Turquie : le pianiste Fazil Say s’exile au Japon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/04/2012 à 12H00
Le pianiste turc Fazil Say au Théatre des Champs-Elysées à Paris, en février 2010

Le pianiste turc Fazil Say au Théatre des Champs-Elysées à Paris, en février 2010

© Fred Dufour / AFP

Fazil Say, compositeur et pianiste turc de renom international, a annoncé qu’il avait décidé de quitter son pays pour le Japon. Le musicien, ardent défenseur de la laïcité, s’inquiète de la montée du conservatisme islamiste

"J'ai été exclu à 100% (de la société turque). Je pense qu'il est temps pour moi de m'installer au Japon", a indiqué Fazil Say dans une interview au journal Hürriyet lundi. Il se dit victime d’une intolérance sociale et de la censure du régime sur ses œuvres.

"Quand j'ai dis que j'étais athée (...) on m'a insulté. La justice a été saisie sur ce que j'ai écrit sur Twitter. Je suis peut-être la première personne au monde à faire l'objet d'une enquête en justice pour avoir déclaré mon athéisme", a déclaré celui qui est un des grands talents contemporains de Turquie et porte-parole des milieux laïques.
 

Le pianiste a récemment attiré les foudres des conservateurs en Turquie en publiant sur Twitter des messages sur l’islam teintés de provocation. Un influent député du parti islamiste au pouvoir (AKP, Parti de la justice et du développement), Samil Tayyar, lui avait répondu en  insultant ouvertement sa mère "sortie d'un bordel", provoquant des remous dans la classe politique, la presse et les réseaux sociaux.

Le pianiste craint pour sa carrière
"Si je suis condamné à la prison, ma carrière sera terminée", a ajouté le musicien âgé de 41 ans qui passe une grande partie de son temps à l’étranger.

Dans le passé, Fazil Say avait déclaré qu'en Turquie, où les épouses de presque tous les ministres portent aujourd'hui le voile islamique, les laïques devenus minoritaires subissent la pression de la majorité qui cherche à imposer à tous, de plus en plus ouvertement, un mode de vie traditionnel basé sur les valeurs religieuses.

En Turquie, officiellement à 99% musulmane, la laïcité est un des piliers de la Constitution. Mais les laïques craignent qu’elle soit mise à mal par l’AKP, qui dirige le pays depuis 2002. Celui-ci nie toute volonté d’islamiser la société turque. Mais la pression sociale gagnerait en intensité, notamment dans les petites villes et les zones rurales.
 

La loi turque réprime l’ « insulte aux valeurs religieuses » de trois mois à un an de prison.

Fazil Say, qui joue dans le monde entier, sera en concert le 10 mai à Strasbourg avec l'Orchestre philharmonique de Strasbourg. Né à Ankara en 1970, il a étudié la musique en Turquie avant de poursuivre ses études à Dusselforf. Il a remporté en 1994 le prix européen des jeunes concertistes.