Victoires de la musique classique : les jeunes à l’honneur

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 03/02/2017 à 16H45, publié le 02/02/2017 à 09H19
Jonas Kaufmann chante un air du Parrain de Nino Rota aux Victoires de la musique classique le 1er février.

Jonas Kaufmann chante un air du Parrain de Nino Rota aux Victoires de la musique classique le 1er février.

© Capture d'écran Culturebox France 3

Un palmarès célébrant la jeunesse et le dynamisme, un spectacle riche, marqué par la présence d’artistes prestigieux comme le ténor star Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva ou Philippe Jaroussky, une programmation variée et de qualité. C’est l’image d’un monde de la musique classique vivant et joyeux qui était à l’honneur hier aux Victoires de la musique classique.

Loin, très loin de l’image poussiéreuse très longtemps associée à la musique classique, les Victoires d’hier soir ont célébré un monde dynamique et jeune dans l’ensemble, sur un ton d'ailleurs résolument gai et détendu, donné par le duo de présentateurs, Frédéric Lodéon (comme à l'accoutumé) et la journaliste Leïla Kaddour-Boudadi. 

Un palmarès jeune et féminin

Le palmarès est à l'image de cette jeunesse évoquée. Certes il rend d'abord hommage à la carrière cinquantenaire des Percussions de Strasbourg (Victoire de l’enregistrement de l’année) et au parcours de Thierry Escaich désigné pour la quatrième fois compositeur de l'année pour son oeuvre "Cris" d'après Laurent Gaudé (autour de Verdun).
L'intégralité du concert sur Culturebox jusqu'au 1er mars 2017.

Ensuite, les jeunes musiciens et surtout musiciennes ont été récompensés et valorisés : le pianiste toulousain de 29 ans Adam Laloum, soliste instrumental de l'année, qui disputait le titre avec le bassoniste Pascal Gallois (plus expérimenté) et la jeune coqueluche française de la scène musicale de Moscou, Lucas Debargue. Marianne Crebassa, 30 ans, mezzo-soprano originaire de Béziers, reçoit la Victoire dans la catégorie Artiste lyrique, après avoir touché le public de l'Auditorium de la Maison de la Radio avec l'air "Amour, viens rendre à mon âme" tiré d'"Orphée et Eurydice" de Berlioz d'après Glück. Etoile montante à Paris comme à Salzbourg ou à la Scala de Milan, issue de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris, Marianne Crebassa a publié un disque d'airs masculins, "Oh Boy!" (Erato) et s'apprête d'ici dix jours à endosser le rôle-titre dans "Fantasio" d'Offenbach qui ouvre la saison de l'Opéra comique délocalisé au Théâtre du Châtelet pour cause de travaux.

Marianne CREBASSA interprète « Amour viens rendre à mon âme » de Gluck/Berlioz
Par essence les Révélations (dont les votes sont issus pour moitié par un jury professionnel et pour l'autre moitié par le public) s'adressent aux artistes moins expérimentés : Adélaïde Ferrière, 20 ans est la révélation instrumentale. La musicienne a fait entendre son instrument, le marimba, gros xylophone d'origine africaine très répandu en Amérique latine, sur un arrangement très intéressant du célèbre "Libertango" d'Astor Piazzolla.


Enfin, la mezzo-soprano Lea Desandre, 23 ans, est révélation lyrique de l'année, emportant le prix sur ses concurrentes la soprano Raquel Camarinha et une autre mezzo, Catherine Trottmann. Quelques minutes plus tôt, Lea Desandre avait notamment déployé de jolis talens de comédienne dans un air tempétueux tiré de "Juditha Triumphans" de Vivaldi. "On a la chance de pouvoir faire de la musique dans ce pays", a déclaré la chanteuse, enthousiaste, au moment de recevoir son prix vers la fin de l'émission : "vive la musique et vive l'amour !", a-t-elle conclu.

