Interview : Jean-Philippe Collard, directeur des Flâneries musicales de Reims

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/06/2012 à 18H03
Jean-Philippe Collard, le nouveau directeur artistique du festival

Jean-Philippe Collard, le nouveau directeur artistique du festival

© Raudel Romero

Virtuose bien connu des amoureux de musique classique, le pianiste Jean-Philippe Collard passe sa vie à sillonner les plus grandes scènes musicales du monde, du Carnegie Hall au Théâtre des Champs-Elysées en passant par le Royal Albert Hall. Pour une fois, il a accepté de se poser quelque temps et de revenir dans sa région natale pour prendre les rênes des Flâneries musicales de Reims dont la 23e édition se déroule du 22 juin au 12 juillet. En tant que directeur artistique, il souhaite en faire un événement de grande qualité, ouvert au plus grand nombre. Interview d'un passionné de musique resté simple et accessible malgré le succès.

Vous êtes le tout nouveau directeur artistique des Flâneries musicales de Reims… Pourquoi avoir accepté ce challenge ?

Dans un premier temps, j’avoue que cette proposition m’est complètement passée à côté car j’étais tout entier consacré à ma carrière de pianiste, mes voyages, à une vie de travail face à moi-même, et je n’avais jamais songé à m’occuper d’un tel festival… Quand la proposition est arrivée, je suis donc resté un peu KO debout, mais, encouragé par certains amis, ça s’est révélé à mon esprit. Tout d’abord parce que c’était un retour sur les terres de mon enfance, ça a pesé énormément. Ensuite, parce que c’était une autre manière de me rapprocher de mes amis artistes que j’ai l’habitude de croiser dans les aéroports ou dans des salles de concert. Enfin, c’était l’occasion d’être au plus proche des gens qui viennent écouter de la musique… Et moi aussi, je vais beaucoup écouter les gens qui viennent au concert et je pense apprendre énormément.

Quelle « patte » personnelle souhaitez-vous apporter au festival ?

Dans les thèmes choisis et leur cohérence : la musique française, tout d’abord, car je pense qu’elle n’est pas assez honorée dans notre pays… Aucun festival ne s’y consacre exclusivement alors que notre musique est vénérée dans le monde entier.
Ensuite, je souhaite mettre à l’honneur la musique pour chant choral, car il y a ici, dans la région, des chœurs de très haut niveau et qu’ils peuvent s’exprimer dans le patrimoine magnifique de la ville de Reims.
Et puis, je souhaite aussi mettre en lumière trois jeunes artistes : un violoncelliste français, une pianiste italienne et une violoniste américaine d’origine coréenne qui sont aux portes de la carrière et que j’invite ici à Reims sur la scène du conservatoire, dans une série que j’ai intitulé « Débuts », et ces concerts auront la particularité d’être diffusés en direct sur internet (sur www.medici.tv). Les 2, 3 et 4 juillet à 20h, on pourra donc les entendre dans le monde entier… Pour eux, c’est une rampe de lancement formidable !

Avant d’en prendre les rênes, vous étiez-vous déjà produit aux Flâneries de Reims ?

J’avais d’abord sur les Flâneries le regard d’un amoureux de la musique, d’autant plus aigu que cela se passait dans ma région. J’ai vu le festival se développer, j’y ai été invité à plusieurs reprises, mais je n’ai répondu favorablement que deux fois, notamment l’an dernier où je me souviens d’un concert très chaleureux sur la scène du conservatoire régional. Mais cette fois-ci, c’est moi qui suis « dans la boîte » pour les décisions artistiques !

Aujourd’hui, il y a une foule de festivals de musique classique… Qu’est-ce qui fait la spécificité des Flâneries musicales de Reims ?

L’esprit des Flâneries repose sur un écueil patent : la ville de Reims ne possède pas de salle de concert symphonique ! Il y a bien un opéra et un conservatoire, mais qui n’a que 400 places… Il n’y a pas de « cœur réel » comme il en existe dans d’autres festivals. La raison pour laquelle les Flâneries ont pris tellement d’importance, c’est justement parce qu’on va d’un lieu à un autre. C’est la grande originalité de ce festival : on peut écouter la musique dans toutes sortes de lieux, et ça donne lieu à des choix artistiques très diversifiés. Et parmi ces lieux, il y a notamment la basilique Saint-Rémi, la cathédrale et le Palais du Tau… des lieux emblématiques qui sont des écrins merveilleux pour la musique !

A qui s’adresse ce festival, selon vous ? Des mélomanes avertis ?

Ce que j’espère, c’est que grâce à sa programmation, à la multiplicité des lieux et à l’échelle des prix d’entrée, ce festival s’adresse à un panorama extrêmement large. On y voit en effet des grandes entreprises qui viennent parrainer un certain nombre de concerts, mais aussi des gens qui s’approchent de la musique pour la première fois, sans avoir de connaissances musicales spécifiques. Mais pour apprécier la musique, il n’est pas du tout nécessaire de la connaître. Je souhaite que le public soit le plus large possible, en essayant aussi de rayonner dans les quartiers qui jusque-là n’ont pas été favorisés, avec une programmation adéquate. La musique appartient à tous, profitez-en !

Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours du début des festivités ?

(Rires) Je suis extrêmement combattif avec toutes les équipes autour de moi qui sont en ébullition, mais je dois l’avouer aussi, je suis un peu nerveux car c’est une grande première pour moi, et puis parce que j’espère que ma programmation va susciter l’adhésion la plus large.

Jean-Philippe Collard au piano

Jean-Philippe Collard au piano

© L'Union de Reims

Les Flâneries musicales de Reims

Du 22 juin au 12 juillet dans de 

nombreux lieux de la ville