"Cosmos" : sauver une tapisserie d'art de Wogensky ternie par le soleil

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/06/2017 à 13H04, publié le 15/06/2017 à 11H21
"Cosmos", la tapisserie monumentale de Robert Wogensky réalisée en 1968 pour l'université de Strasbourg a perdu ses couleurs d'origine

"Cosmos", la tapisserie monumentale de Robert Wogensky réalisée en 1968 pour l'université de Strasbourg a perdu ses couleurs d'origine

© France 3 / Culturebox

"Cosmos", tapisserie d'art signée Robert Wogensky et acquise par l’université de Strasbourg à la fin des années 1960 a perdu ses couleurs d'origine : un véritable gâchis pour les amateurs. Exposée au soleil durant des années au 15e étage de la Tour de chimie, la pièce tissée va quitter la capitale alsacienne. Un tapissier d'Aubusson est venu la chercher pour lui donner une seconde vie.

"Cosmos", la tapisserie monumentale de Robert Wogensky part faire une cure de jouvence à Aubusson. Elle a été décrochée de son emplacement historique du 15e étage de la Tour de chimie de l'université de Strasbourg pour un voyage bien nécessaire vers Aubusson (Creuse), la capitale de la tapisserie. Pour attester de la détérioration un expert d'Aubusson est venu sur place constater les dégâts.

Elle est magnifique, mais elle est décolorée !

Jean-Marie Dor, de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
Reportage : C. Poure / V. Roy / S. Bock 

Cosmos : une somme de travail astronomique

Acquise par l’université à la fin des années 1960, l’œuvre monumentale de Wogensky (3 mètres sur 9)  tissée par des mains expertes dans un atelier d’Aubusson, il y a près de cinquante ans, va regagner pour quelques semaines sa ville de naissance. "Il n'y a plus aucune couleur dans sa famille d'origine", déplore le spécialiste, Jean-Marie Dor.  Les rayons du soleil ont altéré la qualité du tissu mais également ses caractéristiques artistiques "Le brun d’origine est devenu vert".  Avant d'ajouter, pessimiste : "on va nettoyer la tapisserie mais on ne sait pas faire remonter ce qui est derrière sur le devant". 
Tapisserie Cosmos © France 3 / Culturebox
"Le nettoyage de cette œuvre était devenu plus que nécessaire", explique Sophie Hedtmann, chargée du patrimoine au sein du Service universitaire de l’action culturelle (Suac) sur le site internet de l'université de Strasbourg. Après un diagnostic et des tests sur les fibres "pour vérifier que les couleurs ne migrent pas", la tapisserie sera nettoyée à l’eau claire et aux tensioactifs. "Un travail d’une journée." Il lui faudra ensuite encore huit heures pour sécher. 
Détail de la tapisserie "Cosmos"

Détail de la tapisserie "Cosmos"

© France 3 / Culturebox

Le soleil contre le Cosmos

Réalisée en 1968 avec la subvention du "1% artistique", la tapisserie de Wogensky a souffert pendant 49 ans d'une mauvaise exposition. Car si les établissements recevaient avec plaisir des oeuvres d'art, ils n'avaient pas forcément la compétence pour les conserver ou les restaurer. C'est la triste histoire de "Cosmos" "abandonnée" au 15e étage de la Tour Chimie en pleine lumière. A son retour, la tapisserie devrait trouver de meilleures conditions d'exposition et de conservation : la future grande bibliothèque de l'Université. 

Le" 1 % artistique" : l'art dans les établissements scolaires

Collèges, lycées, universités, préfectures… De nombreuses œuvres d’art se cachent ou s’exposent dans ces établissements publics. A l’origine, un dispositif dénommé « 1 % artistique », imaginé par le gouvernement du Front populaire (1936). Son but : soutenir les artistes et initier la population aux formes d’arts contemporaines, en allouant une partie du budget des constructions publiques à des œuvres artistiques. Appliquée à partir de la IVe République, cette procédure ne prendra réellement forme que dans les années 1960, sous le ministère d’André Malraux. À l’Université de Strasbourg, où le décret a été partiellement appliqué, la majorité des œuvres datent des années 1960-1970 et des années 1990-2000. C’est le Service universitaire d’action culturelle (Suac) qui en a la responsabilité.