Suède: SOS Opéra pour égayer les âmes en peine

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/03/2012 à 16H03
La soprano Henriikka Grondahl chante des airs à domicile pour soulager les âmes en peine (Stockholm, 27 mars 2012)

La soprano Henriikka Grondahl chante des airs à domicile pour soulager les âmes en peine (Stockholm, 27 mars 2012)

© Jonathan Nackstrand / AFP

Vous déprimez ? Votre couple bat de l’aile ? A Stockholm, vous passez un coup de fil et un chanteur d’opéra vient à domicile vous interpréter, en fonction de vos états d’âme, un air de Mozart ou de Puccini, rien que pour vous

Le projet « n’est pas une musicothérapie », prévient  son concepteur, l’artiste britannique Joshua Sofaer.

"Nous n'offrons en aucune façon une thérapie. Nous n'offrons que de l'opéra ", ajoute-t-il, persuadé cependant que l'art en général "a le pouvoir de changer les vies et d'offrir aux gens la possibilité de voir les choses sous un autre angle ou de leur permettre de se comporter différemment".

Faire sortir l'opéra des salles
Ce happening artistique à domicile est baptisé Operahjälpen (SOS Opéra) et fait partie du programme Opera Showroom du Folkoperan, scène avant-gardiste de Stockholm. Sous la direction artistique de Mellika Melouani Melani, il a pour objectif de faire sortir l'opéra des salles de spectacle et de briser les codes de cet art souvent jugé élitiste.

"J'ai chanté pour un couple qui perdait le contact, se disputait beaucoup, chacun travaillait à un endroit différent du pays, parfois ils ne communiquaient que par des messages écrits et ils ne semblaient plus devoir se retrouver", se souvient la soprano Henriikka Gröndahl.

"Après deux mesures seulement de mon aria, elle pleurait et s'agrippait au bras de son époux, qui lui-même semblait très ému", raconte-t-elle avec un  regard humide d'émotion.

Des classiques qui vous transpercent le coeur
L'aria choisie pour ce couple, « Donde lieta uscì », tirée de « La Bohème » de Puccini, évoque une séparation. Mais la cantatrice leur a ensuite expliqué: "Il ne s'agit pas de vous, vous disant ‘addio’, mais peut-être que vous voudrez laisser derrière vous le passé sans éprouver de regrets".

Quatre chanteurs, deux sopranos, une mezzo et un baryton, participent à ces concerts privés absolument gratuits. Ils ont travaillé avec Joshua Sofaer à la sélection des airs proposés. Il s’agit de « classiques des opéras italiens et allemands des 18e et 19e siècles qui, d’une certaine façon, vous transpercent et atteignent directement votre centre émotif », explique le concepteur.

Les chanteurs ont préparé l’aspect psychologique de la performance, la façon de se comporter, d'écouter, de poser certaines questions ou d'en éviter d'autres. « Nous leur donnons la possibilité de mettre des mots sur leurs sentiments, ce qui ouvre une brèche dans leur conscience", poursuit Henriikka Gröndahl.

Les chanteurs aimeraient que leur voix reste à hanter la pièce
« Ils se retrouvent face à un chanteur qui envahit avec sa voix la pièce et leur coeur, qui s'était déjà ouvert", relève la soprano. Joshua Sofaer espérait que "le son modifie la pièce qui demeurerait comme hantée après le départ du chanteur".

La soprano confirme que l'effet recherché est atteint. "L'impact de la  voix, de la musique et de l'histoire est immense sur les personnes qui  écoutent", notamment parce que le chanteur, qui modère la puissance de sa voix,  s'adresse directement, uniquement et en privé à ces personnes.
"C'est un don personnel, (...) le contact ultime avec l'auditeur", estime la cantatrice du Folkoperan.
Et attention, pas question de faire venir un chanteur d'opéra selon son bon vouloir: "Si vous n'avez pas de problème, c'est vous qui venez" au spectacle, lance la directrice générale du  Folkoperan, Pia Kronqvist.