"Piazzolla Monteverdi : une utopie argentine" qui nous fait rêver

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/11/2012 à 11H04
Détail de la jaquette du CD

Détail de la jaquette du CD

© DR

"Piazzolla Monteverdi : una utopia argentina", c'est le dernier album du Label Ambronnay Editions. Un pari audacieux qui réunit le maître italien et le maestro argentin dans un enregistrement où se mêlent madrigal et tango. A 350 ans de distance, les deux compositeurs qui ont bouleversé leur époque musicale se rejoignent par l'audace de Capella Mediterranea et de Leonardo Garcia Alarcon, pour nous émouvoir.

Qu'y a-t-il de commun entre Claudio Monteverdi qui exerçait son art à Venise au XVIIe siècle et Astor Piazzolla, le musicien de la bouillonante Buenos Aires du XXe siècle ? Le lien que perçoit Leonardo Garcia Alarcon entre le madrigal et le tango. Pour le chef d'orchestre, l'un et l'autre sont d'abord des affetti (des sentiments) qui dictent des formes musicales, et non l'inverse.
 

Piazzolla Monteverdi, una utopia argentina

Piazzolla Monteverdi, una utopia argentina

© DR
 

On sent immédiatement, dans cet album, cette communion d'âmes entre les deux formes musicales. Ainsi, c'est  Sinfonia, extrait de l'Orfeo de Monteverdi, qui ouvre la voie au bandonéon façon Piazzolla et s'achève au violon façon Monteverdi.

Le 2e morceau de cet opus est aussi emblématique de cette démarche.

Avec Dormo ancora, extrait du Retour d'Ulysse dans sa patrie, du compositeur italien, Ulysse, personnage universel, fait de l'Argentine sa patrie grâce à cette transposition de l'Opéra en un dialogue entre le baryton Diego Valentin Flores et le bandonéon de William Sabatier.



 

Il est intéressant d'écouter la version opéra du "Retour d'Ulysse dans sa patrie". C'était au festival de Salzbourg en 1985. Thomas Allen est Ulysse. 
 

Et l'on voit à quel point l'univers de Monteverdi  peut être transposé dans celui de Piazzolla sans en altérer la force. Le souffle du bandonéon de William Sabatier renforce le côté dramatique de la situation. "Qui a changé en moi le doux sommeil plein de rêves charmants en maître des tourments ?"

Que dire de du magnifique Chiquilin de Bachin composé par Piazzolla en 1968.  La soprano Mariana Flores nous émeut aux larmes en mettant toute sa sensibilité dans l'histoire de ce Pitchounet de Bachin, cet enfant des rues qui, "chaque aurore, dans les ordures, avec un pain et une tagliatelle, se fabrique un cerf volant pour s'en aller."

Tout au long de cet album, l'esprit de Piazzolla s'immisce avec bonheur, par le bandonéon de William Sabatier, dans l'oeuvre de Monteverdi. Ne manquez pas "Vi ricorda, a boschi ombrosi" ou "Lamento della ninfa". En fait, écoutez tout.

Et quand Astor Piazzolla vient tirer sa révérence avec Balada para mi muerte, on n'a, pas plus que Diego Valentin Flores, Mariana Flores et l'ensemble Cappella Mediterranea, envie de refermer cet album magnifique.


Quand Monteverdi vient à son tour tirer sa révérence, avec Crucifixus, on remercie les Editions Ambronnay d'avoir donné une autre vie à l'oeuvre de ces deux géants, si loin, si proches.

Monteverdi-Piazzolla est aussi un spectacle, fruit d'une résidence de travail de Cappella Mediterranea à Ambronnay. Il continue sa tournée et sera notamment : le 10 novembre à Privas, le 27 novembre à Reims et le 24 mai 2013 à Belley.