De Lénine à Staline, "Le mythe du chef bien-aimé" au musée d'histoire de Moscou

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/05/2014 à 09H54
Bustes de Lénine au musée d'Histoire de Moscou dans le cadre de l'exposition "Le mythe du chef bien-aimé"

Bustes de Lénine au musée d'Histoire de Moscou dans le cadre de l'exposition "Le mythe du chef bien-aimé"

© SEFA KARACAN / ANADOLU AGENCY

Casquette de Lénine et pipes de Staline côtoient bustes et affiches de propagande à la gloire des grands chefs de l'URSS : l'exposition Intitulée "Le mythe du chef bien-aimé" à Moscou sur le culte de la personnalité veut aider les Russes à ne pas "tomber dans les mêmes erreurs".

Un millier d'objets - portraits, affiches, bustes et affaires personnelles de Vladimir Oulianov (Lénine) et de son successeur Josef Djougachvili (Staline) - sont exposés au musée d'Histoire jusqu'en janvier 2015. L'exposition "doit nous faire réfléchir sur notre histoire et nous aider à ne pas retomber dans les mêmes erreurs", explique un des commissaires, Elena Zakharova. "Nombre de visiteurs nostalgiques vont pourtant adorer ces objets qu'ils ont connus dès l'enfance. Mais d'autres se souviendront qu'ils cachent la vie réelle, avec ses millions des victimes" du régime, ajoute-t-elle.
Expo "Le mythe du chef bien-aimé" à Moscou, jusqu'en janvier 2015

Expo "Le mythe du chef bien-aimé" à Moscou, jusqu'en janvier 2015

© SEFA KARACAN
Lénine n'est pas né avec sa casquette

L'exposition montre l'évolution, suivant la ligne du parti, de l'image de Lénine, le premier chef d'Etat soviétique. "Lénine n'est pas né avec sa casquette, contrairement à ce que pouvaient s'imaginer les Soviétiques", s'amuse Mme Zakharova montrant une vitrine où sont exposés manteau, chapeau et souliers -le tout de fabrication européenne- que Lénine portait à son retour d'exil en Suisse en 1917. Un chapeau d'Européen aisé figure sur une lithographie "Lénine attendant son tramway", exécutée en 1917. Il sera remplacé l'année suivante par la casquette d'ouvrier destinée à devenir un élément incontournable de l'image du leader bolchévique.

On veillait aussi à ne jamais présenter Vladimir Oulianov -issu d'une famille nombreuse et socialement favorisée- à côté de ses proches. De même, pour les alliances de Lénine et de son épouse Nadejda Kroupskaïa, invisibles. "Les Soviétiques étaient censés être sa famille", souligne Mme Zakharova. Un arbre généalogique rappelle aussi les origines juives de sa mère, longtemps cachées par le régime.
Expo "Le mythe du chef bien-aimé" à Moscou, jusqu'en janvier 2015.

Expo "Le mythe du chef bien-aimé" à Moscou, jusqu'en janvier 2015.

© VASILY MAXIMOV

Staline, avec sa pipe et sa tunique militaire

Mais avec la montée en puissance de Staline au début des années 1920, Lénine -qui meurt en 1924- est concurrencé par son successeur. Sur les nouvelles affiches Lénine côtoie Staline, avec sa pipe et sa tunique militaire. "Staline travaillait lui-même son image. On peut dire que c'est lui qui a été l'auteur de son propre culte de la personnalité", selon Mme Zakharova. Vassili Mechkov qui a signé un portrait de Staline en 1937, en pleines "purges", verra son oeuvre interdite : son fond noir est "macabre", et les mains sont trop "molles", pour les idéologues.

Après la mort de Staline et la dénonciation du culte de la personnalité en 1953, les oeuvres représentant les deux leaders seront interdites ou "corrigées". Comme ce tableau de Vladimir Serov, "Lénine proclame le pouvoir des Soviets": Staline, initialement derrière Lénine, a disparu. Seul un nuage de fumée laissé par sa pipe est toujours visible.

Des médias et des opposants ont mis en garde contre la naissance d'un nouveau mythe autour du président Vladimir Poutine, dont la popularité bat des records à plus de 80 % depuis le rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie, et la confrontation avec les Occidentaux sur l'Ukraine.