"Carmen" en vamp peroxydée à l'Opéra Bastille

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/12/2012 à 17H20
Carmen, Anna Caterina Antonacci

Carmen, Anna Caterina Antonacci

© Opéra national de Paris/Charles Duprat

L’histoire de la bohémienne andalouse et rebelle est d’abord une réserve de tubes, l’œuvre française la plus jouée au monde, magistralement dirigée ici, par le chef d’orchestre Philippe Jordan. La mise en scène d'Yves Beaunesme, plus discutable, réserve quelques surprises.


Carmen, une vamp aux allures de Marilyn
Car cette nouvelle production de l’œuvre de Bizet, le metteur en scène Yves Beaunesne la situe dans l’Espagne d’après Franco, ambiance movida et Almodovar. Carmen est une vamp aux allures de Marilyn, Escamillo, le torrero habillé en Elvis Presley, trône sur un char très Gay Pride. « J’ai voulu des sentiments, pas du folklore… ce qui sent trop l’imagerie espagnole sera assez systématiquement évacué » prévenait Beaunesne en préambule. C'est le moins que l'on puisse dire.                                                                                     

Ce qui fonctionne très bien, c’est le contraste entre cette Carmen d’aujourd’hui, et un Don José confit dans les traditions d’une Espagne catholique marquée par l'église et le franquisme. Mais on regrette dans certains airs, véritables tubes, un manque de puissance et de sensualité dans la voix d'Anna Caterina Antonacci. Nikolai Schukoff est un Don José poignant. Mais le timbre, là aussi, manque un peu de chaleur. Au toréador Escamillo, Ludovic Tézier prête sa stature et fait trembler de sa voix les coulisses de Bastille. Dans le rôle de Michaela, la tendre fiancée dont le rôle peut facilement tourner au mièvre, Genia Kühmeier enchante.

Le reportage de D.Poncet, N.Berthier, F.Menin, D.Vassy

Sur scène il y a foule
On est séduit par les costumes ultra colorés, délirants d’inventivité. Sur scène il y a foule, le Choeur de l’Opéra national de Paris, le Chœur d’enfants. Au point que les mouvements d’ensemble sont un peu étriqués. Aucune scène dansée par exemple, ce qui enlève à la séduction des cigarrières, les amies de Carmen. Dans l’acte II, beaucoup plus délié, une très jolie scène villageoise se déploie pendant que dans sa loge, s’apprête le torréador.

Une version avec dialogues parlés
Pour cette production, la version avec dialogues parlés, fidèle à l'oeuvre originelle de Bizet, a été retenue aux dépens de la version avec dialogues chantés (récitatifs). Un parti pris qui rend extrêmement lisible cette Carmen qui veut « décoller de la tradition » et qui donne une épaisseur évidente aux personnages. Bien sûr la transposition prête à d’âpres débats à la sortie, mais reste l’essentiel, Carmen est une oeuvre intense et subversive, qui ravit nos oreilles. C’est bien là l’essentiel.
 

La réaction de Jean-François Zygel (pianiste, improvisateur, compositeur), dont la "Carmen" de Bizet fait partie des "Leçons de Musique" les plus courues.

« Je croyais connaître Carmen, et je découvre encore les finesses d’instrumentations, dit-il émerveillé. Cette version avec les dialogues parlés est formidable. C’est du cinéma. » Et Ziegel de ne pas s’appesantir sur l’interprétation, « ce qui m’intéresse c’est Bizet. L’orchestre de l’Opéra national de Paris et la direction musicale de Philippe Jordan sont extraordinaires ».


« Carmen » à l’Opéra Bastille Du 4 au 29 décembre.
L'opéra sera diffusé en direct au cinéma (UGC et cinémas indépendants) le 13 décembre 2012 à 19h30.