Villazon, Petibon, Fleming : trois voix inégales

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/01/2014 à 11H44
Rolando Villazon à berlin en octobre 2012

Rolando Villazon à berlin en octobre 2012

© Bartilla/DDPimages/Sipa

Rolando Villazon, Patricia Petibon, Renée Fleming, trois voix. Chacune de leur prestation affole la planète Classique et même au-delà. Leurs nouveaux CD, sortis fin 2013 nous procurent des joies inégales.

Pour la "star" Rolando Villazon, un très louable "Cosi"

Pour la « star » Rolando Villazon, l’entreprise est intéressante : le Mozart le plus « esprit d’équipe » du répertoire, Cosi Fan Tutte. Six rôles quasi égaux, les deux sœurs, leurs deux fiancés, les deux témoins (la soubrette et l’ami philosophe) Villazon, malgré quelques aigus difficiles, est très bien dans les ensembles (nombreux), moins dans les airs solistes où on le sent parfois dérouté par la respiration propre à Mozart. Ses partenaires vont du très bon (le Guglielmo du jeune tchèque Adam Plachetka, Miah Persson en Fiordiligi) à l’honnête (je ne suis pas fou du timbre d’Angela Brower en Dorabella mais elle est le personnage ; et Mojca Erdmann a l’abattage de Despina malgré des aigus bien rèches); et Yannick Nezet-Seguin dirige tout cela avec musicalité et souplesse malgré une ouverture sèche et sans poésie et une tendance à accélérer en gommant la sensualité de cette œuvre qui parle si bien (et si amèrement) d’amour. Au total un très louable « Cosi ».
Rolando villazon dans "Eugène Onégine" à New-York, novembre 2013

Rolando villazon dans "Eugène Onégine" à New-York, novembre 2013

© Ken Howard/Sipa
Patricia Petibon est capable du meilleur comme du pire

Patricia Petibon, elle, est capable du meilleur comme du pire. Le meilleur, c’est sa Blanche de La Force (je vous en ai parlé) dans « Dialogues des Carmélites » de Poulenc au Théâtre des Champs-Elysées (retransmis sur Culturebox le 21 décembre !) Le pire ce sont le « Gloria » et le « Stabat Mater » de ce même Poulenc. Ils sont si beaux, pourtant, ces Poulenc religieux qui encadrent les « Dialogues », en version rayonnante (le «Gloria » de 1961) ou douloureuse (le « Stabat » de 1950)! Dans le « Gloria », qu’est-ce que c’est que ce timbre de petite fille, cette incapacité à tenir une note? Certes la tessiture est élevée mais on croyait Petibon colorature. Son médium est plus riche mais la voix y manque d’ampleur. Il est vrai qu’elle n’est pas aidée par Paavo Järvi qui dirige droit et sec, sans nuance, sans contraste. Le «Gloria », plus difficile car il faut savoir en trouver la lumière spirituelle, sonne raide et païen. Seul l’orchestre de Paris, beau de couleurs, s’en sort mais les chœurs sont à la peine.
Patricia Petibon

Patricia Petibon

© Felix Broede / DG
Les "Guilty Pleasures" de Renée Fleming combleront les amateurs de beaux chants

Les « Guilty Pleasures » (Plaisirs coupables) de Renée Fleming sont en fait un échantillon de ses mélodies favorites. Le danger de ce genre d’exercice « patchwork »: une uniformité que sa fameuse « voix crémeuse » peine à conjurer. Heureusement le choix des œuvres est excellent. Les racines tchèques de la dame nous valent un joli Dvorak et un rare (et superbe) Smetana (les Russes, Tchaïkowsky et Rachmaninov, sont moins heureux). Deux Falla délicieux où elle se montre étonnamment… andalouse. Et la « Phidylé » de Duparc, deux « Chants d’Auvergne » de Canteloube : bijoux français (mais la « Villanelle de Berlioz n’est pas du tout dans sa tessiture). Conclusion avec Wagner et la Marie-Antoinette de John Corigliano: un disque pas tout à fait royal mais qui comblera les amateurs de beau chant.
Renée Fleming en 2013

Renée Fleming en 2013

© McMullan/Sipa
Mozart : Cosi Fan Tutte (Persson, Brower, Erdmann, Villazon, Plachetka, Corbelli, Orch. de chambre d’Europe, dir. Y. Nezet-Seguin,( DG)
Poulenc: Gloria, Stabat Mater, Litanies à la Vierge Noire (P. Petibon, Ch. et Orch. de Paris, dir. P. Järvi, DG)
Renée Fleming : Guilty Pleasures (DECCA)