledi" : entre l'australopithèque et l'homme moderne

Les ossements exhumés en Afrique du Sud représentent un défi pour les chercheurs. Ils compliquent un peu plus le tableau des hominidés, car l'Homo naledi présente à la fois des caractéristiques propres aux hominidés modernes et anciens. "Ses mains, ses poignets et ses pieds sont très proches de celles de l'homme moderne. Dans le même temps, son petit cerveau et la forme de la partie supérieure de son corps sont plus proches du groupe pré-humain des australopithèques", explique le professeur Chris Stringer du Musée d'histoire naturelle de Londres.

Cette découverte pourrait donc permettre d'en apprendre davantage sur la transition, il y a environ 2 millions d'années, entre l'australopithèque primitif et le primate du genre homo, notre ancêtre direct. Une importante quantité des fossiles exhumés seront exposés au public à partir de vendredi et pour un mois au "Berceau de l'humanité".

Depuis des années, ce site, truffé de grottes et de fossiles de pré-humains et véritable mine d'informations sur nos ancêtres, est un trésor pour les archéologues et paléontologues. Et Lee Berger l'assure: "la chambre aux étoiles" où a été trouvé l'Homo naledi "n'a pas encore révélé tous ses secrets, car il pourrait y avoir encore des centaines, voire des milliers de fossiles d'Homo naledi".