3 questions à René Martin, directeur artistique de "La folle journée de Nantes"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/02/2012 à 16H59
René Martin

René Martin

© FRANK PERRY / AFP

Ce petit homme timide, tout habillé de noir, est le créateur de "La folle journée", celui sur qui tout repose. Cinq jours de concert non-stop dans une dizaine de salles, des conférences, les infrastructures d'une Cité des Congrès mobilisées pour l'occasion, des artistes à foison, des plus prestigieux aux jeunes pousses souvent repérées par René Martin lui-même, un public de plus en plus nombreux, jeunes et vieux, familles et couples, une région entière devenue mélomane et prête aussi à s'enflammer pour des oeuvres de plus en plus exigeantes. Le cru 2012 n'a aucune raison de ne pas être un triomphe.


Bertrand Renard : Il y avait déjà eu une "folle journée" russe il y a dix ans. En quoi celle-ci est-elle différente?

René Martin : Il y a dix ans il y avait 120 concerts. Cette année 300. Et nous nous arrêtions à Rachmaninov, donc au début du XXe siècle. Cette fois 50% des oeuvres proposées ont été composées après 1920, avec aussi l'accent porté sur Alexandre Scriabine, très peu joué alors. Nous pourrions vivre sur nos acquis, programmer tous les trois ans Mozart. Or le sens de l'évolution c'est d'aborder peu à peu tous les répertoires connus et inconnus, être  audacieux. Apparemment le public nous suit, à en juger par le fait que les concertos de Chostakovitch ou de Schnittke, les oeuvres sacrées d'Arvo Pärt, ont été pris d'assaut..."La folle journée" du  XXe siècle à laquelle je rêve depuis longtemps arrivera peut-être plus vite que prévu.
Par ailleurs nous avons obtenu cette année de la municipalité deux salles au Lieu Unique (l'ancienne biscuiterie LU devenu espace culturel) à deux cents mètres de la Cité des Congrès. Deux salles de très bonne acoustique. On y accèdera depuis la Cité par une allée couverte, donnant vraiment l'impression d'un lieu... unique en deux parties. Cela nous donne 30.000 places supplémentaires proposées au public (l'équivalent d'un jour de programmation)

Qui décide de la programmation ? Des thèmes ? Des artistes invités?

Moi. Moi seul. Chaque oeuvre, chaque artiste, la programmation de A à Z. C'est mon plus grand plaisir, ce qui fait que chaque matin je vais à mon bureau avec le sourire. J'ai évidemment une dizaine de collaborateurs, c'est une petite structure. C'est moi aussi qui propose les oeuvres aux artistes. Certains sont parfois surpris mais ils me font confiance. Evidemment je suis à leur écoute s'ils me demandent en particulier de jouer avec tel ou telle. Anne Queffelec, à qui j'ai proposé cette année le "Sextuor" de Glinka, oeuvre magnifique mais terrible pour un pianiste, m'a demandé de jouer avec le Quatuor Prazak qu'elle avait entendu ici. A Nantes les artistes vont beaucoup s'écouter les uns les autres, ils en ont l'occasion...
Nantes est aussi un vivier de jeunes talents. Cette année je crois beaucoup au pianiste Yuri Favorin, au répertoire incroyable, à la pianiste italienne Beatrice Rana, inconnue chez nous; Adam Laloum revient, auréolé de sa nomination aux Victoires de la Musique...

C'est une "folle journée" mais aussi une folle organisation. N'avez-vous pas des inquiétudes? Que cela devienne trop important, ingérable?

Non. Les gens qui m'entourent et ceux de la Cité sont très professionnels. Nous contrôlons extrêmement bien la situation, je crois. Je suis draconien sur le choix des oeuvres, des artistes. Et les normes de sécurité sont parfaitement respectées : pas plus de 30.000 personnes par jour. Quant aux autres "Folles journées", on me propose d'en créer une par mois ! Je refuse: Berlin, New-York, n'ont pas besoin de moi. Vous voyez que, contrairement à ce que l'on pourrait croire parfois, je suis extrêmement raisonnable !