Cecilia Bartoli en prêtre inquisiteur pour son nouvel album

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/09/2012 à 11H44
La pochette de "Mission" de Cecilia Bartoli

La pochette de "Mission" de Cecilia Bartoli

© Decca

Regard pénétrant, crâne rasé, main brandissant un crucifix, la pochette de « Mission », le nouvel album de la diva Cecilia Bartoli, déroute. On croirait le double de Billy Corgan, le chanteur des Smashing Pumpkings, au look gothique. La mezzo-soprano joue à chacune de ses apparitions, de son image, en se révélant souvent méconnaissable, sous de multiples facettes, insaisissable.

Attendu dans les bacs ce 24 septembre, « Mission » est dédié à une découverte musicologique. Celle d’un compositeur oublié, Agostino Steffani (1654-1728), vénitien d’origine, prêtre, diplomate envoyé par le Vatican dans les cours d’Allemagne, où diverses intrigues lui ont valu une réputation sulfureuse, mais également compositeur baroque. La mezzo italienne glissera dans le creux de l’oreille de l’auteure à succès Donna Leon de s’inspirer de sa biographie pour écrire « Les Joyaux du paradis » (Calmann-Lévy).


Cecilia Bartoli présente son projet en français (vidéo Universal Music)

Friande d’enregistrements inédits, sur les 25 morceaux du disque, 20 sont des premières mondiales, exhumées de la Bibliothèque nationale de Vienne et de la British Library. Depuis 2005, la Bartoli compose ses albums comme des concepts autour d’un thème. Ce fut « Opera Prohibita », dédié à l’oratorio romain à une époque où les femmes ne pouvaient se produire sur scène, remplacées par des castrats. Sur la pochette, la cantatrice reprend la pose d’Anita Ekberg dans la célèbre scène de la fontaine de Trévise de « La Dolce Vita » de Fellini.

En 2007, elle sort « Maria », consacré à Maria Malibran (1808-1836), illustre mezzo, comme Cecilia Bartoli. La Malibran, que vénère Bartoli, fera l’objet au fil de ses tournées d’une exposition itinérante, présentant au public sa collection personnelle d’objets lui ayant appartenu. En 2009, Cecilia Bartoli revient aux castrats, avec « Sacrificium », en rendant hommage aux Farinelli, Caffarelli ou Porporino, avec comme fil conducteur le rappel des milliers d’enfants mutilés au XVIIIe siècle, jusqu’à 4000 par ans, sacrifiés sur l’autel du Bel Canto. Elle apparaît sur la pochette telle une statue androgyne qui passe mal auprès du public.

D’androgyne, elle devient aujourd’hui toute masculine en s’identifiant aux traits inquisiteurs du prêtre Agostino Steffani (1654-1728). Provocation ? Sûr que la Bartolli s’en amuse, mais en tire également un buzz qui fut largement entretenu depuis juillet par des informations distillées au compte-goutte, jusqu’à la présentation officielle de l’œuvre la semaine dernière en Allemagne.

"Mission", de Cecilia Bartoli, chez Decca (Universal)

Concerts :
13 novembre - 20 heures : Salle Pleyel (Paris 8e - Tél : 01.42.56.13))
18 décembre - 20 heures : La Halle aux Grains (Toulouse - Haute-Garonne - Tél : 05.61.21.09.00)