A la recherche du premier pré-humain, le Graecopithèque, en Bulgarie

Par @Culturebox
Publié le 16/06/2017 à 15H15
Machoire inférieure d'un hominidé Graecopithèque trouvé en Allemagne en mai 2017.

Machoire inférieure d'un hominidé Graecopithèque trouvé en Allemagne en mai 2017.

© MARIJAN MURAT / DPA / AFP

Une petite équipe de scientifiques fouille actuellement, en Bulgarie, le lit d'une rivière disparue près du village de Roupkite. Leur quête ? Trouver de nouvelle traces du Graecopithèque, qui selon eux pourrait être le plus ancien pré-humain connu. Plus vieux encore que Toumaï, découvert en 2001 en Afrique et considéré comme le tenant du titre.

Et si l'ancêtre de l'homme était Bulgare ?

La question de l'origine de l'homme et de l'époque de la séparation avec la lignée cousine des chimpanzés est des plus débattues en paléoanthropologie.

La plupart des scientifiques estiment que les premiers pré-humains sont apparus en Afrique il y a cinq à sept millions d'années. Mais de nouvelles analyses publiées fin mai dans la revue américaine PLOS One et portant sur deux fossiles d'hominidés découverts l'un à Roupkite, l'autre en Grèce, sèment le trouble en laissant penser que la géographie et le calendrier pourraient être bousculés. 

"On croyait jusqu'à présent que Toumaï, le Sahelanthropus du Tchad, était le premier hominine (famille des ancêtres directs de l'homme actuel, ndlr).

Nous pensons maintenant que le Graecopithecus identifié en Grèce et en Bulgarie l'a précédé, les deux fragments retrouvés dans ces pays étant plus vieux de centaines de milliers d'années", explique Nikolaï Spassov, professeur au Musée national bulgare d'histoire naturelle et responsable des fouilles à Roupkite.

Point de départ : la découverte d'une dent

En Bulgarie, tout a commencé en 2002 par la découverte d'une dent grisâtre et usée, mise au jour par un garçon de cinq ans qui jouait dans une sablière près du village où son grand-père Petar Popdimitrov, paléontologue amateur, l'amenait souvent. "

Nous ne faisions pas vraiment de fouilles: les fossiles de gros animaux préhistoriques, de girafes, de tigres affleuraient partout. Nous les dégagions pour les sauver des machines de la carrière", explique cet ancien ingénieur agronome âgé de 76 ans.

Le soir, le père de l'enfant, un dentiste, réalise qu'il s'agit d'une dent humaine, une prémolaire plus précisément. Ce n'est qu'en 2007 que M. Popdimitrov a l'occasion de montrer ce fragment au professeur Spassov et à son collègue français Denis Geraads du Museum d'histoire naturelle de Paris.

Grâce à ses échanges avec Madelaine Böhme, une chercheuse allemande de Tübingen (sud de l'Allemagne), M. Spassov compare cette dent à une mâchoire trouvée lors de la Seconde guerre mondiale près d'Athènes, qui s'est avérée de la même époque. 

A quoi ressemblait le Graecopithecus ?

Grâce à ses échanges avec Madelaine Böhme, une chercheuse allemande de Tübingen (sud de l'Allemagne), M. Spassov compare cette dent à une mâchoire trouvée lors de la Seconde guerre mondiale près d'Athènes, qui s'est avérée de la même époque.

"Le Graecopithecus mâle pesait 40 kg, autant qu'un chimpanzé femelle. Il avait probablement une mâchoire plus massive et puissante puisqu'il mangeait de la nourriture plus dure comme des écorces d'arbre, des racines, des herbes et des châtaignes", indique M. Spassov. "Nous estimons aussi qu'il marchait debout", ajoute-t-il.

Cette hypothèse d'une localisation sud-européenne des origines de l'humanité ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique. "Ce scepticisme nous encourage à trouver plus qu'une dent et qu'une mâchoire brisée. C'est pourquoi nous continuons à chercher", explique M. Spassov.

Une quête sans fonds

Mais la dernière campagne de fouilles bulgares n'a duré que huit jours en raison d'une pénurie de fonds alloués à la recherche dans ce pays, le plus pauvre de l'Union européenne.

L'équipe de M. Spassov compte cependant aussi sur le résultat de fouilles menées parallèlement en Grèce et en Macédoine. Quant au paléontologue amateur Petar Popdimitrov, il explique à ln'avoir jamais douté de l'importance de sa découverte.

Il affirme avoir été encouragé dès les années 1980 dans ses explorations à Roupkite par le paléontologue français Herbert Thomas, membre de la mission franco-américaine qui avait découvert en Ethiopie les restes de Lucy, la plus ancienne australopithèque connue à cette époque. "M. Thomas a estimé que des ossements plus anciens que Lucy pouvaient être trouvés ici". Le petit-fils de M. Popdimitrov est depuis lors devenu archéologue.