"Mârouf, savetier du Caire" à l'Opéra Comique : Jérôme Deschamps met en avant les jeunes talents

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/05/2013 à 18H01
Sur la scène de l'Opéra comique, Jean-Sébastien Bou est Mârouf.

Sur la scène de l'Opéra comique, Jean-Sébastien Bou est Mârouf.

© France3/Culturebox

L'Opéra Comique a aussi son Académie ! Dix jeunes chanteurs lyriques ont été sélectionnés parmi des centaines de candidats et participent à la dernière création du théâtre national. "Mârouf, savetier du Caire" est à découvrir jusqu'au 3 juin à Paris. La mise en scène est signée Jérôme Deschamps.

A 65 ans, le créateur des "Deschiens",  ces anti-héros loufoques et paumés, n'a rien perdu de son mordant. Qu'il s'agisse de défendre son budget auprès des tutelles ou d'obtenir des rideaux de soie neufs pour le foyer du théâtre, il ne désarme pas et finit par obtenir gain de cause. Promouvoir les jeunes talents est également l'un de ses combats : c'est pourquoi il crée en 2012 "l'Académie" de l'Opéra Comique, qui sélectionne chaque année une dizaine de chanteurs lyriques. La première promotion chante dans "Mârouf", la dernière création de l'Opéra Comique. 

Reportage : J.-L. Serra, M. Caillaud, R. Saint-Estève, E. Beauge
Un parcours atypique
"C'est l'histoire d'un pauvre savetier du Caire, maltraité par sa marâtre..." explique Jérôme Deschamps, qui avoue avoir manqué d'amour maternel. L'enfance, et les interminables étés dans les maisons de famille au voisinage des fermes de l'Yonne et du Morvan ont inspiré les caractères des "Deschiens", à qui il trouve des traits communs avec sa famille bourgeoise: "le même désarroi, la même résignation sage face aux velléités et à la bêtise humaine", confie-t-il. Jérôme Deschamps et sa compagne Macha Makeïeff déclinent la famille Deschiens à partir de 1978 dans de nombreuses pièces, avant de lancer sur Canal + (1993-2002) la fameuse série télévisée où Yolande Moreau et François Morel, entre autres, se feront connaître.

L'aventure terminée, l'"histrion" est devenu serviteur de l'Etat, en prenant la direction de l'Opéra comique il y a cinq ans. "Servir l'intérêt public, je trouve ça bien" dit-il, heureux d'aligner cette fonction à côté des "brillants aïeux" dont on lui rebattait les oreilles enfant: le peintre de François 1er, le gouverneur général de l'Algérie et bras droit de Clémenceau, le président de la Cour de Cassation... Sans oublier un grand-père chanoine, l'oncle Hubert, comédien et royaliste "complètement loufoque", et Jacques Tati, cousin éloigné dont il a entrepris de restaurer les films, dont le célèbre "Jour de Fête" qui vient d'être présenté à Cannes.
Jérôme Deschamps est directeur du Théâtre national de l'Opéra-Comique depuis juin 2007.

Jérôme Deschamps est directeur du Théâtre national de l'Opéra-Comique depuis juin 2007.

© PHOTOPQR/NICE MATIN
"Tout finit bien"
Aujourd'hui, le directeur de théâtre aux lunettes rondes et ventre rond se régale de diriger l'Opéra Comique, "un jeu", et a joué avec délectation son propre rôle dans l'opérette "Ciboulette", grand succès de la saison. "On m'avait dit: ça ne marchera pas" se gausse-t-il. Mais ça marche: l'Opéra comique a retrouvé son lustre de maison lyrique, exhumant les chefs d'oeuvres baroques ("Atys", "Pelléas et Mélisande") comme les oeuvres légères tombées dans l'oubli, comme "Mârouf", immense succès entre les deux guerres avec 2.000 représentations.

L'opéra comique de Henri Rabaud, dont la musique "évoque Ravel, Debussy et même Wagner par moments" sera servi par un décor "de livre d'enfant", la baguette du chef Alain Altinoglu et une distribution brillante (Nathalie Manfrino, Jean-Sébastien Bou...). Au terme de péripéties "tout finit bien" assure Deschamps. "Heureux les pauvres savetiers, car grâce à Allah, ils connaîtront la richesse et l'amour", déclame-t-il, ravi.


"Mârouf, savetier du Caire"
Jusqu'au 3 juin 2013 à l'Opéra Comique
1, place Boieldieu 75002 Paris