Révélations de l'ADAMI : Armelle Khourdoïan ou le plaisir fou de chanter

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/01/2015 à 16H46
Armelle Khourdoïan est l'une des Révélations classiques de l'ADAMI 2014, que le grand public découvre comme à chaque fois, en début d'année suivante, lors du concert aux Bouffes du Nord, à Paris. 

Armelle Khourdoïan est l'une des Révélations classiques de l'ADAMI 2014, que le grand public découvre comme à chaque fois, en début d'année suivante, lors du concert aux Bouffes du Nord, à Paris. 

© Yannick Coupannec

Armelle Khourdoïan est l'une des huit Révélations classiques de l'ADAMI 2014, que le grand public découvre comme de coutume, en début de l'année suivante : ce sera ce soir, lors du concert aux Bouffes du Nord, à Paris. Rencontre avec une soprano douée, qui se veut avant tout simple et authentique. Pas de plans sur la comète, mais une belle ambition : garder coûte que coûte le plaisir de chanter…

Elle est l'une des Révélations classiques de l'ADAMI de cette promotion, catégorie lyrique. Nous avions eu l'occasion de la découvrir il y a quelques mois, lors de la représentation du Don Giovanni à la MC 93 de Bobigny par l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris dont elle faisait partie : Armelle Khourdoïan était la belle et talentueuse Zerlina de l'opéra de Mozart.
Nous avons cherché aujourd'hui à découvrir l'univers, les attentes, l'ambition d'une jeune chanteuse, déjà expérimentée grâce aux deux années passées aux côtés de l'Atelier lyrique, mais lancée désormais dans le grand bain de l'univers de l'opéra.

Que représente cette Révélation de l'ADAMI ?
Ce n'est pas un passage obligé, mais presque… Parce que c'est important dans la carrière d'une chanteuse d'avoir une sorte de "titre" : c'est une aide, pas financière, une structure qui vous soutient. Ça fait plaisir, on se sent en quelque sorte le droit de faire ce métier.
Qu'est-ce qui vous définit comme chanteuse ?
Ce qui me qualifie et ce que j'aime défendre, c'est la simplicité et l'authenticité. J'aime chanter sans faire de chichis, sauf quand il en faut, par exemple si j'incarne un personnage comique. Mais même dans ce cas, j'essaie de rester vraie, de ne pas faire un seul geste qui ne soit pas ressenti. Qui dit authenticité dit aussi une certaine liberté. Car ce que j'aime dans le chant, c'est la possibilité de s'exprimer librement, même si on chante des partitions qui sont écrites, donc très strictes. Mais en les interprétant on donne un peu de nous et la voix est quand-même l'instrument où on est le plus à nu, où on donne toute notre profondeur.

Quel "bagage" emportez-vous dans votre parcours à venir de soprano ? Outre votre formation de musicienne, y a-t-il une sensibilité particulière qui vous est propre ?
Comme tout le monde, je m'inspire beaucoup de mon vécu et de mon entourage. Mes origines sont importantes : je suis née en France, mais mes deux parents sont arméniens et j'ai grandi dans cette culture. Ça reste présent y compris dans la couleur de ma voix qui est plutôt chaude et qu'on retrouve beaucoup en Arménie, donc j'ai une voix d'arménienne (rires) ! Je suis française (le français est ma "deuxième langue maternelle") et je suis marquée, volontairement ou pas, par ce que je vis : par mes études, par les remarques des professeurs, parfois blessantes, mais qui me font grandir… Par des situations amoureuses, par des conflits familiaux, ou au contraire par l'entente de la famille – celle-ci est très importante, et d'autant plus influente qu'on est tous musiciens… Par tout ce qu'on ressent émotionnellement, et en particulier en ce moment, les attentats et tout ce qui a suivi : ça me touche beaucoup de voir de quoi la nature humaine est capable…

Parlons de votre place à l'opéra : vous avez une voix qui correspondait, jusqu'à présent, à des rôles de jeune première, de soubrette. Vers quels rôles pensez-vous évoluer ?
L'évolution va se faire sans doute vers des rôles un peu moins de soubrette et donc plus profonds. C'est vrai, une grande partie de mes rôles jusque là sont des personnages plutôt légers. Mais je les ai interprétés avec une certaine conviction, même au niveau de la couleur de la voix et ce qu'on donne au niveau de la couleur définit ce qu'on est...
Justement, comment définissez-vous votre couleur ?
Quand je chante, je ne m'entends pas comme le public… Disons qu'on qualifie ma voix d'assez colorée, assez chaude, avec un côté un peu sombre tout en ayant aussi une certaine luminosité : je suis capable de chanter des airs assez vocalisants et assez "impressionnants".