Soirée joyeuse et émouvante

La soirée a fêté la musique classique pendant près de trois heures avec des stars venues très nombreuses et un programme à la fois exigeant et très grand public faisant se succéder notamment le "Boléro", "Carmen", le Concerto n°1 de Tchaïkovski, la "Danza" (la célébrissime tarantelle) de Rossini ou le "Libertango" de Piazzolla…

L'émission a invité un nombre important d'artistes prestigieux, et c’est le ténor Jonas Kaufmann, que les scènes internationales se disputent, qui a donné le ton. Tout juste rétabli après quatre mois de repos forcé pour guérir ses cordes vocales, Kaufmann a interprété tout en finesse l'air "Parla più piano" du film "Le Parrain" de Nino Rota, qui figure dans son dernier disque d'airs italiens et napolitains.

Jonas KAUFMANN chante "Parla Più Piano" de Nino Rota

Kaufmann : c’était LA star. Très applaudi, pour sa voix, son charisme, son physique, mais aussi une sympathie immédiate. Le ténor allemand s'est vu décerner une "Victoire d'honneur" et a répondu aux questions de Leïla Kaddour Boudadi et Frédéric Lodéon dans un très bon français : "rassurez-moi", dit-il, "ce n'est pas la fin de ma carrière ?" Evoquant son retour à l'Opéra de Paris en octobre prochain pour "Don Carlos" de Verdi, l'homme a regretté que le calendrier de l'opéra impose des engagements pris si longtemps à l'avance et qui empêchent quelque peu la spontanéité, qui doit faire partie de l'artiste. 
Autre grande personnalité de l’opéra, la soprano bulgare Sonya Yoncheva, qui a lancé la soirée avec un air de "Tosca", et a poursuivi avec un très émouvant "Lascia che io pianga" du "Rinaldo" de Haendel, air très célèbre et d’une grande profondeur. Plusieurs autres moments marquants de la soirée : le violoniste franco-serbe Nemanja Radulovic mettant du swing dans le premier mouvement du double concerto pour violon de Bach avec Tijana Milosevic. C’était rythmé, presque rock.

Mais aussi : Stéphanie Doustrac interprétant la "Séguédille" de Carmen, la contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux chantant l’air "Cruda sorte" de "L’Italienne à Alger" de Rossini, sur un registre plus grave que d’habitude, et vers la fin, le contre-ténor Philippe Jaroussky interprétant un "Rompo i lacci" du "Flavio" de Haendel très prenant. Le guitariste Thibault Cauvin quant à lui était - chose rare - non pas en solo, mais entouré du mandoliniste Julien Martineau et du contrebassiste Yann Dubost pour interpréter la très jolie "Czardas" de Monti.

Hommages

Instants de poésie aussi avec la performance de Jean Boucault et Johnny Rasse reparcourant Granados, Mozart ou saint-Saëns au chant des oiseaux, accompagnés par Shani DiLuka et Geneviève Laurenceau.

La soirée a également réservé deux jolis moments d’hommage. Le premier à Georges Prêtre, ce grand chef disparu il y a peu à l’âge de 92 ans. Pas de rétro, ni extrait du Concert du Nouvel an dans le Musikverein de Vienne que le chef a littéralement habité par sa présence. Juste de beaux souvenirs, des anecdotes (y compris gastronomiques) et un rappel de son empreinte par Frédéric Lodéon qui l’a très bien connu. Deuxième hommage, à Frédéric Lodéon lui-même pour qui c’était évidemment une surprise. Car l’homme n’est pas seulement le journaliste de France Musique que l’on connaît, présentateur des Victoires seize années durant. Il est avant tout un musicien, violoncelliste et chef d’orchestre. En lui remettant une Victoire d’honneur, le directeur de France Musique, Marc Voinchet a donné à son propos quelques dates d’anniversaire : 40 ans du Prix Rostropovitch, 30 ans de sa première direction d’orchestre, etc.


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