"Roméo et Juliette", de Berlin à Vérone : une version inédite en France

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/03/2015 à 11H42
Roméo et Juliette au Théâtre de la Croix-Rousse

Roméo et Juliette au Théâtre de la Croix-Rousse

© Bertrand Stofleth

Le directeur du théâtre de la Croix Rousse à Lyon nous a habitué à la redécouverte d’œuvres lyriques peu jouées en France. Avec cette version de "Roméo et Juliette" (1944), opéra de chambre du compositeur allemand Boris Blacher, Jean Lacornerie nous révèle un petit bijou musical des années 40.

Le compositeur Boris Blacher a mené avant la seconde guerre mondiale une activité tout à la fois de composition et de pédagogie. Mais il subira pendant la guerre les foudres du régime nazi déclarant sa musique « dégénérée ». Il devra donc s’exiler en Autriche. C’est dans ce contexte qu’il composera en 1943-44 « Romeo und Julia ». L’œuvre sera jouée pour la première fois en 1947 à Berlin et mise en scène à Salzbourg en 1950.
Roméo et Juliette au Théâtre de la Croix-Rousse bis

© Bertrand Stofleth
Choisir comme argument le drame amoureux de Shakespeare et composer sa musique en plein exil intérieur en Autriche aurait pu faire craindre un univers noir et chargé de pathos. Il n’en est rien. Boris Blacher nous offre une musique dépouillée et virtuose pour une intrigue resserrée autour de l’histoire amoureuse entre Roméo et Juliette. Le compositeur et librettiste n’a rien changé des mots de Shakespeare. Boris Blacher en reprend les principaux fragments. En anglais, pour l’action, oscillant entre la musique de Stravinsky de « l’histoire du soldat », Hindemith ou Busoni. En allemand pour le prologue et des transitions à la façon cabaret berlinois de Kurt Weil. L’orchestre de neuf musiciens, solistes de l’orchestre de l’opéra de Lyon dirigés par Philippe Forget, très subtilement inclus dans la mise en scène, porte la musique de chambre minimaliste voire diaphane qui accompagne les moments de bravoure des solistes.
Roméo et Juliette au Théâtre de la Croix-Rousse clinique © Bertrand Stofleth
Tyler Clarke, nous présente un Roméo tout en contraste mais sans violence exposée. Laure Barras, offre une Juliette virtuose. La grande subtilité du compositeur est aussi d’utiliser un chœur de quatre chanteurs pour nous narrer les ellipses de l’action, superbe composition vocale, et une « diseuse » de tradition berlinoise, April Hailer. Le travail des chanteurs du Studio de l’opéra de Lyon mené par Jean Paul Fouchécourt trouve ici un bel aboutissement.
Roméo et Juliette au Théâtre de la Croix-Rousse  April Hailer

© Bertrand Stofleth
Enfin l’écrin conçu pour cet opéra par Lisa Navarro pour les décors, simples et malins, des toiles peintes et papiers froissés, accueille justement la mise en scène légère et poétique de Jean Lacornerie. Il respecte pleinement cette pièce de tréteaux fleuretant avec le surréalisme et l’expressionisme. Le spectateur ressort de cette heure de bain musical comme d’un rêve amoureux, loin des tumultes belliqueux de la guerre ou des querelles de familles Capulet et Montaigu.
 
Romé et Juliette Cropix Rousse plan large © Bertrand Stofleth
"Roméo et Juliette" de Boris Blacher, au théâtre de la Croix Rousse (Lyon)
Jusqu'au 4 mars
Mise en scène Jean Lacornerie, direction musicale Philippe Forget 
Coproduction Opéra de Lyon
Réservation : 04 72 07 49 49