Cateau-Cambrésis : plongée dans les souvenirs de la maison close

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/07/2013 à 17H20
Adèle Haenel dans "L'Apollonide : souvenirs de la maison close" de Bertrand Bonello (2011)

Adèle Haenel dans "L'Apollonide : souvenirs de la maison close" de Bertrand Bonello (2011)

© Haut et Court

"C'est le plus vieux métier du monde". Cette assertion, si elle sous-tend une dangereuse banalisation de la prostitution, n'en est pas moins vrai. Entre tolérance et répression, il fût un temps où fleurissait les maisons closes comme champignons dans un sous-bois. Au Cateau-Cambrésis, dans le Nord, 710 pensionnaires se sont succédées de 1874 à 1945. On a retrouvé leur trace dans les archives...

Au XIXe et début XXe, les maisons closes étaient généralement bien acceptées par la population, certaines ayant même pignon sur rue. Il faut dire qu'au Cateau-Cambrésis, la prostitution n'était pas règlementée. La maison close, sous contôle policier, lieu "caché" connu de tous, a le mérite "d"assainir" les rues. Alors que la lanterne rouge du 168 de la rue de la République s'allume pour la première fois en 1874, les filles affluent de toute part pour une durée généralement courte.

Après deux fermetures temporaires en 1907 et 1914, un arrêté préfectoral fait définitivement fermer l'établissement en 1945. Détruit il y a 15 ans, le bâtiment qui abritait les filles, tranformé en trottoir, n'est plus qu'un lointain souvenir. A moins que... On a retrouvé miraculeusement un registre de police aux pages jaunies contenant le nom des prostituées, leur taille, la forme des yeux, du menton, du nez, leurs signes distincifs leur date d’entrée et de sortie de la maison, et à partir d’octobre 1930, leur photo. Idéal pour comprendre l'évolution des modes.

Reportage de A. Mery, S. Gurak, S. Naumovitz  
Cinéma et prostituion

Le cinéma semble fasciné par l'univers des maisons closes. Mizoguchi, Ophüls, Bunuel, Leconte, Bonello, beaucoup de cinéastes ont décidé d'intégrer la maison close au coeur du récit. Ophüls est particulièrement intéressant car dans "La maison Tellier" (l'une des sections du film "Le plaisir"), il nous montre un bordel d'un port de Normandie tenu de main de maître par Madame comme un lieu très gai fréquenté assidûment par tous les hommes de la ville. Le curé (Jean Gabin) se laisserait-il aussi tenté ? 
Extrait du film "Le Plaisir" (Max Ophüls, 1952)
Moins enlevé mais plus réaliste, "L'Apollonide : souvenirs de la maison close" de Bertrand Bonello, tout comme la série "Maison Close" nous entraînent dans le difficile quotidien des filles, entre résistance et abnégation. On attend impatiemment de voir "Jeune et jolie" d'Ozon, en compétition à Cannes, qui, comme le génial "Belle de jour" de Bunuel, se recentre sur le vécu d'une jeune femme qui se vend pour tromper son ennui. 
"Jeune et jolie" : le teaser