Bataille de Mossoul : les sites archéologiques irakiens en danger

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 31/10/2016 à 15H38
Hatra, l'un des sites irakiens déjà en partie détruits par l'Etat islamique et encore en danger : ici, la cour du palais royal de la ville ancienne, dans une photo de 2003.

Hatra, l'un des sites irakiens déjà en partie détruits par l'Etat islamique et encore en danger : ici, la cour du palais royal de la ville ancienne, dans une photo de 2003.

© Philippe DESMAZES / AFP

Le riche patrimoine archéologique de l'Irak, déjà endommagé par une campagne de destruction menée par le groupe Etat islamique (EI), est de nouveau en danger en raison des combats en cours pour chasser ces jihadistes de Mossoul et de sa région.

En 2014, après s'être emparé de Mossoul, la deuxième ville d'Irak, l'EI avait vandalisé son musée qui renfermait d'inestimables objets des périodes assyrienne et hellénistique.

Les jihadistes se trouveraient toujours dans ou autour de sites historiques

Le groupe extrémiste a aussi attaqué des sites comme les anciennes cités de Hatra et Nimrod, non loin de Mossoul, vantant les destructions dans des vidéos. Les forces irakiennes sont en train de resserrer l'étau autour de Mossoul, dernier grand fief de l'EI dans le pays, mais les jihadistes se trouveraient toujours dans ou autour de sites historiques. "Selon nos informations, (l'EI) a une présence dans les sites archéologiques", a déclaré Ahmed al-Assadi, porte-parole du Hachd al-Chaabi, une coalition d'unités paramilitaires dominée par de puissantes milices chiites soutenues par l'Iran.

Le Hachd a lancé une opération samedi 29 octobre qui pourrait impliquer des combats contre l'EI dans des régions abritant certains des sites archéologiques irakiens les plus connus, comme Hatra et Nimrod. Hatra, ville fortifiée vieille de plus de 2.000 ans, était particulièrement bien conservée. Elle compte d'imposants temples où l'architecture grecque et romaine se mélange à des éléments d'origine orientale. Quant à la cité assyrienne de Nimrod, si la plupart des objets qu'elle  comptait sont de longue date exposés dans des musées à Mossoul, Bagdad, Paris ou Londres, elle abritait toujours des bas-reliefs et de colossaux "lamassu",  ces taureaux ailés à face humaine. 

Des explosifs dans les monuments 

"Nous nous attendons à ce que (l'EI) essaie d'attirer les forces (irakiennes) vers les sites, afin de les endommager davantage", a dit Ahmed al- Assadi. L'EI avait déjà installé un camp d'entraînement dans l'ancienne cité de Hatra, inscrite au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco, et a toujours des combattants sur place selon Ali Saleh Madhi, un responsable irakien en  charge de la zone.
   
A Nimrod, l'EI avait placé des explosifs dans des monuments et fait exploser le site, mais les jihadistes sont toujours présents dans les parages d'après Ahmed al-Joubouri, l'administrateur de la zone. Selon Ahmed al-Assadi, les forces du Hachd vont avancer avec "une prudence extrême", car "tout doit être fait pour protéger et préserver" les sites.

Les mesures de l'Unesco pour protéger le patrimoine 

Lorsque l'opération pour reprendre Mossoul a été lancée le 17 octobre, l'Unesco avait demandé à "tous les acteurs impliqués dans cette action militaire de protéger le patrimoine culturel, de ne pas l'utiliser à des fins militaires et de ne pas cibler des sites et monuments culturels". L'Unesco et le ministère irakien de la Culture ont dit avoir distribué des listes recensant ces sites ainsi que leurs coordonnées GPS aux forces  combattant l'EI. Sur celle de l'Unesco, 15 des 80 noms apparaissent sous  l'appellation "Site du patrimoine de l'humanité à la signification culturelle  extrême".

Selon le vice-ministre de la Culture, Qaïs Rachid, la liste du ministère contient les coordonnées de sites où les combattants de l'EI sont présents. Les jihadistes placent "des armes et parfois entraînent leurs combattants dans des  sites archéologiques", a-t-il précisé. Ces listes pourraient aider à limiter les frappes aériennes dans les zones sensibles et encourager les forces sur le terrain à faire preuve de retenue. Mais elles ne feront rien pour retenir l'EI.

La destruction patrimoniale comme propagande de l'Etat islamique

Depuis qu'ils ont pris des pans du territoire irakien en 2014, les jihadistes ont en effet lancé une campagne de destruction qu'ils ont justifiée par des raisons religieuses, affirmant éliminer des "idoles". En réalité, les attaques contre le patrimoine culturel irakien ont été menées avec des visées propagandistes, et l'EI a aussi vendu des oeuvres sur le marché noir pour se financer. En février l'an dernier, le groupe a publié une vidéo montrant des combattants armés de masses et de marteaux-piqueurs ravageant le musée de Mossoul, provoquant l'indignation. Mais les attaques de l'EI contre le patrimoine irakien ne faisaient que commencer.

Quelques mois plus tard, le groupe a ainsi publié une autre vidéo de destructions, cette fois à Hatra. L'Unesco a qualifié "la démolition du musée de Mossoul et la destruction des vestiges archéologiques de Ninive (...) comme l'une des attaques les plus barbares contre le patrimoine de l'humanité". "Ces crimes ne doivent pas rester impunis", selon l'institution.