Polémique sur une plaque pour le compositeur Henri Dutilleux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/03/2015 à 14H43
Henri Dutilleux en 2013

Henri Dutilleux en 2013

© JOEL SAGET / AFP

La décision de la ville de Paris de surseoir à la pose d'une plaque sur l'immeuble où a vécu le compositeur Henri Dutilleux sur l'Ile Saint-Louis à Paris a déclenché une polémique dans les milieux musicaux, avec une pétition qui avait recueilli mardi plus de 2.000 signatures.

Christophe Girard a expliqué à l'AFP s'appuyer sur un avis du Comité d'histoire de la ville de Paris en date de juillet 2014. Le Comité, sollicité pour toute pose de plaque rend un avis positif mais "tient à noter des faits de collaboration avec le régime de Vichy".

"Henri Dutilleux, alors qu'il était chef de chant de l'Opéra de Paris, a composé la musique du film de propagande Forces sur le stade (1942)", écrit le Comité dans sa note. Toutefois, le Comité souligne que "l'implication de Henri Dutilleux dans une politique active de collaboration n'est pas autrement documentée" et conclut avec un avis positif, suggérant un texte pour la plaque projetée: "Ici habita Henri Dutilleux, compositeur de musique contemporaine, Grand prix de Rome en 1938".
Henri Dutilleux : "Tout un monde lointain" (Part 1 de 5 : "énigme"), concerto pour violoncelle, soliste : Xavier Philips
Henri Dutilleux est Grand-croix de la Légion d'honneur, soit la plus haute distinction en France. Il a adhéré dès 1942 au Front national des musiciens, un organe de résistance qui a soutenu des compositeurs persécutés par les nazis et a composé clandestinement en 1944 une oeuvre (La Geôle) sur un sonnet du poète résistant Jean Cassou.

La décision de surseoir à la pose s'explique selon Christophe Girard par le contexte "marqué par les attentats de janvier et la commémoration de l'anniversaire de la libération des camps de concentration d'Auschwitz et Birkenau".

"J'avais souhaité qu'on apaise tout et qu'on laisse passer un peu le temps dans l'émotion actuelle, et puis voilà que les réseaux sociaux se sont enflammés en disant que je ne respectais pas la mémoire d'Henri Dutilleux", proteste-t-il. "On mettra la plaque, mais le temps n'est pas opportun".

"Dans le contexte actuel, entre les manifestations, le plan Vigipirate, le mémorial de la Shoah qui est sous surveillance dans l'arrondissement, il n'est pas question d'avoir des manifestations devant la rue d'Henri Dutilleux contre la pose d'une plaque, ce serait d'une violence inouïe, donc Anne Hidalgo et son cabinet m'ont réitéré que ça n'était pas opportun pour le moment lorsque j'ai posé la question", conclut-il.