Un "Cosi Fan Tutte" chanté et dansé, mis en scène par la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker

Par @Culturebox
Publié le 27/01/2017 à 16H42
Cosi fan tutte par Anne Teresa de Keersmaeker

Cosi fan tutte par Anne Teresa de Keersmaeker

© Anne Van Aerschot

L’Opéra de Paris donne un "Cosi Fan Tutte" chanté et dansé au Palais Garnier jusqu’au 19 février, mis en scène par la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker, où chacun des personnages de l'opéra de Mozart à son "double" dansant.

Des grands cercles dessinés sur le plateau nu et fraichement repeint en blanc de l'Opéra Garnier semblent faire un clin d'oeil aux symboles maçonniques chers à Mozart. Le décor est épuré à l'extrême, entièrement blanc avec de grands panneaux de plexiglas transparents de part et d'autre. Dans cet espace presque aveuglant peuvent se dérouler les jeux de l'amour et du hasard, dans un troublant chassé-croisé des chanteurs et de leur double dansant.

La danse, jamais envahissante, suggère les caractères, exalte la musique, contredit parfois le livret en révélant la part cachée des sentiments. Légère, colorée, avec les pas chassés, courses ou simples pas de marche qui font la signature de la chorégraphe, la danse épouse la musique de Mozart sans la surcharger.
"Cosi Fan Tutte" à l'Opéra de Paris mis en scène par Anne Teresa de Keersmaeker (janvier-février 2017) : teaser de la retransmission cinéma en direct le 16 février 2017
"Cosi fan tutte" tient une place particulière parmi les opéras du duo Mozart / Da Ponte: le livret tire la pièce vers le marivaudage - deux couples se défont après s'être juré fidélité - tandis que la musique la teinte de mélancolie. Pour la chorégraphe, "la danse a pour fonction de souligner la tension entre le texte et la musique", marquée par "un sentiment de perte".

La chorégraphe belge cultive une approche très musicale de la danse, sur des partitions tantôt contemporaines (Gérard Grisey pour "Vortex temporum") tantôt classiques (Bach pour "Partita 2").

Cette "formaliste" comme elle se revendique, creuse depuis trente ans une démarche rigoureuse, avec un travail millimétré basé sur des motifs géométriques, la présence du cercle, la marche comme mouvement ("my walking is my dancing", dit-elle).
Cosi fan tutte au Palais Garnier

Cosi fan tutte au Palais Garnier

© Anne Van Aerschot
L'épure de la mise en scène a suscité des réactions mitigées jeudi soir, lors de la première, sifflets et applaudissements mêlés. La distribution d'une grande fraicheur et d'une belle élégance (Jacquelyn Wagner, Michèle Losier, Frédéric Antoun, Philippe Sly), a emporté tous les suffrages.

Connue pour sa méticulosité, Anne Teresa de Keersmaeker a débuté le travail sur "Cosi Fan Tutte" depuis un an avec les danseurs de sa ompagnie Rosas, qui devaient danser en alternance avec ceux du ballet de l'Opéra de Paris. Il y a trois semaines, elle renonçait à répéter avec les danseurs du ballet, estimant le délai impossible à tenir avant la première, à leur grande déception.

Pas rancunier, l'Opéra reprend "Cosi" la saison prochaine, ainsi qu'un spectacle complet de la chorégraphe dans son programme de ballets, avec "Quatuor n°4", "La Grande Fugue" et "La nuit transfigurée" en avril/mai.