Des théâtres en coopérative pour monter des opéras

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/09/2015 à 18H52
Le Théâtre de Cornouaille, à Quimper, participe à la Co(opera)tive de villes moyennes qui unissent leurs moyens pour monter des opéras.

Le Théâtre de Cornouaille, à Quimper, participe à la Co(opera)tive de villes moyennes qui unissent leurs moyens pour monter des opéras.

© Fred Tanneau / AFP

Quatre théâtres publics de villes moyennes - Quimper, Dunkerque, Compiègne et Besançon - ont décidé d'unir leurs forces pour se lancer dans l'opéra avec "Les Noces de Figaro", une initiative originale dans un climat budgétaire frileux.

"Il y a un public qui n'a pas accès à l'opéra, parce que la grande ville c'est Lille, et que faire 100 km pour une soirée n'est pas donné à tout le monde", explique Hélène Cancel, directrice du Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque.
              
"Tout seuls, on n'y arriverait pas ! Il faut trouver un modèle économique différent si on ne veut pas sacrifier la création", ajoute-t-elle.
              
La "Co(opéra)tive", présentée mardi lors d'une conférence de presse, est financée par chacune des quatres scènes nationales de Besançon, Compiègne, Dunkerque et Quimper à hauteur de 50.000 euros, auxquels s'ajoutent des co-producteurs (Le Perreux, La Rochelle). Un pot commun qui permettra de présenter "Les Noces de Figaro" à 15.000 spectateurs dans 14 théâtres de villes moyennes, de Le Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne) à Alès en passant par  La Rochelle.

Une production par an pendant cinq ans         

Les tarifs (entre 6 euros et 30 euros dans la plupart des lieux) et les horaires adaptés (certaines séances sont à 17h ou 19h) permettront au public familial de découvrir l'opéra.
              
Le choix de Mozart vise à "rassurer" un public souvent peu familier de l'art lyrique, mais la Co(opéra)tive projette ensuite d'explorer tous les répertoires, du 19e siècle au baroque et même de commander une oeuvre contemporaine.
              
Le projet est lancé pour au moins 5 ans, à raison d'une production par an. "Dans un climat de crise budgétaire, on s'est dit qu'avec la Co(opéra)tive il fallait être volontaire et se projeter sur les quatre prochaines années," dit  Hélène Cancel.

La mutualisation pour répartir les frais           

La mutualisation permet de faire face aux frais de production (250.000  euros) et de diffusion (23 représentations dans 14 lieux de novembre à fin janvier pour un coût estimé à 800.000 euros). Au total le prix de revient est  très inférieur à celui des grandes productions lyriques, grâce à un orchestre réduit (20 musiciens) et au partage des tâches : répétitions réparties entre les lieux, mise à disposition de l'atelier de décors de Besançon etc.
 
"Il y a une économie de moyens mais ce n'est pas un opéra au rabais", affirme Loïc Boissier, administrateur de production. Galin Stoev, metteur en scène reconnu qui a travaillé pour la Comédie-Française ou encore le Théâtre de la Colline et le chef d'orchestre Alexis Kossenko et son ensemble sur instruments anciens Les Ambassadeurs sont garants de la qualité artistique d'un  projet qui fait appel à des chanteurs confirmés (Emmanuelle de Negri, Hélène  Walter ...) et de jeunes espoirs comme Ambroisine Bré (Chérubin).

Des initiatives face à la crise   

L'opéra, dont les coûts de production sont les plus élevés du spectacle vivant, multiplie les initiatives face à la crise : appel au mécénat, comme à  l'Opéra de Paris, qui ouvre sa saison avec un Gala de prestige, coproductions systématiques, regroupant parfois une dizaine de maisons lyriques.
              
Le Centre français de promotion lyrique lancera ainsi en octobre 2016 un opéra coproduit par neuf maisons d'opéra (Avignon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Marseille, Montpellier, Reims, Rennes, Toulouse et Toulon). Cette création, "L'ombre de Venceslao", est tirée d'une pièce de Copi adaptée par Jorge Lavelli et mise en musique par le compositeur argentin Martin Matalon.