Carsen et Chéreau reviennent à Aix-en-Provence avec "Rigoletto" et "Elektra"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/07/2013 à 13H42
George Gagnidze dans le "Rigoletto" de Robert Carsen au Festival d'Avignon (répétition le 29 juin 2013)

George Gagnidze dans le "Rigoletto" de Robert Carsen au Festival d'Avignon (répétition le 29 juin 2013)

© Boris Horvat

Robert Carsen, qui n’y était pas venu depuis 17 ans, a ouvert jeudi le festival d’Aix-en-Provence avec un "Rigoletto" campé dans l’univers du cirque. Patrice Chéreau, absent depuis 2007, revient aussi à Aix avec la volcanique "Elektra" de Richard Strauss, attendue comme l'événement de cette édition.

Le premier soir, l’œuvre composée par Verdi en seulement 40 jours d'après "Le Roi s'amuse" de Victor Hugo, est depuis sa création en 1851 un opéra des plus populaires,  avec ses airs entraînants, son histoire pleine de rebondissements et son  personnage de bossu odieux et pathétique.
 
Le bouffon Rigoletto, tout en poussant son maître, le duc de Mantoue, au libertinage, cloître sa fille, ne lui autorisant que les sorties à l'église. Elle tombera amoureuse du duc, et sacrifiera sa vie pour le sauver de la vengeance de son père.

Reportage : M-H. Bonnot, T. Breton, P.  Auger, M. Violet
 
Rigoletto en clown blanc
Plutôt que d'opter pour une transposition moderne, Robert Carsen a choisi la métaphore: son bouffon est un clown blanc, "cette idée de l'homme qui rit à l'extérieur mais qui pleure à l'intérieur", dit Carsen.
 
La partition était exécutée par le London Symphony Orchestra, dirigé de main de maître par le chef "verdien" Gianandrea  Noseda, qui fait entendre une musique tour à tour brillante, tendre, insouciante et impétueuse, allant jusqu'à tonner dans la tempête finale.
 
Carsen était ravi de revenir à Aix, où il a monté quelques-uns de ses plus beaux opéras ("Le Songe d'une nuit d'été", "Orlando", "La Flûte enchantée"...)  pendant six années qui furent "un moment merveilleux et les débuts pour moi".

Reportage : Esmeralda Terpereau, Jean-François Fuster, Alexia Rouy
 
Hommage aux grandes héroïnes tragiques
Le plus grand festival lyrique de France a souhaité, en résonance avec  "Marseille, capitale européenne de la Culture", rendre hommage aux grandes héroïnes tragiques de la Méditerranée: Electre, qui brûle de venger son père Agamemnon, et Hélène, dont la beauté déclencha la guerre de Troie.
 
C'est Jean-Yves Ruf qui met en scène "Elena", opéra oublié de Francesco Cavalli (1602-1676), créé à Venise en 1659 et jamais représenté depuis. Les opéras de Cavalli, créés pour le carnaval de Venise, "sont plein de  verve, avec toute la gamme des émotions, le burlesque, le comique, le tendre, le dramatique", décrit le Belge Bernard Foccroulle, directeur du festival depuis 2007 et qui vient d'être reconduit jusqu'en 2017.
 
Chéreau à Aix avec "Elektra" 
Patrice Chéreau, qui a signé à Aix "Cosi fan tutte" et surtout "De la maison des morts", n'était pas venu depuis 2007. Son "Elektra" (à partir du 10 juillet) sera servie par Esa-Pekka Salonen à la baguette, Evelyn Herlitzius (Electre), Waltraud Meier  (Clytemnestre) et Mikhail Petrenko (Oreste). Richard Peduzzi, son décorateur attitré depuis 45 ans, a préparé "quelque chose d'à la fois antique, contemporain et tourné vers la Renaissance".
 
Comme chaque année, Aix monte aussi un opéra contemporain : "The House Taken  Over", création du jeune compositeur portugais Vasco Mendonça, sera donné au  Domaine du Grand Saint-Jean, avec la Britannique Katie Mitchell à la mise en scène.
 
Connue pour son utilisation innovante de la vidéo, Katie Mitchell avait  signé l'an dernier la mise en scène de "Written on Skin", une création de  George Benjamin qui avait eu beaucoup de succès.
 
Une création de Vasco Mendonça sur une nouvelle de Cortàzar
Vasco Mendonça est un enfant du festival : il est venu pour la première fois en 2010 pour un atelier de l'Académie européenne de musique, une pépinière de talents qui accueille chaque année près de 200 jeunes artistes du monde entier, et le festival l'a accompagné pas à pas dans l'éclosion de son oeuvre, d'après une nouvelle fantastique de Julio Cortàzar ("Casa Tomada").
 
Coté reprises, c'est le "Don Giovanni" peu conventionnel du Russe Dmitri  Tcherniakov qui est donné en alternance avec "Rigoletto" dans la cour de  l'Archevêché, avec le chef Marc Minkowski et le London Symphony Orchestra, en  résidence depuis trois ans.
 
La production avait fait sensation en 2010, avec un Don Giovanni en anti-héros d'un huis clos familial étouffant. Mais, parce que son ambition "est de faire  vivre l'opéra", Aix ne doit pas craindre de bousculer, souligne Bernard  Foccroulle.

Au Festival d'Aix
Elektra : Les 10, 16, 19 et 22 juillet 2013 à 20h et le 13 juillet à 17h
Rigoletto : Les 6, 9, 12, 16, 19, 21, 24 et 26 juillet 2013 à 21h30 et le 14 juillet à 22h