Et votre tessiture est soprano ou colorature...
Je préfère dire soprano tout court. Colorature, ça veut dire par exemple qu'on chante la Reine de la nuit, et tel autre rôle, ce qui n'est pas forcément le cas. Mieux vaut ne pas s'enfermer, surtout quand on est jeune chanteur, car la voix peut encore évoluer...

Concernant l'évolution des rôles qu'on peut assumer, me reviennent les propos de Karine Deshayes qui prêche, malgré son expérience, la plus grande prudence…
C'est marrant, Karine Deshayes a été l'élève de Mireille Alcantara et j'ai été l'élève d'une autre élève de Mireille Alcantara, Chantal Mathias. Ce sont des professeures très techniques et très prudentes. Peut-être avons-nous en commun cette prudence et cette rigueur…

A ce propos : quelles sont, selon vous, les qualités requises d'une jeune chanteuse ?
Ça dépend des chanteuses. En ce qui me concerne, je ne dirais pas la prudence, étant déjà de nature prudente. Au contraire, ce serait plutôt l'ambition, la passion, et la capacité de ne jamais abandonner le plaisir du chant.

Quels sont les écueils que vous voulez éviter ?
On parlait de mauvaise direction, d'erreur de rôle ou de répertoire… C'est un des obstacles et il est vrai qu'être bien encadré c'est important. Mais malgré les conseils qu'on peut avoir par des professeurs, des chefs de chant, des professionnels, des directeurs de théâtre, il faut aussi savoir s'écouter parce qu'on sait nous-mêmes plus de choses sur notre corps et nos propres sensations. Il faut donc trouver un équilibre.

Quel rêve avez-vous ? 
Quand on parle de rêve, on parle d'avenir. Or j'ai envie de rester dans le présent et juste prendre du plaisir en ce moment. 

Armée des deux ans de l'Atelier lyrique et de la Révélation de l'ADAMI, dans quelle découverte de répertoire vous dirigez-vous ?
La découverte a lieu tous les jours ! Parce que la musique classique est tellement vaste qu'on trouve des mélodies, des lieder, des oratorios, des opéras, des rôles qui nous conviennent alors qu'on avait l'impression qu'ils n'étaient pas pour nous… C'est aussi l'évolution naturelle du chanteur : hormis certains rôles qu'on ne fera jamais, la plupart viendront plus tard si on ne peut pas encore les assumer aujourd'hui… Le corps et la voix se développent et bien sûr il y a une préparation progressive qui apporte une certaine excitation. Je sais que j'évolue pas à pas, oh, je sais, ce sont de minuscules pas (rires)…

Alors, quels sont les répertoires qui vous tentent ?
J'aimerais faire un peu de tout : du baroque, certes, mais aussi du contemporain. C'est la musique d'aujourd'hui, qui présente l'avantage d'être du neuf, du frais, sans référence à d'innombrables interprétations passées, ça fait du bien. Mais je suis aussi attirée par certains rôles du classique : Mozart, Puccini ou Verdi : ça, ce serait un rêve d'en chanter, mais je n'ai pas encore la voix qu'il faut. Maria Callas qui chante la Traviata : c'est ce qui m'a donné envie de faire du chant. Maria Callas est un exemple, pour son intensité et son authenticité. C'est une déesse, un mythe, un personnage particulièrement intéressant, même physiquement. Et dans sa voix, qui n'est pas non plus très "belle" forcément, mais juste très expressive, il y a quelque chose, elle dégage des ondes…

Les autres Révélations classiques de l'ADAMI 2014 qui se produiront ce 12 janvier 2015 au Théâtre des Bouffes du Nord

- Les Révélations lyriques :
Eve-Maud Hubeaux, mezzo-soprano
Mathieu Gardon, baryton
Rémy Mathieu, ténor

- Les Révélations instrumentistes :
Irène Duval, violon
Yan Levionnois, violoncelle
Guillaume Sigier, piano
Olivier Stankiewicz, hautbois

Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
20h30