Robert Badinter fait triompher la justice à l'opéra avec "Claude"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/03/2013 à 18H09
Claude parmi les prisonniers

Claude parmi les prisonniers

© Stofleth

Première mondiale de l’opéra "Claude" écrit par Robert Badinter et composé par Thierry Escaich pour l’opéra de Lyon. Moment très attendu dans la saison de l’Opéra de Lyon toujours très innovant dans ses commandes d’œuvres lyriques contemporaines. Son directeur Serge Dorny a demandé à "deux petits nouveaux" du genre de se prêter à cet exercice. Pari risqué, mais pari réussi.

Robert Badinter est un amoureux de l’opéra et un grand lecteur de l’œuvre de Victor Hugo. Il s’est ainsi inspiré du texte d’Hugo, « Claude Gueux » pour écrire le livret de cet opéra.
Il fait de son personnage un canut (clin d’œil aux ouvriers de la soie du XIXe siècle à Lyon) révolté, arrêté sur des barricades, emprisonné à Clairvaux et qui finira sur l’échafaud pour avoir tué le directeur de la prison, trop injuste à son égard.
Scène de prison © Stofleth
Robert Badinter se défend d’avoir écrit une œuvre politique et pourtant toutes les situations mises en scène font penser à la grande Histoire des luttes sociales et humanistes qui ont jalonné le parcours de l’ancien garde des sceaux : justice sociale, humanisation des prisons, abolition de la peine de mort. Aussi par contraste avec ces grandes idées, l’œuvre marque les esprits par la violence des situations.
Les matons font pleuvoir les coups et les brimades sur les détenus. Un prisonnier subit un viol collectif, le directeur fait cesser toute amitié particulière entre un jeune prisonnier Albin et Claude en exigeant un éloignement des prisonniers.
La révolte des sentiments de Claude lui sera fatale.
La grande cage broyeuse d'hommes © Stofleth
Le metteur en scène Olivier Py secondé par son fidèle décorateur et costumier Pierre-André Weitz évoquent avec efficacité cet univers impitoyable. La grande cage de scène tournante joue son rôle de broyeuse d’hommes enfermés à Clairvaux. Les chanteurs très engagés physiquement et vocalement sont remarquablement crédibles dans leurs rôles de bourreaux ou victimes. Mentions toutes particulières au rôle titre pour le baryton Jean Sébastien Bou et pour Jean Philippe Lafont en imposant directeur de prison. Dans les opéras contemporains, les personnages sont souvent peu nombreux. Ici les maîtres d’œuvre n’ont pas hésité à multiplier les caractères : co-détenus, gardiens, hommes de justices ou narrateurs. Et tous trouvent leurs places sur cette scène très réaliste.
Face à face tendu entre Claude et le directeur de la centrale

© Stofleth
Thierry Escaich triomphe de toute l’œuvre en livrant une partition lyrique riche et sans concession. Le compositeur nous avait déjà offert de nombreuses œuvres orchestrales brillantes. Avec « Claude » il passe à une partition profonde et complète aussi bien sur le plan vocal qu’orchestral.
L’utilisation du chœur en fond de scène de façon très appuyé, la montée en puissance de l’orgue en soutien à l’intensité dramatique font résonner avec force le message de Victor Hugo vers la fin de l’œuvre : « cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la. Cette tête, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ». Message humaniste et émouvant qui fera applaudir longuement le public,  le soir de la première et saluer Robert Badinter, debout au milieu de la salle sous le regard de celle qui lui succède aujourd’hui dans l’histoire de la défense des libertés publiques, l’actuelle garde des sceaux, Christiane Taubira.
Claude © Stofleth
« Claude » de Thierry Escaich à l’opéra de Lyon dans le cadre du festival « Justice/injustice » jusqu’au 15 avril