"Play", premier disque d'Edgar Moreau, 20 ans : interview

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/04/2014 à 14H37
Edgar Moreau. © Julien Mignot

C'est un violoncelliste virtuose. Prix du jeune soliste au prestigieux Concours Rostrovitch à 15 ans, "Révélation soliste instrumental de l'année" aux Victoires de la musique classique 2013, à 18 ans. Encensé par la critique, il prend la chose avec distance. Naturel et détendu, il évoque pour nous son premier disque, "Play", chez Erato. Profond et gracieux, un joli ensemble "de petites sucreries".

Pourquoi avoir voulu enregistrer un disque si vite ?
A 20 ans, j'ai beaucoup à prouver. Un disque c'est une empreinte et c'est important pour s'affirmer artistiquement. Il y a évidemment de la fierté personnelle à enregistrer un disque, qui est un aboutissement. C'est très particulier : c'est une oeuvre figée, où il manque le rapport que j'ai d'habitude avec le public. Et en même temps, c'est ce qui permet de partager la musique avec le plus grand nombre. Par ailleurs, c'est une étape dans le parcours professionnel, il y a une crédibilité qui s'affirme.
"Play", premier disque d'Edgar Moreau
Que vouliez-vous transmettre à travers ce disque appelé "Play" ?
C'était assez logique que je ne m'attaque pas encore aux grandes sonates. J'ai conçu ce disque avec le pianiste qui est mon partenaire privilégié depuis trois ans, Pierre-Yves Hodique, comme un  projet de "bis" ou "encore". Dix-sept pièces que nous jouons fréquemment au moment des rappels. C'est venu naturellement, sans trop de réflexion. Un ensemble de pièces virtuoses, lyriques, de transcriptions…

D'où un éclectisme très marqué…
Oui, ça ne correspond pas à une époque ou à un style très précis. C'est un programme qui nous fait passer des "Csardas" (petites pièces hongroises souvent jouées par les orchestres tsiganes, ndr) de Vittorio Monti (fin XIXe) à une composition de Rostropovitch, à Poulenc ou à Massenet. C'est le propre d'un ensemble de ce qu'on appelle dans notre jargon des pièces de genre, donc pas de grandes formes symphoniques, ou de sonates. Plutôt des lieder ou des caprices virtuoses. Des petites sucreries.
Vous alternez des "tubes", comme "Les chemins de l'amour" de Poulenc, La "Mélodie-Elégie" de Massenet ou "l'Ave Maria" de Schubert, avec des pièces moins connues…
Au violoncelle, le répertoire n'est pas aussi vaste qu'au violon. Parmi ces pièces de genre certaines sont connues, mais nous offrons quelques découvertes : par exemple "Le salut d'amour" d'Edward Elgar (qui est le cadeau de mariage du compositeur anglais à sa promise, ndr) ou la transcription de l'air "Mon cœur s'ouvre à ta voix", tiré de l'opéra "Samson et Dalila" de Camille Saint-Saëns.

La pièce composée par Mstistlav Rostropovitch, "Humoresque", est aussi pour beaucoup, une découverte. On ne connaissait pas le violoncelliste comme compositeur !
Il ne l'était pas, effectivement. Cela doit être sa seule composition, un petit cadeau d'anniversaire qu'il a composé en une nuit, pour son professeur, lorsqu'il était jeune étudiant au conservatoire de Moscou.
C'est une œuvre de grande virtuosité et difficulté, comme plusieurs dans le disque.
C'est vrai, comme "La danse des Elfes" de David Popper, "l'Introduction et Polonaise brillante" de Chopin, et surtout les variations, sur une seule corde, d'après un thème de "Moïse en Egypte" de Rossini, dite aussi "Mosé fantasia". Ecrit à l'origine pour le violon, ce morceau ne sollicite que la corde grave du violoncelle (le la) ; il y a de la force, et en même temps, c'est une pièce légère, drôle, fantasque.


"Play" d'Edgar Moreau, chez Erato