Cocasse et surprenant, "Coeur de chien" d'Alexandre Raskatov à l'Opéra de Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/01/2014 à 12H06
Coeur de chien à l'Opéra de Lyon, janvier 2014

Coeur de chien à l'Opéra de Lyon, janvier 2014

© PHILIPPE MERLE / AFP

Le fantastique le dispute au cocasse dans "Cœur de chien" à l'opéra de Lyon jusqu’au 30 janvier 2014. Mis en scène par le britannique Simon Mc Burney, l'opéra composé par le compositeur russe Alexander Raskatov est joué pour la première fois en France. Une oeuvre drôle et surréaliste.

Un chien efflanqué gémissant sous une tempête de neige ouvre l'opéra "A Dog's Heart" (Coeur de Chien) à l'opéra de Lyon.  Et c'est aussi le grognement du chien, satisfait cette fois qui ferme la pièce, plus de deux heures plus tard. Entre-temps, le chien clochard aura goûté aux délices du "saucisson de Cracovie" et trouvé un logis, avant de passer sur le billard de son maître d'adoption, un chirurgien apprenti sorcier. Lequel échoue totalement dans sa recherche d'une recette de rajeunissement miracle, mais crée un homme-chien aux effets dévastateurs. Un univers digne d'un film de Tim Burton. 

Reportage : O. Denoyelle, P. Lachaux, D. Digard
L'oeuvre originale 
L'opéra composé par le compositeur russe Alexander Raskatov et créé en 2010 à Amsterdam est joué pour la première fois en France. Il s'inspire d'une nouvelle fantastique de Mikhaïl Boulgakov écrite en 1925, satire corrosive du "nouvel homme soviétique", immédiatement interdite de publication. Il faut dire que Boulgakov s'y livre à une dénonciation virulente des comités de citoyens et autres sbires du régime avides de pouvoir. Autour du professeur et de son étrange cabinet de rajeunissement gravite toute une petite société moscovite de petites gens, de bourgeois égoïstes, de membres de "comités" citoyens portés à la dénonciation, peinture acérée du stalinisme naissant.
 
Les œuvres de Boulgakov vues par Mc Burney
A partir de "Coeur de chien", toutes les œuvres de Boulgakov seront systématiquement interdites de publication, dont "Le Maître et Marguerite" déjà mis en scène par le même Simon McBurney et acclamé en 2012 au Festival d'Avignon. Le metteur en scène de théâtre, dont c'est la première incursion à l'opéra, dirige ses chanteurs-acteurs avec maestria: à aucun moment l'action ne faiblit, la musique est constamment "jouée" à la scène, tout autant que chantée. Des effets vidéos-tempête de neige, défilés de masse, congrès de médecins- plongent le spectateur dans l'ambiance des années 1925 à Moscou.
 
Les comédiens
Pour son chien, véritable héros de l'œuvre, Simon McBurney a imaginé une marionnette dégingandée, manipulée par 4 marionnettistes. Le caractère du chien, tour à tour pathétique et retors, est servi par deux chanteurs, une soprano (Daria Vassilieva) et un contre-ténor (Andrew Watts). Devenu homme, il est formidablement incarné par Peter Hoare, qui sait habiter ce personnage de fieffé coquin tantôt pervers, tantôt geignard.
 
Raskatov et McBurney
Le compositeur Raskatov explore la voix humaine, avec une prédilection pour les suraigus qui peut lasser, mais aussi des effets vocaux amplifiés par l'usage de mégaphones, de beaux choeurs presque religieux.
Le deuxième opéra mis en scène par Simon McBurney, "La Flûte enchantée" de Mozart (2012), sera remonté l'été prochain au Festival d'Aix-en-Provence.