Opéra de Bordeaux : la régisseuse coupable de détournement écope de 3 ans ferme

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/01/2016 à 19H02
L'Opéra national de Bordeaux, victime de détournements durant dix ans.

L'Opéra national de Bordeaux, victime de détournements durant dix ans.

© Philippe Roy / Aurimages / AFP

Durant dix ans, l'ancienne régisseuse de l'Opéra de Bordeaux avait méthodiquement détourné 2,3 millions d'euros, affectés à son propre train de vie. Corinne Auguin, 54 ans, a été condamnée jeudi à cinq ans de prison dont deux avec sursis, soit trois ans ferme, et écrouée.

Le tribunal a suivi les réquisitions

Le tribunal correctionnel de Bordeaux, qui l'avait jugée début décembre pour détournements de biens d'un dépôt public et faux en écriture, a quasiment suivi les réquisitions, qui portaient sur cinq ans de prison dont quatre ferme.

Son époux Philippe, 55 ans, a été condamné à trois ans de prison dont un avec sursis, mais le tribunal a demandé un aménagement de peine compatible avec l'emploi du condamné.

Les époux étant absents à l'énoncé du délibéré, le tribunal à d'abord délivré un mandat d'arrêt, avant que l'avocate de la défense ne parvienne à les contacter et à les faire venir au palais de justice. L'ex-régisseuse a été placée en détention à l'issue de l'audience.

Dommages et intérêts, confiscation de leur maison luxueuse

Les époux ont été condamnés solidairement à verser 2,2 M EUR de dommages et intérêts à la Régie de l'opéra, partie civile, au titre du préjudice matériel, et l'ex-régisseuse à 5.000 euros, au titre du préjudice moral, à une collègue dont elle avait imité la signature.

Le tribunal a aussi ordonné la confiscation de leur maison, construite et luxueusement équipée (piscine, spa) pendant les années de détournement de fonds. Le tribunal a justifié la peine par "l'importance de l'infraction, l'impossibilité de réparer le dommage causé, ainsi que la personnalité de la prévenue, qui en onze ans n'a manifesté aucun remords".

Il a justifié le mandat de dépôt notamment pour "garantir la sécurité personnelle" de la condamnée, sous diverses médications dont des anxiolytiques. Et il a requis un "examen médical urgent".

Une comptabilité double mise au jour par hasard

L'affaire de la régisseuse, dont l'ampleur avait secoué l'opéra, institution bordelaise, avait éclaté en avril 2012 après l'alerte lancée par deux collègues, tombés fortuitement sur un chèque suspicieux.

L'enquête, puis les aveux progressifs, avaient mis au jours des détournements méthodiques, depuis 10 ans, mêlant chèques et liquides, via des reconstitutions de trésorerie, une comptabilité double dont la régisseuse tenait jalousement les rênes. D'autant moins soupçonnée qu'elle était elle-même une harpie intransigeante sur les frais et notes, un véritable "chien de garde des dépenses".