Le directeur d'opéra Gérard Mortier est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/03/2014 à 12H46
Le directeur d'opéra Gérard Mortier en 2011.

Le directeur d'opéra Gérard Mortier en 2011.

© Sergey Pyatakov / Ria Novosti / AFP

Le Belge Gérard Mortier, qui a mené mené la carrière de patron d'opéra la plus brillante et tumultueuse des trente dernières années, est décédé à l'âge de 70 ans, a annoncé dimanche le ministère belge de la Culture. M. Mortier, qui souffrait d'un cancer, a occupé les fonctions de directeur du Teatro Real de Madrid jusqu'en septembre 2013.

"Un grand innovateur" aux choix radicaux
Passé par les plus grandes places d'Europe - le Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles (1981-1992), le Festival de Salzbourg (1992-2001) mais aussi l'Opéra de Paris jusqu'en 2009 avant de rejoindre le Teatro Real de Madrid - ce dirigeant réputé brillant et à l'égo surdimensionné s'est illustré par son goût de l'avant-garde et ses choix radicaux.
"C'était un grand innovateur et un grand directeur d'opéra", a confié à l'AFP le metteur en scène suisse Luc Bondy, qui a collaboré avec lui à plusieurs reprises. "Il a été très important pour l'opéra, il a fait beaucoup bouger les choses. Il n'était pas consensuel du tout, il avait une grande personnalité, mais en même temps il réfléchissait beaucoup à la cohérence de ses programmations", a ajouté celui qui dirige depuis 2012 le Théâtre de l'Odéon, à Paris. 

Né à Gand le 25 novembre 1943, fils de boulanger éduqué chez les jésuites, Gérard Mortier ferraille très tôt, dans sa Flandre natale, contre "une bourgeoisie réactionnaire qui s'était, disait-il, appropriée l'art lyrique".
 
De l'Opéra de Paris à celui de Madrid en passant par Bruxelles et Salzbourg
Il fait ses classes en Allemagne (Düsseldorf, Francfort, Hambourg) avant d'être engagé comme conseiller (1979-1981) de Rolf Liebermann et Hugues Gall à la direction de l'Opéra de Paris. Pendant onze ans (1981-1992) à la tête du Théâtre royal de la Monnaie, il replace ensuite la maison bruxelloise sur l'échiquier européen avec des metteurs en scène inventifs (Luc Bondy, Herbert Wernicke...).

Puis le Festival de Salzbourg  l'enrôle (1992-2001) à l'issue du long règne du maestro autrichien Herbert von Karajan. Gérard Mortier proclame la naissance d'un "Nouveau Salzbourg" en s'en prenant à l'influence des maisons de disques et aux conservatismes locaux avec des productions radicales.
 
Après un intermède durant lequel il lance en Allemagne la novatrice RuhrTriennale (2002-2004), le Gantois prend les rênes de l'Opéra de Paris, capitale où "l'on doit, selon lui, lutter pour ouvrir les esprits". Il s'y emploie en programmant par exemple des "Noces de Figaro" de Mozart dont l'irrévérencieux Christoph Marthaler fait accompagner les récitatifs au synthétiseur voire à la bouteille de bière. 
 
Une "programmation politique"
L'accueil est parfois houleux. Pour "Iphigénie", un spectateur crie: "Mortier au bûcher !". "J'ai mes détracteurs, j'ai mes hooligans (...) mais j'ai aussi un public très fidèle, d'aficionados", assure l'intéressé quand il quitte Paris en juillet 2009. 
 
A Madrid, le Gantois remporte de nouveaux succès avec des opéras comme "Cosi fan Tutte" de Mozart, mis en scène début 2013 par le réalisateur autrichien Michael Haneke, ou "A perfect American" de l'Américain Philip Glass.
 
Visiblement affaibli, il avait tenu à être présent à la présentation de l'opéra "Brokeback Mountain" le 27 janvier dernier à Madrid, qu'il avait commandé en 2008 au compositeur américain Charles Wuorinen. Il avait à cette occasion revendiqué une "programmation politique". Et confié dans une interview au journal espagnol ABC continuer à "penser aux jeunes tout le temps" en dépit de l'approche de la mort.
 
Réactions
Le président du festival de Cannes Gilles Jacob a salué sur Twitter la mémoire d'un "grand directeur d'opéra anticonformiste et novateur". 
 
Dans un communiqué, le ministère fédéral belge de la Culture a salué la mémoire d'"un questionneur d'âmes et un découvreur de talents qui a donné à l'opéra des airs de révolution".
 
La ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti, a pour sa part salué la "politique artistique exigeante et couronnée de succès" d'un dirigeant "visionnaire" qui "aura su faire entrer dans le XXIème siècle" l'Opéra national de Paris.