Berlin : mobilisation pour sauver un pan du Mur menacé par les promoteurs

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/09/2014 à 11H13
Un pan du Mur de Berlin, près de la Spree (août 2014)

Un pan du Mur de Berlin, près de la Spree (août 2014)

© Tobias Schwarz / AFP

Entouré d'herbes folles, un pan du Mur de Berlin flanqué d'un bunker surplombe encore la Spree. Mais près de 25 ans après sa chute, ce témoignage du passé, situé dans un quartier en pleine rénovation, est menacé de disparaître.

Dans la frénésie qui a suivi le 9 novembre 1989, date de l'ouverture des frontières entre l'ex-Allemagne de l'Est et sa voisine de l'Ouest, les Berlinois se sont empressés de détruire le "Mur de la honte" qui les avait séparés pendant 28 ans.
 
Un quart de siècle plus tard, alors que les touristes se pressent sur les traces du Mur, grandit en Allemagne le sentiment qu'il faut préserver les derniers vestiges de l'édifice, ancien épicentre de la Guerre froide.  
Accolé au Mur de Berlin, ce bunker servait de garage aux vedettes des garde-côtes est-allemands.

Accolé au Mur de Berlin, ce bunker servait de garage aux vedettes des garde-côtes est-allemands.

© Tobias Schwarz / AFP
 
Le garage des vedettes des garde-côtes est-allemands, un vestige précieux
 
Sur la rive sud de la Spree, la rivière qui serpente dans Berlin, un pan de Mur de 18 mètres de long, couvert de graffitis, surgit au bout d'un chemin, flanqué de lampes imposantes et de barrières hérissées de barbelés. Quelques pas plus loin, en contrebas, émerge le vestige le plus précieux pour les historiens : un bunker accolé au Mur, qui abritait 3 des 26 vedettes à bord desquelles les garde-côtes est-allemands patrouillaient à la recherche de fugitifs à la nage.
 
Semblant sortie d'un vieux James Bond, cette cave sombre et humide renferme encore un téléphone d'urgence remontant aux années 1960 et des gilets de sauvetage moisis accrochés aux murs.
 
Cet ensemble unique témoigne d'une époque où l'Allemagne de l'Est était prête à tuer ses propres citoyens plutôt que les laisser passer à l'Ouest. Il permet de comprendre comment la RDA "sécurisait" ses frontières, soulignent les historiens.
L'installation d'un sans-logis, le long du Mur de Berlin, près de la Spree (août 2014)

L'installation d'un sans-logis, le long du Mur de Berlin, près de la Spree (août 2014)

© Tobias Schwarz / AFP
 
Un quartier convoité par les promoteurs
 
Il montre également qu'à Berlin, "la frontière n'était pas seulement faite de béton et de murs, mais aussi d'eau. Et pour préserver l'histoire, il faut des lieux comme celui-ci", explique Axel Klausmeier, directeur de la Fondation du Mur de Berlin.
 
Parmi les 138 Berlinois de l'Est qui sont morts en tentant de s'évader, selon des chiffres officiels débattus par les historiens, plusieurs s'étaient aventurés dans la Spree. Si l'on ajoute les fuyards de toute l'ex-RDA tués près du Rideau de fer, le nombre de victimes monte à 389 minimum.
 
Pourtant, après des décennies d'abandon, la Köpenicker Strasse voisine est devenue une rue très prisée des promoteurs, à la limite entre les quartiers de Mitte et Kreuzberg, et voit fleurir les projets d'immeubles de luxe avec vue sur l'eau.
 
La ville veut réaménager le quartier
 
La ville de Berlin voudrait nettoyer la zone, squattée par une communauté hétéroclite de campeurs sous tipis, pour y dessiner une piste cyclable et une route pour les livraisons et les services d'urgence.
 
Le projet a poussé l'historien de la culture Eberhard Elfert, 56 ans, à fonder un groupe de pression pour défendre les vestiges du Mur baptisé "Luise Nord" du nom du quartier d'avant-guerre Luisenstadt.
 
Depuis 2006, 37 millions d'euros d'argent public ont été dépensés pour mettre en valeur le tracé du Mur, qui court sur 160 kilomètres, rappelle Axel Klausmeier.
 
En même temps, "les responsables de la planification urbaine veulent effacer les traces du Mur. Cela n'a pas de sens", déplore Eberhard Elfert.
 
Aucune décision n'est encore prise, affirme la mairie
 
Selon Carsten Spallek, responsable de la construction à la mairie du quartier, aucune décision n'a encore été prise et un site internet a été créé pour recueillir les avis sur les projets d'aménagement. Il n'est pas certain que l'édifice soit légalement protégé, précise-t-il à l'AFP. Et même si c'est le cas, "cela ne garantit pas qu'il ne sera pas abattu", mais simplement qu'il faudra consulter l'office qui gère les monuments historiques.
 
Dans la capitale allemande, l'affaire rappelle la lutte autour de la célèbre East-Side Gallery, le plus long pan du Mur encore debout, recouvert d'oeuvres d'artistes. En 2013, un projet qui menaçait une partie de l'enceinte avait provoqué une vaste mobilisation, attirant même l'acteur et chanteur américain David Hasselhoff sur les lieux de son concert culte, donné en décembre 1989 près du Mur en train de s'effondrer.