A l’Opéra-Comique, un public enchanté chante avec "Ciboulette"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/04/2015 à 19H59
Andréa Ferréol et Mélodie Louledjian (Ciboulette)

Andréa Ferréol et Mélodie Louledjian (Ciboulette)

© Vincent Pontet

« Ciboulette » est une reprise. Comme le dit la charmante Chloé Kobuta qui présente l’œuvre à un public ravi, «nous avions tant de demandes non satisfaites que nous ne pouvions résister au plaisir de redonner ce bijou qu’est Ciboulette pour cette année-anniversaire de nos 300 ans » On ne va pas s’en plaindre.

Un cours de "coaching vocal"

Il est vivement conseillé d’arriver une bonne heure avant pour que la fête de «Ciboulette » soit complète (ça rime !) On prend d’abord un cours de « coaching vocal », enfin un cours de chant ! Soit un grand gaillard très barbu, lunettes d’intello et cheveux noirs de Samson tombant sur les épaules, qui nous accueille d’une douce voix dans une salle pleine à craquer. C’est Christophe Grapperon, le directeur musical de la compagnie «Les  « Brigands » qui nous régale d’Offenbach ou d’Yvain depuis quelques années.

Avec une patience d’ange (barbu), il nous fait répéter, à nous, choristes d’un soir - et, comme le dit un dicton que nous venons d’inventer, choristes d’un soir, espoir ! -, deux petits couplets, un « Muguet, plaisir d’un jour », de circonstance et un autre sur l’amour qui passe. Couplets que nous aurons l’honneur de chanter avec toute la troupe au moment où les lumières s’allumeront et où Laurence Equilbey, la chef et l’initiatrice de cette joyeuse idée, se tournera vers nous, baguette en main. Et Grapperon, au bout d’une demi-heure, réussit à ce que ses 200 ou 300 élèves, l’œil studieux sur leurs partitions, se disent : « Finalement, ça peut l’faire, on n’est pas trop mauvais».  

Puis Chloé Kobuta nous raconte tout de « Ciboulette » et de son auteur, ce Reynaldo Hahn arrivé du Venezuela à l’âge de trois ans, avec sa famille chassée par un coup d’Etat ! Hahn, ami des arts et des artistes, de Verlaine, Daudet ou Sarah Bernhardt, amant de Proust –en 2015, ces choses-là peuvent être dites-, auteur d’opérettes à seulement 50 ans, mais il avait gardé gravé au cœur ses souvenirs de petit garçon où papa Hahn l’emmenait écouter monsieur Offenbach.

Un livret si joliment écrit

« Ciboulette » nait en 1923. Triomphe. Musique délicieuse, très française, entre Saint-Saëns et Fauré avec des touches debussystes; mais d’un homme qui connait le jazz, les tournures contemporaines, et utilise (très bien) les frottements harmoniques, ces accords un peu dissonants qui font crisser (et crisper) l’oreille. Musique exquise. Et livret de Robert de Flers, la moitié de « Flers et Caillavet », excellents auteurs de boulevard. Flers et son complice d’alors, Francis de Croisset, l’auteur de « Nous avons fait un beau voyage »  qui donne son titre à un des tubes de « Ciboulette ». On insiste : ce livret est si joliment écrit, drôle à pamoison, qu’on pourrait simplement le jouer en comédie : le couplet des gosses de riches qui « croquent l’argent de leurs papas dans des repas où les papas ne viennent pas ». Et la si mélancolique romance de Ciboulette sur cet Aubervilliers de l’époque : « Mi parisien mi-villageois c’est pas Paris c’est la banlieue » qui rebondit en « C’est pas l’amour, c’est sa banlieue »…  
Une mise en scène de Michel Fau

Une mise en scène de Michel Fau

© Vincent Pontet

Mélody Louledjian est jolie comme un cœur

Julie Fuchs était la Ciboulette de 2013. Auréolée d’une Victoire de la musique, elle s’est envolée vers d’autres horizons. Mélody Louledjian est jolie comme un cœur. La voix est charmante, encore un peu perfectible, la composition délicieuse. Louledjian réussit à ravir le passage improbable de la petite maraîchère des Halles à Conchita Ciboulero, chanteuse espagnole des cabarets parisiens. On lui souhaite (et lui prédit) le même destin qu’à Fuchs.  
Mélodie Louledjian dans "Ciboulette" à l'Opéra Comique

Mélodie Louledjian dans "Ciboulette" à l'Opéra Comique

© Vincent Pontet

Julien Behr –nominé aussi, mais qui n’a pas eu la Victoire !- rempile en Antonin de Mourmelon, fils à papa plaintif et craintif. Il est très bien. Tassis Christoyannis  est le nouveau Duparquet, après Jean-François Lapointe : plus rêveur, plus douloureux, et joliment chantant. La regrettée Bernadette Lafont laisse la place à Andréa Ferréol, vraiment amusante en poissonnière-diseuse de bonne aventure, qui appelle tout le monde « mon saumon, mon hareng, ma truite!» 

Equilbey nous fait chanter à pleins poumons

On retrouve l’inénarrable duo Jérôme Deschamps (le directeur d’opéra)-Michel Fau (la comtesse de Castiglione) et le chœur Accentus, très bon, et les comparses comiques et Laurence Equilbey, à la tête, cette fois, de l’orchestre de chambre de Paris qui pourrait sonner plus poétique. Une Equilbey qui aime cette musique et nous la fait aimer au point, donc, de nous faire chanter à pleins poumons : « Amour qui meurt, amour qui passe… Amour fragile, tendre et chaud. Amour d’un nom que l’heure efface. Oh ! vieil amour qui fut si beau. Rends-nous nos deuils, nos larmes, nos chers tourments, nos soirs meurtris… Souffrir d’amour a tant de charmes qu’on souffre plus un’ fois guéris ».  
Mélodie Louledjian (Ciboulette) © Vincent Pontet

Et l’on se sépare, larme à l’œil et sourire aux lèvres, rêvant à l’amour et à ses exquises souffrances. Et à la si jolie Ciboulette.


"Ciboulette" de Reynaldo Hahn à l'Opéra Comique
Direction, Laurence Equilbey, mise en scène, Michel Fau
Les 29 avril, 5 et 7 mai à 20 heures, 3 mai à 15 heures
1, Place Boieldieu, Paris IIe
Réservation : 0825 01 01 23