Christophe Honoré ouvrira le Festival d'opéra d'Aix-en-Provence

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 20/01/2016 à 09H49
Christophe Honoré à l'Opéra de Lyon le 18 septembre 2013 

Christophe Honoré à l'Opéra de Lyon le 18 septembre 2013 

© Jeff Pachoud / AFP

Le cinéaste et metteur en scène Christophe Honoré "fera sa première apparition" l'été prochain au Festival lyrique d'Aix-en-Provence (30 juin-20 juillet 2016) avec "Cosi fan tutte" de Mozart au théâtre de l'Archevêché, a indiqué son directeur Bernard Foccroulle, alors que le festival ouvre sa billetterie.

Christophe Honoré, créateur prolifique au cinéma comme au théâtre, a mis en scène en octobre 2013 son premier opéra, les "Dialogues des carmélites" de Poulenc à Lyon. À Aix, il côtoiera le Polonais Krzysztof Warlikowski, réputé pour ses mises en scène radicales, qui va monter "Il trionfo del Tempo e del Disinganno" de Haendel.

Outre Mozart, toujours grand favori du public, la 68e édition du grand festival lyrique honore Haendel pour la troisième année consécutive et poursuit un cycle Stravinski entamé l'an dernier.

Un Pelléas et Mélisande "sensationnel avec des artistes hors normes", selon Bernard Foccroulle, cité par l'AFP, sera présenté au Grand Théâtre de Provence, avec notamment Stéphane Degout, Barbara Hannigan et Laurent Naouri pour le chant, Esa Pekka-Salonen à la baguette et pour la cinquième fois à Aix, la metteuse en scène britannique Katie Mitchell.

Sabine Devieilhe dans un oratorio de Haendel

Le Polonais Krzysztof Warlikowski, familier de l'opéra, met en scène "Le triomphe du temps et de la désillusion" de Haendel, "à travers le point de vue d'adolescentes", explique le directeur. "On verra les quatre personnages de cet oratorio profane - la beauté, le plaisir, le temps, la désillusion - à travers le regard d'une vingtaine d'adolescentes qui seront présentes sur scène comme actrices", ajoute-t-il.

Le personnage de la Beauté sera chanté par l'étoile montante du chant français Sabine Devieilhe, 30 ans. "Sabine a fait quelques uns de ses premiers pas à Aix, elle y a chanté le rôle de Serpetta dans +La finta giardiniera+ en 2011, on l'aime beaucoup et on a d'autres projets avec elle", a précisé Bernard Foccroulle.

Le metteur en scène américain Peter Sellars reprendra une production de Los Angeles d'il y a quelques années, "Oedipus Rex", d'Igor Stravinski.

Un opéra arabe à l'affiche pour la première fois

Comme tous les ans, le festival se lance dans l'aventure de créations, avec son premier opéra arabe, "Kalila wa Dimna". "Tous les enfants du monde arabe connaissent Kalila wa Dimna", a souligné Bernard Foccroulle. Ce recueil de fables animalières, né en Inde au IIIe siècle et repris dans le monde persan puis arabe, a inspiré La Fontaine.

L'opéra pour cinq chanteurs et cinq musiciens, composé par le chanteur, oudiste et compositeur palestinien Moneim Adwan, sera essentiellement chanté en arabe et parlé en français. Il voyagera ensuite à Bahreïn, en Tunisie, au Liban... En France, "Kalila wa Dimna" sera repris à Lille et Dijon.

Autre "petite forme" de 1h20, "Seven stones", composé par le Tchèque Ondrej Adamek sur un livret de l'auteur islandais Sjon, qui a travaillé notamment pour la chanteuse Björk et le cinéaste Lars von Trier, sera donné en création mondiale. L'histoire part de la "première pierre, celle qui faillit servir à lapider la femme adultère sauvée par le Christ" et met en scène 4 solistes et 12 chanteurs du choeur Accentus de Laurence Equilbey.

Retour sur l'édition de 2015

Bernard Foccroulle, qui a annoncé qu'il ne briguerait pas un quatrième mandat au-delà de 2017, a rappelé le succès de l'édition 2015 (95,3% de fréquentation des opéras) tout en regrettant la polémique suscitée par la version de l'Autrichien Martin Kusej de "L'enlèvement au sérail" de Mozart, propulsé au temps de Daech.

"J'estime avoir été le plus loin possible dans le respect de la liberté de l'artiste en disant que deux choses n'étaient pas possibles : la décapitation sur scène et le drapeau de Daech", souligne-t-il. Les deux scènes ont été enlevées à sa demande. Bernard Foccroulle a déploré que l'oeuvre donne "une vision cliché d'un Orient archaïque, inculte et agressif (...) caricature des réalités contemporaines". Et de conclure : "C'est la dernière chose dont nous avons besoin aujourd'hui."