Un sombre "Tristan et Iseult" en ouverture du festival d'Opéra de Bayreuth

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/07/2015 à 15H31
"Tristan et Iseult" en ouverture du festival de Bayreuth, juillet 2015

"Tristan et Iseult" en ouverture du festival de Bayreuth, juillet 2015

© dpa Picture-Alliance/AFP/Bayreuther Festspiele/Enrico Nawrath"

Le rideau s'est levé samedi sur le Festival d'opéra de Bayreuth, entièrement dédié à l'oeuvre de Richard Wagner, marqué cette année par le retour de la chancelière Angela Merkel et un "Tristan et Iseult" sombre et pessimiste. Le Festival se tient jusqu'au 28 août avec 30 représentations de 7 opéras : "Tristan et Iseult", "Lohengrin", "Le Hollandais volant" et les quatre oeuvres du "Ring".

Le rideau s'est levé avec un "Tristan et Iseult" sombre et pessimiste. "C'était une grande soirée", a déclaré la chancelière, citée par l'agence de presse allemande DPA. La nouvelle production de Katharina Wagner a "bien plu" à la chancelière. Sa mise en scène a été acclamée, même si quelques sifflets ont été adressés au chef d'orchestre Christian Thielemann et à la soprano allemande Evelyn Herlitzius, tardivement choisie pour le rôle d'Iseult.

Passionnée d'opéra, Angela Merkel avait manqué l'ouverture du festival bavarois en 2014 pour la première fois en dix ans, évoquant un "conflit  d'agenda", avant d'assister à quelques représentations la semaine suivante. Samedi, elle a gravi la "Colline verte" sur laquelle est perché le théâtre du Festspielhaus, dessiné par Wagner, aux côtés de son époux Joachim Sauer et du gratin politico-économique de l'Allemagne.

Le festival ouvre avec une production de "Tristan et Iseult" mise en scène par Katharina Wagner, une arrière-petite fille du compositeur, qui codirige l'événement depuis 2009 avec sa demi-soeur Eva Wagner-Pasquier. Katharina, 37 ans, prendra la tête de la manifestation à la fin de l'été après le retrait annoncé d'Eva, 70 ans, et son "Tristan" est d'autant plus attendu que sa liste de productions est peu fournie et sa direction controversée.

Pour l'heure, elle n'a réalisé à Bayreuth qu'un "Maîtres chanteurs de Nuremberg" éreinté par la critique et boudé par le public, et a fait évoluer les choix esthétiques du festival en privilégiant des artistes au tempérament provocateur. L'édition 2013, lors du bicentenaire de Richard Wagner, avait été marquée par une interprétation du "Ring" par Frank Castorf, enfant terrible du théâtre allemand, décriée bien au-delà des milieux de l'opéra.
 
Les billets pour Bayreuth restent parmi les plus difficiles à obtenir, assure le responsable commercial du festival, Heinz-Dieter Sense, avec jusqu'à 13 ou 14 ans d'attente pour certaines productions. Sur les 60.000 billets en vente cette année, 45.000 sont destinés au public - dont la moitié disponibles en vente directe sur internet - et 15.000 sont réservés à la Société des Amis du festival, l'un des principaux  mécènes.
              

Complot contre Eva Wagner ?


Depuis la création de Bayreuth, fondé en 1876 par Wagner lui-même, les descendants du compositeur se déchirent pour le contrôle de  l'événement, où se presse chaque année l'élite politique et sociale. Adolf Hitler, un wagnérien ardent, se rendait régulièrement au festival. Les querelles intestines entre les différentes branches de la famille Wagner ont même menacé d'éclipser le festival. Cette année la presse s'est faite l'écho d'un complot -démenti- qu'auraient ourdi Katharina Wagner et le chef d'orchestre Christian Thielemann afin qu'Eva Wagner-Pasquier n'accède plus à la "Colline verte" une fois les répétitions de "Tristan" entamées. La tension est encore montée lorsque l'actuel chef d'orchestre du "Ring", le Russe Kirill Petrenko a fustigé la façon dont avait été remplacé le ténor canadien Lance Ryan qui campait Siegfried ces deux dernières années. Les spéculations sur une rivalité entre Petrenko et Thielemann ont pris de l'ampleur lorsque le Russe a été élu fin juin à la tête du Philharmonique de Berlin, un poste que Thielemann convoitait.