Un superbe "Madame Butterfly" d'origine à l'ouverture de saison de la Scala

Par @Culturebox
Publié le 08/12/2016 à 10H33
"Madame Butterfly" de Puccini à la Scala à l'ouverture de la Scala le 7 décembre 2016.

"Madame Butterfly" de Puccini à la Scala à l'ouverture de la Scala le 7 décembre 2016.

© HO / BRESCIA - AMISANO - TEATRO ALLA SCALA / AFP

La Scala de Milan a ouvert mercredi soir le 7 décembre, sa saison 2016-2017 avec "Madame Butterfly", présentée pour la première fois depuis 112 ans dans la version originale créée par Puccini, alors très contestée mais qui a cette fois été chaudement accueillie.

La soirée d'ouverture de la saison de la Scala, suivie d'un dîner de gala, est toujours un événement dans le monde de l'opéra et l'un des moments clé de la vie culturelle italienne. Elle se déroule traditionnellement le 7 décembre, jour de la Saint Ambroise, patron de la ville de Milan.  

Pas de président de la République, mais des sinistrés du tremblement de terre

La Scala était placée sous haute sécurité pour l'événement. Et conformément à une tradition bien établie, des syndicats ont manifesté devant le théâtre, avec une grande banderole réclamant en anglais "les personnes avant les profits".
La soirée d'ouverture de saison de La Scala à Milan, le 7 décembre, est un événement en Italie.

La soirée d'ouverture de saison de La Scala à Milan, le 7 décembre, est un événement en Italie.

© GIUSEPPE CACACE / AFP

De nombreuses personnalités ont assisté à la soirée d'ouverture, dont l'ex-roi d'Espagne Juan Carlos. En revanche, en raison de la crise politique qui secoue actuellement la péninsule, le président de la République Sergio Mattarella, les ministres de l'Economie Pier Carlo Padoan et de la Culture Dario Franceschini n'ont finalement pas fait le déplacement. En signe de solidarité, quatre habitants des régions touchées par les récents tremblements de terre ont été conviés par la commune de Milan dans le Palco Reale, la prestigieuse "loge royale", décorée pour l'occasion par Dolce&Gabbana de fleurs et de papillons roses.

"Madame Butterfly", dans sa version d'origine

La Scala, qui mettra cette saison de nouveau à l'honneur la tradition italienne avec neuf oeuvres sur les 15 opéras présentés, a choisi pour débuter la saison "Madame Butterfly", dans sa version créée dans ce théâtre au début du siècle dernier. Giacomo Puccini avait été enthousiasmé par la pièce éponyme de David Belasco, présentée en 1900, et en avait rapidement acquis les droits. Mais après le succès de La Bohème et de Tosca, la première de cette "tragédie japonaise" à la Scala, le 17 février 1904, est un fiasco, les protestations dégénérant même en bagarres.

"En 1904, cette première fut très contestée", souligne le directeur artistique et surintendant de la Scala, Alexander Pereira. Les critiques de presse sont en effet féroces : opéra trop long, ennuyeux, monotone, recours trop forcé au côté japonisant... Puccini décide alors de remanier l'oeuvre, de la réorganiser en trois actes au lieu de deux - une originalité qui avait suscité des critiques - et d'effectuer des coupes. La nouvelle version présentée dans la ville italienne de Brescia (nord) en mai 1904 est un triomphe, et l'oeuvre fera le tour du monde.

Panneaux coulissant décorés d'estampes et geishas

Selon Alexander Pereira, il est extrêmement intéressant pour le public de découvrir cette oeuvre "dans la version dans laquelle Puccini l'avait pensée initialement". Puccini était convaincu que l'opéra devait être en deux actes, pour que le drame "court à la fin sans interruption, serré, efficace, terrible", rappelle Ricardo Chailly, le directeur principal de la Scala qui est à la baguette. "Madame Butterfly" est un "opéra merveilleux", avec "une harmonie et une orchestration d'une pureté absolue, au service d'une histoire d'une extraordinaire modernité", souligne-t-il. 
L'un des panneaux coulissants de "Madame Butterfly" de Puccini à la Scala de Milan le soir d'ouverture de saison.

L'un des panneaux coulissants de "Madame Butterfly" de Puccini à la Scala de Milan le soir d'ouverture de saison.

© HO / BRESCIA - AMISANO - TEATRO ALLA SCALA / AFP

La mise en scène, tout en poésie, d'Alvis Hermanis est superbe. Geishas, panneaux coulissants alternant les estampes et donc les atmosphères, cerisiers en fleurs... les spectateurs sont transportés dans le Japon du début du XXe siècle, avec l'histoire de cet officier américain de passage à Nagasaki, qui épouse une geisha de 15 ans.
S'il n'y voit qu'un divertissement et repart bientôt aux Etats-Unis, Madame Butterfly tombe elle éperdument amoureuse de lui, l'attend et se suicide quand il revient trois ans plus tard avec une nouvelle épouse américaine. Car "celui qui ne peut vivre dans l'honneur meurt avec honneur".

Treize minutes d'applaudissements

La soprano uruguayenne Maria José Siri interprète la jeune geisha, le ténor  américain Bryan Hymel le lieutenant Pinkerton et le baryton espagnol Carlos Alvarez le consul américain Sharpless. Le public a salué le spectacle avec des  applaudissements nourris pendant treize minutes. L'oeuvre était retransmise en direct par la Rai, la télévision publique italienne, et par diverses chaînes et radios dans le monde entier, de même que par des centaines de salles de cinéma. Plusieurs lieux de Milan, théâtres, musées, espaces publics mais aussi prisons, résonnaient dans le même temps des airs de "Madame Butterfly", avec des projections sur grand écran. 

Pour la suite de sa saison, la Scala présentera "Don Carlo", "Falstaff", "La Traviata" ou encore "La Bohème". Quatre opéras allemands, dont "Hänsel et Gretel", sont aussi au programme, de même que Mozart, avec "Don Giovanni" et "L'Enlèvement au Sérail".