Festival d'Ambronay : derrière le prestige, l'ambiance familiale

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/09/2015 à 16H41
La file d'attente pour accéder à l'Abbaye pendant le festival...

La file d'attente pour accéder à l'Abbaye pendant le festival...

© Bertrand Pichène

Musique dans les couloirs de l'Abbaye, concerts grand public dans les jardins, "visites musicales" du patrimoine monastique, bar musical pour des "afters" en fin de soirée… Il règne une atmosphère d'euphorie musicale permanente au festival d'Ambronay, dans un esprit bon enfant et familial initié par ses fondateurs en 1980.

Un joli son s'échappe du premier étage : un solo de viole de gambe, quelques mesures esquissées par une jeune femme qui termine de répéter. Plus loin, salle Monteverdi, c'est le jeune ensemble "Voces suaves" qui se prépare, et le son, au gré des portes qui s'ouvrent ou qui se ferment, se propage agréablement. Dans les couloirs de l'Abbaye d'Ambronay pendant le festival on se croirait dans un conservatoire, si ce n'était… Ici par exemple, la présence de deux poussettes, occupées : "Ce sont les enfants des musiciens suisses qui logent ici, eux aussi", m'explique-t-on. Là, un groupe de personnes autour d'un joueur de théorbe qu'il explique être un cousin baroque du luth : ce sont des touristes-festivaliers, venus pour la "visite musicale" de l'après-midi, promenade culturelle et historique dans ce lieu de patrimoine, jalonnée de rencontres avec des musiciens.

Dynamisme

Ainsi va la vie à l'Abbaye. Côté rue, le Festival d'Ambronay ce sont des concerts prestigieux de musique baroque où tous les grands interprètes se sont produits. Côté cour, une myriade d'initiatives, proposées pendant quatre longs week-ends de cette fin de l'été.
Démonstration de théorbe pendant une "visite musicale" de l'abbaye. 

Démonstration de théorbe pendant une "visite musicale" de l'abbaye. 

© Bertrand Pichène

"C'est une atmosphère extrêmement stimulante", raconte Francesco Saverio Pedrini, claviciniste italien, devenu directeur musical de "Voces Suaves". Cet ensemble suisse, en résidence "Jeunes Ensembles" à Ambronay l'année dernière, a été sélectionné dans le cadre du programme européen d'aide aux jeunes talents "eeemerging". Résultat : l'opportunité de se produire ici, pendant le festival, et l'éventualité même de pouvoir enregistrer une production dans le label d'Ambronay. "Il y a qu'à Ambronay que je vois une telle concentration d'activités qui dépasse le seul cadre du festival. Ici, l'ensemble a autant pu assister aux concerts des plus grands interprètes baroques que développer un projet pédagogique avec des enfants ! Ambronay nous permet aussi de nous insérer dans un réseau international de festivals de musique ancienne. Enfin, Ambronay nous a offert l'opportunité d'un long temps de travail avec l'Ensemble dans une immersion totale : c'est ici que nous avons notamment avancé le travail sur les polyphonies et madrigaux de Monteverdi, Gesualdo, Palestrina… sans oublier les partitions contemporaines que nous y avons ajoutées". S'approchant de la salle de répétition de Voces Suaves où Pedrini reprend sa place, on y entend travailler en allemand, français, italien, anglais…
Dans les couloirs de l'Abbaye, pendant une "visite musicale"

Dans les couloirs de l'Abbaye, pendant une "visite musicale"

© Bertrand Pichène

Et les langues se mélangent bientôt, l'ensemble tchèque "Collegium 1704" dirigé par Vaclav Luks, vient de faire son apparition, direction la "cantine", lieu où toutes les tables se mélangent. L'ensemble interprète à l'Abbatiale une "Messe en si mineur" de Bach très attendue. Dans les jardins et les chemins d'Ambronay, en toute hâte à quelques heures d'un concert, les gens passent, se croisent et se tutoient. Il y a le père Daniel-Paul Bilis, curé de la paroisse d'Ambronay, située juste ici, dans l'Abbatiale. Ancien disquaire, critique musical, c'est un vieil ami du festival. Il s'assure que le programme des concerts et leur mise en espace soient quand-même conformes au lieu sacré… Et puis tous ces gens qui mettent la main à la pâte et sans qui l'aventure d'Ambronay n'aurait peut-être pas existé : les bénévoles, quatre-vingts au total, dont la plupart ont vu naître le festival. Ou alors c'était les parents ou les grands parents…

C'était en 1980, une époque où se renforce le désir de conserver le patrimoine en région, et en particulier cette abbaye, créée à l'époque de Charlemagne.  Rattaché à la règle bénédictine, son bâtiment a perduré au cours des siècles devenant, après le départ des moines mauristes, tour à tour prison, fromagerie et même en 1944, abri des forces aériennes libres… Alain Brunet est l'un des plus actifs dans la réhabilitation. Mélomane, il est également sensible au mouvement de renouveau du répertoire baroque. L'un de ses initiateurs, William Christie, est touché par l'acoustique cristalline de l'Abbatiale. Il ne faudra pas plus de temps pour qu'à l'initiative d'Alain Brunet naisse le Festival d'Ambronay pour diffuser et produire des concerts de musique ancienne.

"C'est un peu une famille"

"Les bénévoles sont en partie les amis de jeunesse d'Alain", m'explique-ton. D'où l'atmosphère détendue, "clairement familiale", ajoute le même Alain Brunet, qui aujourd'hui a troqué son poste opérationnel (repris par Daniel Bizeray) pour celui de président. "Le festival est marqué par la présence des bénévoles, venus de tous les secteurs professionnels. Certains étaient des amateurs de musique ancienne, d'autres le sont devenus, mais ils viennent avant tout pour le plaisir d'être ensemble. Les artistes revenaient pour la chaleur humaine et cette qualité d'échange. Et le public à son tour le ressent. C'est un peu une famille. Certes, avec le temps, le festival a évolué et il a fallu beaucoup de pédagogie pour expliquer qu'on allait vers plus de professionnalisme", conclut Alain Brunet.
A l'extérieur du bar de l'after musical pendant le festival...

A l'extérieur du bar de l'after musical pendant le festival...

© Bertrand Pichène

Depuis plus de dix ans, le Centre culturel de rencontres imaginé ici développe toutes sortes d'activités notamment autour de la musique ancienne. De la création de spectacles à l'enregistrement de disques, en passant par les résidences de jeunes. Pendant le festival même, les activités sont devenues plus nombreuses : conférences appelées "Mises en oreille", pour présenter les concerts proposés, scènes amateurs, ateliers de danse et même le soir un bar offrant aux musiciens de toute origine de tenter ensemble un "after" musical. Seule l'atmosphère n'a pas changé : comme une grande famille…