A Calais, les Bourgeois attirent le touriste

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/08/2014 à 15H29
Incoutournable: la photo devant les Bourgeois

Incoutournable: la photo devant les Bourgeois

© France 3

Calais, son port, son beffroi et … ses Bourgeois. La célèbre sculpture de Rodin est incontournable pour qui visite cette ville du Pas-de-Calais.

Reportage : Bernard Seitz, Pascal Mahieu et Franck Defrance
Calais, début des années 1880. L’activité portuaire de cette ville de 13.000 habitants ne cesse de décliner. Tandis que sa toute proche voisine, Saint-Pierre-lès-Calais, grâce à la prospérité de son industrie dentellière avoisine les 33.000 habitants. Malgré un déséquilibre économique et démographique, la fusion des deux villes est inévitable.
Pour marquer l’évènement mais surtout pour continuer d’affirmer la prééminence de Calais et la légitimité des vieilles familles sur sa voisine – et rivale - en pleine métamorphose, le maire Omer Dewavrin propose au conseil municipal d’ériger un monument à Eustache de Saint-Pierre, calaisien célèbre mais surtout bourgeois.
Un monument pour souligner le rôle de la bourgeoisie

Un monument pour souligner le rôle de la bourgeoisie

© France 3
Le principe est adopté, le financement aussi. La commande municipale est en réalité celle des élus issus de la bourgeoisie. Rodin sera le sculpteur choisi.
Après plusieurs rencontres avec les élus, son projet suscite l’enthousiasme.
Le thème retenu est celui de la reddition des Bourgeois, un épisode de la Guerre de Cent ans.
La reddition des bourgeois de la ville de Calais

La reddition des bourgeois de la ville de Calais

© France 3
Alors que le roi d’Angleterre, Edouard III, assiège Calais depuis septembre 1346, à bout de forces, la ville décide de se rendre le 4 août 1347. Le roi d’Angleterre accepte d’épargner les habitants à condition que des notables lui remettent les clés de la ville. A l’appel du capitaine Jean de Vienne, Eustache de Saint-Pierre et cinq compagnons d’infortune se présentent au roi pieds nus, en chemise et la corde au cou, parés pour le bourreau. Finalement, devant leur désespoir, Philippa de Hainaut, épouse d’Edouard III, prend pitié d’eux et obtient leur grâce.
L'humiliation personnelle au profit de la collectivité

L'humiliation personnelle au profit de la collectivité

© France 3
Rodin a choisi le moment de la reddition devant l’ennemi, plutôt que l’instant du dévouement personnel des Bourgeois à l’appel du gouverneur de la ville Jean de Vienne.
Pour exprimer l’intensité du drame vécu, Rodin pousse jusqu’à l’exagération les creux et les rides des visages, en écho avec les plis des drapés.
Pour le Comité, l’attitude des Bourgeois traduit le découragement et la faiblesse, ce qu’il estime incompatible avec la représentation qu’il se fait du dévouement patriotique. Les personnages de Rodin ne sont plus perçus comme des bourgeois héroïques, mais comme de misérables condamnés à mort.
Une souffrance quasi mystique

Une souffrance quasi mystique

© France 3
Les personnages de Rodin sont plus des victimes que des héros de l’Histoire. Il ne cherche pas à rendre hommage à une catégorie sociale (la bourgeoisie) mais vise plutôt à créer une émotion de l’ordre de l’universel.
La quête de l'universel a présidé à la démarche de Rodin

La quête de l'universel a présidé à la démarche de Rodin

© France 3
Et c’est aucun doute cette recherche que les touristes français, européens mais aussi de tous les pays du monde viennent tenter d’approcher devant cette sculpture. Une sculpture d’autant plus insaisissable que les six personnages ne peuvent jamais être vus simultanément, l’un empêchant toujours de voir les autres dans leur globalité.
Une étape touristique obligatoire

Une étape touristique obligatoire

© France 3