Grèce archaïque : découverte de fosses communes, possible témoignage d'un massacre politique

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/04/2016 à 18H47
Certains des squelettes retrouvés, alignés dans les fosses, ont les mains attachées par des liens en fer. 

Certains des squelettes retrouvés, alignés dans les fosses, ont les mains attachées par des liens en fer. 

© ARIS MESSINIS / GREEK CULTURE MINISTRY / AFP

Le ministère grec de la Culture a annoncé le 14 avril la découverte près d'Athènes de deux fosses communes contenant les restes de 80 hommes, qui pourraient être les partisans exécutés de Cylon, un prétendant à la tyrannie sur l'Athènes archaïque.

Cette hypothèse a été avancée par la directrice des services archéologiques de la région ouest d'Athènes, Stella Chryssoulaki, lors de la présentation des fouilles au Conseil central d'archéologie (KAS), le sourcilleux gendarme du patrimoine antique grec. Le KAS a décidé de lancer une enquête scientifique "pour examiner l'affaire", au vu "de la grande importance des découvertes", a indiqué le ministère de la Culture dans un communiqué. 
Certains des squelettes découverts sont couchés sur le dos, d'autres sur le ventre.

Certains des squelettes découverts sont couchés sur le dos, d'autres sur le ventre.

© ARIS MESSINIS / GREEK CULTURE MINISTRY / AFP

Grâce à deux petits vases découverts entre les squelettes, les fosses sont été datées d'entre 675 et 650 av.J.C., "une période de grands troubles politiques dans la région", relève le communiqué. Les squelettes retrouvés étaient alignés dans les fosses, certains sur le dos d'autres sur le ventre, tandis que 36 d'entre eux avaient les mains attachées par des liens en fer, précise le ministère.

Les fosses communes ont-elles un lien avec le massacre des partisans de Cyclon ? 

Ils ont été découverts lors de fouilles d'une nécropole antique au Phalère, le bord de mer d'Athènes, sur le chantier où la fondation de l'armateur Stavros Niarchos construit les nouveaux opéra et bibliothèque nationale. Selon la presse, les archéologues chargés des fouilles ont aussi souligné devant le KAS que leur dentition, en bon état, attestait qu'il s'agissait d'hommes jeunes et bien nourris. D'où le possible lien avec Cylon, dont la tentative ratée de prise de pouvoir à Athènes est racontée par les auteurs antiques Hérodote et Thucydide.

Ancien champion olympique, cet aristocrate tente au milieu du 7ème siècle av. J.C. de s'emparer du pouvoir à Athènes et d'imposer une tyrannie. Face à l'opposition des Athéniens, il se réfugie avec ses partisans sur l'Acropole, d'où les conjurés finissent par se rendre, en se plaçant sous la protection d'Athéna et en obtenant des promesses de vie sauve. Mais Mégaclès, du puissant clan des Alcméonides, fait massacrer les  partisans de Cylon, un acte condamné comme sacrilège par la justice de la cité.

Selon les historiens, cet épisode atteste de la résistance de l'aristocratie athénienne aux évolutions politiques qui allaient conduire à l'instauration de la démocratie athénienne il y a plus de 2.500 ans.