1917, "année impossible" au centre Pompidou-Metz

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/05/2012 à 10H41
1917, Grande Nef, Parade, Centre Pompidou-Metz

1917, Grande Nef, Parade, Centre Pompidou-Metz

© Rémi Villaggi / Centre Pompidou-Metz

De la fureur, du sang, des morts en masse, de l'impertinence, de la subversion. L'année 1917, marquée par la désastreuse bataille du Chemin des Dames et la Révolution russe, a été un moment de créativité artistique intense. Le Centre Pompidou-Metz offre une plongée dans cette année "impossible".

"1917 ", qui ouvre samedi au public, est un "exposition océan", qui offre un "panorama de la création internationale sur une seule année", explique Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou-Metz.

Cette ambitieuse manifestation pluridisciplinaire, qui se tient jusqu'au 24 septembre, mêle les arts plastiques et visuels, les documents historiques mais aussi les armes et objets militaires comme un char français.

Char Renault, 1917, Musée de l’Armée, Paris

Char Renault, 1917, Musée de l’Armée, Paris

© Rémi Villaggi / Centre Pompidou-Metz

Un flot de 1500 oeuvres et documents qui dialoguent ou s'ignorent, donnant un aperçu de la richesse et de la complexité de cette année charnière qui voit s'éteindre le sculpteur Auguste Rodin tandis que Marcel Duchamp présente sa  scandaleuse "Fontaine" (un urinoir) et que se développe le Suprématisme russe.

Pablo Picasso (1881-1973) accueille le visiteur dès l'entrée avec une Nature morte cubiste, qui voisine avec un saisissant tableau figuratif montrant des soldats en marche de l'Autrichien  Albin Egger-Lienz (1868-1926). C'est au maître de l'art moderne qu'il revient également de soulever un vent d'espoir peu avant la sortie avec son monumental rideau de scène réalisé pour le ballet "Parade".

Un Picasso géant inédit

Le déploiement du "plus grand Picasso du monde" (11 mètres de haut sur 17 mètres de large), qui appartient au Centre Pompidou, est en soi un événement car il n'a pas été montré en France depuis 20 ans en raison de sa taille.

Pablo Picasso Rideau de scène du ballet Parade, 1917.

Pablo Picasso Rideau de scène du ballet Parade, 1917.

© Succession Picasso, 2012 / Christian Bahier et Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP

Arlequin et d'autres personnages de la Commedia dell'arte attablés, un cheval ailé sur lequel danse une ballerine: "Parade" est un "tableau complexe, que certains ont qualifié de retour à l'ordre de l'artiste", souligne Laurent Le  Bon, co-commissaire de l'exposition avec Claire Garnier.

Art des tranchées

Foisonnante, l'exposition se déploie sur deux niveaux. La première galerie, très cloisonnée, plonge le visiteur dans les représentations de la guerre et de ses victimes. La toile "Les sentiers de la gloire" (1917 ) du peintre C.R.W Nevinson mécontente les autorités militaires de l'époque: elle représente sans fard deux cadavres de soldats britanniques tombés devant des barbelés. Le tableau est censuré car il pourrait saper le moral des troupes.

Des deux côtés du front, les soldats métamorphosent les douilles et les éclats d'obus en objets artistiques. Un casque britannique se transforme en mandoline, des obus et des cartouches se font pendule. Cet art des tranchées, réalisé par des anonymes, est réuni dans une impressionnante installation du plasticien contemporain Jean-Jacques Lebel.

Visages blessés. Moulage en plâtre peint rehaussé de cire

Visages blessés. Moulage en plâtre peint rehaussé de cire

© Musée du Service de santé des armées au Val-de-Grâce, Paris

En réaction à l'horreur du carnage, le mouvement Dada, né à Zurich en 1916, riposte par la subversion. Constantin Brancusi présente son incroyable "Princesse X" à New York. Aux Pays-Bas, est fondé le groupe De Stijl tourné vers l'abstraction. A Paris, l'effervescence culturelle règne. Matisse, trop âgé pour s'engager, se donne à plein à son art.

Après ce premier parcours riche en rebondissements, le visiteur est invité à se laisser aspirer dans une grande spirale fluide, dans la Grande nef du Centre Pompidou-Metz. Elle entend montrer les liens forts qui lient la création avec la destruction et la reconstruction. Des moulages de "gueules cassées", soldats défigurés par des blessures, sont exposés de façon saisissante.

Claude Monet, Nymphéas, 1914-1917 Musée Marmottan Monet, Paris Legs d’Annie Rouart.

Claude Monet, Nymphéas, 1914-1917 Musée Marmottan Monet, Paris Legs d’Annie Rouart.

© Rémi Villaggi / Centre Pompidou-Metz

Les "Nymphéas" de Claude Monet et Vassily Kandinsky se partagent le mot de la fin de cette exposition somme.

1917
Centre Pompidou-Metz
Jusqu'au 24 septembre 2012
7 Euros