"Dialogues des carmélites" : Christophe Honoré met en scène son premier opéra

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/09/2013 à 11H00
Christophe Honoré se lance dans la mise en scène d'opéra avec "Dialogues des carmélites"  de Francis Poulenc, à Lyon à partir du 12 octobre

Christophe Honoré se lance dans la mise en scène d'opéra avec "Dialogues des carmélites"  de Francis Poulenc, à Lyon à partir du 12 octobre

© JEFF PACHOUD / AFP

Christophe Honoré adore se lancer de nouveaux défis: après avoir ressucité le film musical à la Jacques Demy -"Les chansons d'amour" en 2007 - il aborde l'opéra avec "Dialogues des carmélites" de Francis Poulenc, à Lyon à partir du 12 octobre.

Barbe poivre et sel, grand carton sous le bras - un album pour la jeunesse, son premier métier - Christophe Honoré a été séduit par cette histoire de religieuses persécutées pendant la Terreur, déchirées par le doute et la tentation du mal, au moment d'affronter l'échafaud. Un choix plus logique qu'il n'y paraît: "La pièce est à l'origine un scénario de Georges Bernanos pour le cinéma, et Poulenc est un compositeur qui a beaucoup influencé la comédie musicale", observe Serge Dorny, directeur de l'Opéra de Lyon. "C'est un opéra presque cinématographique", renchérit Christophe Honoré.

Lui qui avoue "connaître mieux son Michel Legrand (le collaborateur musical de Jacques Demy) que son Poulenc" a retrouvé dans "Dialogues des carmélites" "des phrases musicales que j'avais entendues chez Legrand et Demy sans savoir que cela venait de chez Poulenc ! C'est sûr qu'ils ont écouté Poulenc lorsqu'ils se sont posé la question d'un film entièrement chanté au moment des "Parapluies de Cherbourg", dit-il.

Le chef-d'oeuvre de Francis Poulenc (1957) est basé sur une histoire vraie: celle des carmélites de Compiègne, arrêtées et guillotinées en 1794. Mais Christophe Honoré a choisi de raconter l'histoire "depuis aujourd'hui". "C'est ce que j'ai toujours fait, par exemple dans "La Belle personne" (version contemporaine de "La Princesse de Clèves").

Christophe Honoré est allé à la rencontre des carmélites, à Lyon et Pontoise. Il a trouvé "des femmes qui travaillent, qui ont des ordinateurs, des femmes d'aujourd'hui". "Les carmels ne surplombent pas le monde, les carmélites ont l'impression que leur côté retranché leur permet d'être absolument attentives au monde", explique-t-il.

"Concret, trivial, charnel"

Il parlera donc de ces carmélites de la façon "la plus humaine possible, qu'elles ne soient pas seulement une collectivité, mais des personnalités différentes, que ce soit concret, trivial, charnel", dit-il. Les soeurs ne seront pas en habit religieux: "dans cette guerre civile, on leur a assigné un endroit où elles n'ont plus droit aux signes religieux extérieurs, exactement de la même manière qu'aujourd'hui on interdit le voile".

"Le catholicisme de Bernanos est très loin d'un catholicisme de dame patronnesse, ce qui l'intéresse, c'est toujours la tentation des saints, la confrontation avec le diable, la tentation, l'effroi". Or, Christophe Honoré "aime bien le diable, en fait".

Après six mois d'immersion dans la mise en scène de ce premier opéra, le réalisateur s'attaque au montage de son prochain film sur les "Métamorphoses" d'Ovide, pour 2014. La suite ? "En ce moment, le cinéma ne va pas très bien, c'est de plus en plus difficile de monter des projets, je vois bien qu'il y a une fébrilité générale et une prudence qui ne favorise pas des projets, disons, atypiques", convient-il.

Le théâtre l'a comblé, avec le succès "inattendu" de "Nouveau roman", qui a fait le plein à Avignon en 2012 puis au Théâtre de la Colline. Alors, théâtre ou cinéma ? "C'est le désir de ce que j'aurai envie de raconter qui le dira". Lui qui avait signé en 2007 le film de toute une génération espère en tout cas que "les jeunes gens qui ont aimé "Les Chansons d'amour" saisiront l'occasion d'entrer à l'opéra".