Décès de la pianiste française Brigitte Engerer

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/06/2012 à 14H14
La pianiste Brigitte Engerer est morte

La pianiste Brigitte Engerer est morte

© Franck Perry / AFP

Brigitte Engerer, célèbre pianiste française formée à l'école russe, qui a mené une brillante carrière internationale, est morte samedi à Paris à l'âge de 59 ans, a annoncé son agent. Brigitte Engerer, née le 27 octobre 1952 à Tunis, était une virtuose qui "a joué avec les plus grands", selon un communiqué des Concerts de Valmalète.

Elle avait commencé la musique à cinq ans. Entrée au Conservatoire de Paris dans la classe de Lucette Descaves, elle y obtient en 1968 à 15 ans, un premier prix de piano, première nommée à l'unanimité. En 1969, elle est lauréate du Concours international Marguerite Long-Jacques Thibaud à la suite duquel elle est invitée pour se perfectionner au conservatoire Tchaïkovski de Moscou où elle rejoint la classe de Stanislas Neuhaus. Elle y restera 9 ans. Elle a fait une grande carrière internationale, jouant avec les plus grands, comme Herbert von  Karajan qui l'invite, alors qu'elle a seulement 25 ans, à se produire avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin puis à participer aux fêtes du centenaire  de l'orchestre. Elle fait ensuite ses débuts avec l'Orchestre de Paris sous la baguette de Daniel Barenboim. Elle joue aussi avec l'Orchestre Philharmonique de New York sous la direction de Zubin Mehta.

"Je fonctionne au désir. Sans cela, je ne peux rien faire", affirmait Brigitte Engerer, qui aimait jouer avec ses amis de toujours comme le pianiste russe Boris Berezowski, Michel Beroff, l'altiste Gérard Caussé, Olivier Demarquette. Le festival de piano de La Roque d'Anthéron n'a pas connu une édition sans elle. Pour le directeur du festival René Martin, son ami, la  pianiste "était une artiste rare qui ne trichait jamais". "Elle n'essayait pas  de séduire, elle était toujours dans la vérité", a-t-il confié après son décès.


Virtuose, elle poursuivait sa carrière de concertiste et enseignait au Conservatoire de Paris depuis 1994. Selon Stanislas Neuhaus, qui a été son professeur pendant cinq ans, Brigitte Engerer était "l'une des pianistes les plus brillantes et les plus originales de sa génération". "Son jeu se caractérise par son sens artistique, son esprit romantique, son ampleur, la perfection de sa technique, ainsi que  par une science innée d'établir le contact avec l'auditoire", disait-il. Sa vie est "une inlassable quête de la vérité musicale à laquelle elle apporta la somme de ses talents", indiquent les Concerts de Valmalète.


Sur scène jusqu'au bout, la pianiste s'était produite à La Folle Journée de Nantes en février dernier. Et elle a donné son dernier concert le 12 juin dernier au Théâtre des Champs-Elysées, où elle a joué le concerto de Schumann avec l'Orchestre de  Chambre de Paris. "Ce soir-là, jamais un piano n'a autant chanté", a commenté le violoncelliste Henri Demarquette, ami et compagnon de travail de Brigitte  Engerer. Pour lui, "elle était parvenue à une complétude totale d'artiste et ne jouait pas une note qui ne soit de l'amour". C'était cinquante ans après son premier concert dans cette salle. Elle avait alors 9 ans.

François Hollande a salué "le talent" et le "grand courage" de la "pianiste de réputation internationale. "C'est avec beaucoup de tristesse que j'apprends le décès de Brigitte  Engerer. Pianiste de réputation internationale, elle avait su faire honneur à la France et faire partager son talent", écrit le chef de l'Etat. "Chacun gardera d'elle aussi le souvenir d'un grand courage personnel puisque, luttant contre la maladie qui vient de l'emporter, elle a trouvé la force d'animer l'an dernier encore le Festival de piano à Beauvais  Pianoscope dont elle assurait la direction artistique". La ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, a également rendu hommage à la pianiste, "La disparition de Brigitte Engerer laisse la musique orpheline de l'une de ses plus grandes interprètes tant la pianiste française était un être humain exceptionnel au-delà de l'immense virtuose acclamée dans les salles du monde entier", indique la ministre dans un communiqué. Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a lui aussi rendu hommage à la pianiste. Selon l'ancien maire de Nantes, qui "s'associe à la tristesse de tous les mélomanes", Brigitte Engerer "avait su renouveler l'interprétation de Chopin, de Schubert et celle de Rachmaninov avec son complice Boris Berezovsky. Son interprétation des concertos pour piano de Saint-Saëns restera comme l'une des grandes révélations pianistiques de ces vingt dernières années".

Très cultivée, passionnée de littérature, tout particulièrement russe, la pianiste parlait plusieurs langues étrangères. Selon son entourage, elle était profondément généreuse, "à l'écoute des autres, des jeunes, des autres talents dont elle s'imprégnait". Chevalier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur, Commandeur de l'ordre National du Mérite, Commandeur de l'Ordre National des Arts et Lettres, elle  s'est vu remettre en 2011 la Victoire d'Honneur pour l'ensemble de sa carrière, par les Victoires de la Musique Classique. Elle a été mariée à l’écrivain Yann Queffélec, et avait deux enfants, une fille et un garçon, de 27 et 18 ans.

Les obsèques de la pianiste Brigitte  Engerer auront lieu vendredi 29 juin à Paris,  selon l'avis de décès paru mercredi dans le carnet du Figaro. La cérémonie aura lieu vendredi à 10H30 en l'église Saint-Roch, la paroisse  des artistes, dans le Ier arrondissement de Paris.
 

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