Avec "Ciboulette", l'Opéra Comique invite le public à chanter

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/02/2013 à 14H22
Les costumes de "Ciboulette", à l'Opéra Comique © Costumes créés par David Belugou

Le public de l’Opéra Comique peut enfin chanter avec les musiciens, sur les airs de "Ciboulette", une délicieuse opérette de Reynaldo Hahn datant de 1923 (jusqu'au 26 février). La participation des spectateurs est courante en Allemagne et en Angleterre, mais elle a été oubliée depuis plus de deux siècles en France.

Quelque 200 spectateurs inscrits au préalable ont pu roder leur voix  avant le grand jour, grâce à des séances de répétition. Et, avant chaque représentation, le chef de chœur propose au public de s’entraîner à chanter deux airs, "Le refrain du muguet" et "La valse de Ciboulette".
 
L'idée vient de Laurence Equilbey, qui dit avoir été frappée par "le caractère irrésistible de la musique, qu'on ne peut que chantonner dès qu'on l'a entendue". Elle assure la direction musicale avec l’orchestre de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée et l’ensemble accentus.

On ne chante plus à l'Opéra Comique depuis le XVIIIe siècle
Il est vrai que l'opérette, cette "fille de l'opéra-comique qui a mal tourné", selon le compositeur de "Ciboulette" Reynaldo Hahn, se prête à l'exercice, avec son chant "très fin, très intérieur, très différent du chant extraverti de l'opéra", explique le baryton québécois Jean-François Lapointe, qui incarne Duparquet dans Ciboulette.
 
Si on chantait dans la salle de l'Opéra Comique pendant la première moitié du XVIIIe siècle, la tradition ne survit plus guère aujourd'hui qu'en Allemagne lors de "La Passion selon Saint Jean" et surtout en Angleterre, où il est courant que le public se lève pour entonner l'Alléluia du "Messie" de Haendel, avec des compétences dignes d'une chorale.
 
A l'Opéra Comique on s'est piqué au jeu et le public parisien semble prêt à se lancer dans l'aventure.
Les amours d'une maraîchère des Halles et d'un jeune riche
"Il y a de tout dans ‘Ciboulette’, du tendre, de l'amusant", lance, émerveillé, Jean-François Lapointe. L'histoire conte les aventures  sentimentales de Ciboulette (Julie Fuchs), jolie maraîchère des Halles de Paris à la Belle Epoque, avec Antonin de Mourmelon (Julien Behr), jeune et riche benêt plaqué par sa maîtresse, la cocotte Zénobie (Eva Ganizate).
 
Jean-François Lapointe prête sa voix ample et sa prestance à Duparquet, qui  n'est autre que le Rodolphe de "La Bohème" de  Puccini, vieilli et plein d'amertume. Il encourage les amours des deux jouvenceaux, ayant lui-même tout perdu avec la mort de Mimi.
 
"Rodolphe est amer, il a souffert et retrouve dans les amours de Ciboulette ce qu'il a connu plus jeune, son rôle offre une composition très intéressante",  explique le baryton. Ce spécialiste du répertoire français aime les oeuvres rares.  "L'opérette est malheureusement très peu chantée, il va falloir  s'attaquer à ce répertoire comme on a rénové les grands opéras il y a trente ans, parce qu'il y a de vrais bijoux", dit-il.
 
Michel Fau en comtesse de Castiglione
La mise en scène est de Michel Fau, qui joue le rôle de la comtesse de Castiglione, aux côtés de Bernadette Lafont (Madame Pingret) et Jérôme Deschamps qui incarne son propre rôle de directeur d’opéra.
 
"Ciboulette" a été composée après la Première Guerre mondiale, alors que l'opérette était moribonde, supplantée par la comédie musicale à la française, inspirée du jazz et de Broadway.
 
Les théâtres musicaux parisiens cherchent alors désespérément "la  martingale qui leur offrirait les nouveaux Offenbach, Hervé, Lecocq, Audran", explique l'historien du spectacle musical Christophe Mirambeau.
 
"Ciboulette" n'avait pas été donnée depuis 1959
Des pièces légères voient le jour, généralement à deux syllabes ("Phi-Phi",  "Dédé", "Ta Bouche", "Là-haut !"), chantées par des artistes de music-hall comme Maurice Chevalier, au détriment de l'opérette classique, plus élaborée, avec des orchestres plus complets et des choeurs. "Ciboulette" est donc une sorte d'hommage à un art en voie de disparition. Lancée au Théâtre des Variétés en 1923, l'oeuvre a un grand succès et poussera son compositeur à écrire  d'autres pièces légères.
 
Claude Autant-Lara en a signé une adaptation au cinéma.
 
L’opérette de Hahn n'avait plus été donnée à l'Opéra Comique depuis 1959.
 
"Ciboulette" à Opéra Comique, du 16 au 26 février 2013