Un orchestre nord-coréen a joué avec un orchestre français à Pleyel

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/03/2012 à 17H04
Myung-Whun Chung répétant avec des musiciens nord-coréens et français à Paris (13/03/2012)

Myung-Whun Chung répétant avec des musiciens nord-coréens et français à Paris (13/03/2012)

© AFP / Bertrand Guay

Mercredi soir, le public de la salle Pleyel à Paris a assisté à un événement historique : pour la première fois, un orchestre nord-coréen s'est produit en Europe, aux côtés de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la baguette du chef sud-coréen Myung-Whun Chung. Les musiciens ont interprété la Symphonie n°1 de Brahms, partageant leur pupitre.

En première partie, les 75 musiciens de l'orchestre Unhasu avaient offert, sous la direction de leurs deux chefs, des oeuvres du répertoire traditionnel nord-coréen. Parmi elles, une pièce pour deux instruments traditionnels, le haegum, petit violon posé sur les genoux, et le kayagum, semblable à une cithare jouée avec les doigts. Deux jeunes femmes nord-coréennes, revêtues de larges robes rose foncé aux motifs scintillants, l'ont interprétée aux côtés de l'orchestre Unhasu. Puis, le violoniste Mun Kyong Jin a joué le "Rondo Capriccioso" pour violon et orchestre de Camille Saint-Saëns sur un Stradivarius datant de 1716.

Les 70 à 90 jeunes musiciens du jeune orchestre Unhasu, fondé en 2009, n'ont pas plus de 20 ans de moyenne d'âge.

Un reportage de Jean-Marc Pitte pour France 3

A l'issue du concert, les musiciens, tous réunis, ont joué en rappel une chanson folklorique connue de tous les Coréens, "Avivang", que Myung-Whun Chung a dédiée à sa mère, née en Corée du Nord avant la scission. "Peut-être qu'en haut, elle est en train de se régaler." Un second bis, "Carmen" de Bizet, a été dédié à la France et à tous ceux qui ont contribué à cette rencontre.

"Chaque Coréen rêve d'un rapprochement"
Myung-Whun Chung, natif de Séoul, en Corée du Sud, se bat depuis des années pour un rapprochement entre les deux Corées par le biais de la musique. Sa mère était née à Pyongyang. "Toute ma vie, j'ai vécu cette situation d'une famille divisée. On ne se connaît pas, on pense le pire des autres", se souvenait-il le 7 mars dernier d'une conférence de presse à Paris.

Engagé sur le plan humanitaire, le plus francophile des musiciens coréens est "ambassadeur de bonne volonté de l'Unicef" depuis 2008 avec le Philharmonique de Radio France, qu'il dirige depuis 2000. "Je ne connais pas un Coréen qui ne souhaite pas au minimum un rapprochement, une situation normale, sinon la réunification."

Un premier voyage à Pyongyang en 2011
Le projet de cette fraternisation musicale a pu se faire grâce à l'entregent de Jack Lang. L'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand (1916-1996) a oeuvré à l'ouverture d'un office de coopération culturelle à Pyongyang. Le chef sud-coréen s'est retrouvé autorisé à voyager en Corée du Nord, "un monde totalement à part, fermé à l'extérieur". Le chef a passé quatre jours là-bas. Il y a découvert le tout jeune orchestre Unhasu. Il y a quelques jours, il est retourné en Corée du Nord pour préparer le concert. "Une fois la répétition commencée, je suis quelqu'un qui parle librement. Mais, de leur côté, ils ne se le sont pas permis. Pas encore. Je leur disais: 'Vous devez me considérer comme quelqu'un de très dangereux parce que je parle de la liberté.' Mais ils sont prêts à prendre ce risque."

Une jeune violoncelliste nord-coréenne à Paris (13/03/2012)

Une jeune violoncelliste nord-coréenne à Paris (13/03/2012)

© AFP / Bertrand Guay
L'ambition de former un orchestre coréen issu du Nord et du Sud
Pour Myung-Whun Chung, le concert de mercredi constitue une étape vers un projet encore plus ambitieux, qui pourrait sembler inimaginable à plus d'un observateur du fossé qui sépare la Corée du Sud de sa soeur ennemie communiste. Le pianiste et chef d'orchestre rêve, d'ici à la fin de l'année, de former un ensemble mixte de musiciens des deux Corées antagonistes. Lors de sa conférence de presse, il ne cachait pas les difficultés rencontrées : "Il y a encore des obstacles politiques élevés par les deux pays. J'ai du mal à comprendre ce que les gouvernements du Nord attendent ou n'attendent pas de mes initiatives."

Par ailleurs, Myung-Whun Chung rêve d'emmener le Philharmonique jouer à Pyongyang, et d'aider les jeunes musiciens de là-bas à se perfectionner. Avec l'ambotion de jouer un jour, tous ensemble, l'Hymne à la Joie, célèbre final de la Neuvième Symphonie de Ludwig Van Beethoven (1770-1827), devenu hymne de l'Europe et symbole de fraternité...

Le concert était retransmis sur France Musique et accessible sur internet, sur le site de la Cité de la Musique et sur le site arteliveweb.