Laurent Garnier sort un DVD Live à Pleyel: nous l'avons interviewé

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/11/2011 à 09H36
Laurent Garnier à Paris, octobre 2010.

Laurent Garnier à Paris, octobre 2010.

© COLLOT/SIPA

Le 13 mars 2010, le Dj techno que le monde nous envie investissait la prestigieuse salle Pleyel en compagnie d'une dizaine de musiciens. Un live de deux heures exceptionnel à bien des égards, fruit de six mois de travail intense de Laurent Garnier et de son équipe. Résultat : l'ovation du public debout. Un DVD live "It's Just Muzik", enrichi d'interviews et d'images de répétitions, témoigne aujourd'hui de cette aventure singulière sur laquelle Laurent Garnier revient avec nous en détails.

Que représentait "faire" Pleyel pour toi ? Une sorte d'aboutissement ?
Laurent Garnier : Pas du tout. Je n'avais jamais rêvé de jouer à Pleyel, jamais ! Mais ça a été au final un moment d'une force incroyable pour moi et pour tous mes musiciens. Les six mois qui ont précédé le concert ont été une aventure extraordinaire. Pourtant, quand les gens de Pleyel m'ont contacté au départ, ça m'a fait rire, genre "vous êtes sûrs les gars, c'est un peu fou, non ?".

C'est donc Pleyel qui a fait le premier pas ?
Oui, je pense qu'ils souhaitent ouvrir leur salle à d'autres musiques, ce qui est très louable, ils veulent tenter des expériences, car le public du classique vieillit. Au départ, j'étais dubitatif. Et puis mon entourage m'a poussé à aller voir la salle. Jusque là, Pleyel pour moi c'était un nom, une réputation mais c'est tout. Quand j'ai vu la salle, j'ai changé d'idée. J'ai vu l'ampleur du challenge et j'ai dit oui.

Le Teaser du DVD Live à Pleyel

Qu'as-tu fait de particulier pour ce concert ?
Ca m'excitait de faire un truc spécial là-bas. J'ai voulu construire un spectacle unique, avec des visuels, deux fois plus de musiciens (dix au lieu des cinq habituels dont dj Crazy B de Birdy Nam Nam et le chanteur Anthony Joseph), et des morceaux uniques jamais joués. Il faut respecter les endroits où l'on joue, chose que je fais toujours. A Pleyel, je trouvais normal par exemple de jouer un morceau au piano. Comme c'était une salle assise, on pouvait se permettre davantage de moments lyriques ou jazz, qui ne passent pas dans les festivals techno.

Qu'avez-vous joué que vous n'aviez joué durant la tournée "Tales of a Kleptomaniac" ?
Pour le tracklisting, j'ai beaucoup impliqué mes musiciens. Je me suis longtemps demandé si je devais jouer "Crispy Bacon" (son titre techno le plus emblématique ndlr). On l'a gardé, mais pour le final. J'ai aussi joué une poignée de morceaux pour la première fois en live, dont un de ceux composés pour le ballet de Marie-Claude Pietragalla "Sade ou le théâtre des fous". En ouverture, je suis entré en scène seul et j'ai joué "Downfall" (extrait de son album "Unreasonable Behaviour").  Je m'étais dit, "tant qu'à aller au casse-pipe, autant y aller seul" (rires).

Tu avais le trac ?
Plus le concert se rapprochait, plus je flippais. Sur le DVD, je demande pardon à mon entourage pour les avoir tellement saoûlé avec Pleyel. Ca a été six mois de boulot intense. Je me suis senti embarqué dans une sorte de vague. Le soir même, 3 minutes avant d'entrer en scène, j'ai connu un moment de grande solitude. Je me souviens, j'étais accroupi, à côté de la scène; j'entendais le grondement des 3.000 personnes dans la salle et je me suis senti tomber. Comme dans le film "La Haine", je me disais : "jusqu'ici, tout va bien". Durant le concert, il y a eu des moments extrêmement émouvants. Sur le DVD, on le voit bien, j'essaye de parler au public et j'ai les larmes aux yeux. Je n'ai pas cherché à en faire un point culminant, mais ça l'a été. Ce concert a été d'une force incroyable.

Laurent Garnier raconte le trac avant l'entrée en scène (extrait du DVD)

Et après le concert ?
L'après Pleyel a été un moment difficile. Comme un baby blues très violent pour tout le monde. Ca fait des années qu'on entend que la techno n'est pas de la vraie musique, que les dj ne sont pas de véritables musiciens, des années que je me bats contre ces a-priori et que je défends le jazz et la techno, deux mouvements qui prônent la liberté. Avec ce concert, j'ai eu l'impression d'avoir mis un point à une phrase. Au plan personnel, j'ai eu le sentiment d'avoir été au bout de ce que je pouvais faire pour marier l'électronique au jazz.

Que représente ce DVD pour toi ?
Nos gars avaient filmé mais sans arrière-pensée puisque Arte retransmettait déjà le live en direct sur internet. C'est seulement après-coup que je me suis mis à batailler pour faire un DVD. Je dis batailler car j'ai dû payer pour le faire et au final, même si nous vendons les 2000 exemplaires, j'en serais encore de ma poche car la Spedidam, qui est sous contrat avec Pleyel, nous a réclamé une somme folle. Ce DVD, c'est ce que je voudrais offrir avec fierté à mon fils quand il aura vingt ans. Car il s'agit d'un témoignage de ce que je suis. Et l'aboutissement de quinze ans de travail de la scène avec mes musiciens. Paradoxalement, ce concert m'a permis de tourner la page, de passer à autre chose. Depuis, je suis reparti avec LBS (Live Booth Sessions, en trio avec Benjamin Rippert et Scan X) dans quelque chose de beaucoup plus techno.

Le DVD Live à Pleyel "It's Just Muzik" est à commander sur le site de Laurent Garnier

"Gnanmakoudji" live salle Pleyel