Chilly Gonzales livre sur scène ses secrets de fabrication

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/10/2012 à 16H29
Chilly Gonzales 2012.

Chilly Gonzales 2012.

© Droits réservés

C'est un bonheur toujours renouvelé de voir Chilly Gonzales sur scène. Alors qu'il défend actuellement en tournée son nouvel album "Piano Solo 2", le maître n'a rien perdu de sa verve et de son humour. Mercredi 17 octobre à la Gaîté Lyrique, à la veille d'un concert au prestigieux Barbican de Londres, il s'est livré, en peignoir et charentaises, à un décortiquage en règle de son travail de composition. Cet exercice, dans son style échevelé inimitable, a provoqué autant de crises de rire que de machoires ballantes. Et n'a en rien atténué la magie de ses mélodies, aussi proches de la pop que d'Eric Satie.

Ceux qui pensaient assister à un récital de piano classique en ont été pour leurs frais : Chilly Gonzales ne donne pas dans l'ambiance de messe recueillie. Ils auraient dû se renseigner au préalable sur le personnage à multi-facettes de Chilly Gonzales, Gonzo pour les intimes. Car si ce Canadien polyglotte et globe-trotter est un authentique virtuose du piano, il est avant tout un entertainer hors pair qui tient à sa réputation. Doublé d'"un rappeur en peignoir et charentaises" bien dans son époque, qui tient à parler aux jeunes générations.

Le concert ouvre sur un Chilly Gonzales en ombre chinoise pour deux titres de son nouvel album de miniatures au piano. C'est beau. Magique. Mais la petite mèche folle qui se balance en rythme sur son front fait déjà glousser les connaisseurs. L'écran est alors ôté et l'on découvre Gonzo tel qu'en lui-même, en élégant peignoir noir et charentaises vert pomme. Il claque dans ses doigts et apparaît alors en hauteur l'écran "piano vision" qui montre l'intégralité du clavier sur lequel ses doigts courent. Ahhhhh ! Nous entrons dans le vif du sujet.

Gonzales, concert privé France Culture du 10 septembre 2012

Tout est jeu, nous dit en filigrane ce matador du piano
Durant le petit medley d'attaque, impossible de ne pas sourire, même sur les titres les plus délicats, les plus grâcieux, les plus romantiques. Chilly a pourtant de belles mains, des mains de magicien. Mais il a le don de les mettre en scène, de les faire se cavaler après, de les transformer en ailes, de lancer par leur intermédiaire des clins d'oeil qui inlassablement redisent que tout est jeu et qu'il ne faut surtout pas se prendre au sérieux.

Après ce préambule muet d'une vingtaine de minutes, l'entertainer à la langue bien pendue reprend le dessus. Alors voilà, dans ce spectacle il va être question de la façon dont a été composé cet album très intime. La démonstration est édifiante, réjouissante et comme toujours hilarante. Pour "Train of Thoughs" par exemple, il dissèque le système des arpèges. "Les arpèges c'est rythmer de l'harmonie", expliquet-t-il, citant Daft Punk et Glenn Miller. Fou rire dans l'assistance.

Alors qu'il fait monter une par une des personnes de l'assistance pour leur donner un cours de piano, Chilly livre au passage l'une des clés de sa dualité. "Mon grand-père considérait Wagner comme Dieu. Moi, je regardais MTV et Michael Jackson était mon Dieu. Il y a toujours dans mon travail cette tension entre Vieille Europe et Amérique, entre Art et Entertainment."

Chilly Gonzales raconte (en anglais) la composition de "Piano Solo 2"

Le mode majeur est-il de droite ?
Avec un autre "élève", il démontre la différence entre mode mineur et mode majeur. Pour le mode majeur, les mains vont vers la droite. Doit-on en déduire que c'est une tonalité politiquement de droite ? Oui, affirme Gonzo goguenard. "C'est une façon pour la droite de dire 'tout va bien'... ça respire le fascisme." Et d'en faire l'habile démonstration avec quelques notes des "Chevaux de feu". "Très tôt, sur mon piano, j'ai transformé le mode majeur en mode mineur", ajoute-t-il, "c'était un acte de rebellion. Ecoutez : dans le mineur il y a de la souffrance, ça c'est la réalité !"

Gonzales, pianiste en mode mineur ("comme minorités"), se met à rapper, en précisant "j'ai voulu faire de la musique de ma génération. Et j'ai essayé de trouver les règles musicales invisibles du rap." Il tape alors du pied un rythme en 4/4 (Four to the floor): "ça c'est le morceau qu'on entend en arrivant en boîte de nuit...." Il continue..."Et c'est un bon morceau !". Hurlements de rire dans la salle.

A l'écouter et à le voir cabotiner, il est évident que Chilly le virtuose sait sur quel bouton appuyer pour susciter la rêverie, le malaise, l'allégresse ou la mélancolie. Il voudrait nous fait croire qu'il applique modestement de simples formules comme un mathématicien dans son laboratoire, comme si l'inspiration et la grâce qu'il insuffle à ses compositions n'existaient pas. C'est bien la seule sauce qui ne prend pas. Le mystère et la magie de ses morceaux demeurent, même toutes coutures mises à plat.

La tournée internationale de Chilly Gonzales repasse par la France à partir du 30 mars et jusqu'au 27 avril, avec une date le 25 avril aux Folies Bergère (Paris).
Son album "Piano Solo 2" est sorti en septembre.