Lunel célèbre le renouveau de la mandoline (octobre 2011)

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/10/2011 à 18H39
Le mandoliniste brésilien Hamilton de Holanda

Le mandoliniste brésilien Hamilton de Holanda

© DR

Du 26 au 29 octobre 2011, le Festival Mandolines de Lunel promet un voyage musical passionnant, du Brésil à l'Inde.

Fondé en 2004, le festival poursuit sa mission de réhabiliter l’image de la mandoline, parasitée par quelques clichés coriaces. En vogue à Naples autrefois, l’instrument s’est exporté et adapté à divers climats.

A Lunel, deux grands virtuoses, le Brésilien Hamilton de Holanda et l’Américain Mike Marshall, joueront un concerto en création mondiale. Pour ce concert programmé le vendredi 28 octobre 2011, les deux solistes, parrains du festival, seront accompagnés par l'Orchestre national de Montpellier placé sous la direction du jeune chef américain Robert Tuohy. La nouvelle œuvre en cinq mouvements, intitulée «le Concert du Printemps», a été commandée au compositeur italien Antonello Paliotti.

«C'est un événement historique car ce concerto pour deux mandolines est une première depuis le 18e siècle et le concerto pour deux mandolines de Vivaldi», confiait le directeur artistique du festival Olivier Chabrol le 6 octobre dernier, lors d'une conférence de presse. La création mondiale sera précédée par une première française, la présentation du «Mandolin Concerto» d’Avner Dorman (créé en décembre 2010 à New York), avec pour soliste le musicien israélien Avi Avital.

Le concert de clôture (29 octobre 2011) constituera l’un des autres temps forts du 8e Festival de Lunel. Pour la première fois, le public pourra y entendre le virtuose indien U. Shrinivas, considéré comme l’un des grands maîtres de la mandoline, tant acoustique qu’électrique. Les deux parrains, Hamilton de Holanda et Mike Marshall, participeront à cette soirée finale, laissant présager quelque jam session mémorable, comparable à celle qui avait scellé leur complicité lors de la première édition du festival en 2004.
 

Hamilton de Holanda et Mike Marshall au festival de Lunel 2004

 

Lorsque l’on parcourt le programme du festival héraultais, on observe que les praticiens actuels de la mandoline évoluent à des années-lumière du cliché de l’instrument suranné pour orchestre napolitain à l’ancienne. Hamilton de Holanda (35 ans) et son «bandolim» brésilien, Avi Avital (31 ans), lauréat d’un Grammy Award avec sa mandoline classique, ou encore U. Shrinivas (42 ans) n’ont rien de vieux fossiles ! Sans parler des «filleules» respectives des deux «parrains» : la Brésilienne Elisa Meyer Ferreira (17 ans) - et l’Américaine Eva Scow, de la même génération. A côté d’elles, l’Américain Mike Marshall, 51 ans, avec sa mandoline bluegrass (un genre musical traditionnel nord-américain), et le Français Jean-Louis Ruf-Costanzo, 51 ans, et son fascinant mandoloncelle (le violoncelle des mandolines), font déjà office de -fort dynamiques- vétérans.

La génération qui s’est donné rendez-vous à Lunel ne peut que donner l’espoir de voir la mandoline et ses différentes déclinaisons world, folk et classique séduire un public de plus en plus diversifié. Durant le festival, les visiteurs sont d'ailleurs conviés à diverses initiatives de découverte, telles que des ateliers, stages et master classes en présence des artistes. Face aux immenses possibilités d’un instrument qui s’adapte à toute une palette de registres, Olivier Chabrol rêve de voir la mandoline regagner du terrain dans les classes de conservatoire et autres écoles de musique...
 

La jeune Eva Scow sur scène

 

Hamilton de Holanda, parrain du Festival de Lunel
Issu d’une famille très musicienne, Hamilton de Holanda a commencé le «bandolim» (la mandoline brésilienne) à 5 ans. Son tout premier instrument lui a été offert pour Noël. Le musicien carioca est un familier des rendez-vous français de mandolinistes depuis plusieurs années. Au début des années 2000, il a participé à un festival lancé à Ajaccio par l’association Odyssée, déterminée à relancer la mandoline en France – et future organisatrice du festival de Lunel. Puis, en 2002, alors qu’il habitait à Paris, le musicien vénézuélien Cristobal Soto lui a présenté Olivier Chabrol, futur directeur artistique du festival, et qui organisait des concerts autour de la mandoline à Lunel la même année, toujours sous l’égide d’Odyssée. Hamilton de Holanda a participé à ces concerts.

En 2004, il s’est logiquement retrouvé associé à la création du Festival international de Lunel sous sa forme actuelle. Et depuis, il revient presque chaque année. C’est lors de la première édition qu’il a fait la connaissance du mandoliniste américain Mike Marshall. Cette rencontre musicale l’a beaucoup marqué. «C’était magnifique. Une édition… comme du Champagne !», s’est souvenu le musicien, décontracté et chaleureux, lors d’un entretien téléphonique –en français– mercredi depuis Rio de Janeiro, à quelques jours de sa venue en France.
 

Trois questions à Hamilton de Holanda......................................................................

- Rio, c’est très loin de Lunel. Comment préparez-vous la création du concerto que vous jouerez le 28 octobre avec Mike Marshall et l’Orchestre national de Montpellier ?
- Nous répéterons tous ensemble à Lunel, après mon arrivée prévue le 24 octobre. En ce moment, j’ai tout le temps le casque sur les oreilles et j’écoute en boucle le fichier midi (une version électronique, ndlr) du concerto que le compositeur a envoyé. Je l’écoute même quand je fais mon jogging le matin ! Une fois réunis à Lunel, nous disposerons de cinq répétitions, avec Mike Marshall et l’orchestre, pour mettre tout cela en place. Dans l’univers de la musique classique, à partir du moment où tout le monde connaît bien sa propre partie, c’est suffisant.

- Quelle est l’image de la mandoline au Brésil ?
- Au Brésil, la mandoline bénéficie d’une très belle image, puisqu’il s’agit de l’instrument soliste principal du choro (genre musical traditionnel brésilien, ndlr). Mais elle n’est pas aussi populaire que la guitare ou même le cavaquinho (petite guitare à quatre cordes, ndlr). Il existe des festivals qui célèbrent la mandoline, mais contrairement à ce qui se fait en France, ils sont organisés de manière ponctuelle, dans des lieux différents.

- Que pourriez-vous dire de son image en France, d’après votre expérience de concertiste ?
- Le public qui découvre la mandoline manifeste toujours une très bonne surprise. A Paris, il existe déjà un public qui connaît cet instrument, même si nous espérons toujours le voir s’élargir ! En dehors de Paris, le festival de Lunel représente une bonne opportunité de faire découvrir cet instrument. On y trouve beaucoup de fous mandolinistes, qui n’arrêtent pas d’en jouer pendant cinq, six jours...

Propos recueillis par AY
 

U. Shrinivas : extrait de la bande originale du film "Mange, prie, aime" (2010)